Variété oubliée par Liger
quelques amis. On le voit s'intéresser à toutes les entreprises littéraires de son temps. Polyglotte et esprit très éclectique, il touche à tout, souvent avec bonheur, toujours avec mesure.
Il publie V Histoire ahré(/ée de la conquête et de la découverte des Indes par les Portugais, Paris, 1770 ; Les Héros français ou Le Siège de Saint -Jean- de -Los ne ^ drame héroïque en prose Paris, 1773; Le Décamé ron français^ Paris, 1774, 2 vol.; Nouvelles françaises^ Paris, 1775 ; une traduction de Roland Furieuœ, en 4 vol. 1775-85; Collection des Mémoires particuliers relatifs à l'Histoire de Frajwe, 1785-90, 67 vol. ; La Bibliothèque des dames {en collaboration avec Duchesnay, son beau- père), 1785, 154 vol. in-18.
Il se retire aux Vaux, à la Révolution, et figure au nombre des proscrits de la Terreur. Nous le retrouvons député aux Anciens de 1795 à 1799. Il entre, en 1798, k la Société d'agriculture de Paris ^aujourd'hui Société Nationale). A partir d,e ce moment, il consacre sa plùlne féconde aux productions agricoles. Il multiplie les Mémoires pour lés Annales de la Société, collabore aux N^otes de l'édition d'Olivier de Serres, et enlin rédige, avec Chaptal et Parmentier le t. X du Cours complet d'agriculture de Rozier. Il assume la lourde responsabilité de composer l'article Vigne. Et, malgré les erreurs que nous avons signalées plus haut, p. 29, il s'en tire à la satisfaction générale. Savant honnête et loyal, Dussieux ne manque pas, au début de son article, de remercier ses collaborateurs Jumilhac en Seine-et-Oise, ThaumassiM en Côte- <rOr, et l'historien Legrand d'Aussi. « Non seulement Legrand .d'Aussi, dit-il, a trouvé bon que je profitasse pour la partie historique des détails qu'il a publiés sur cette matière, mais il a bien voulu tirer de son portefeuille et me copier des. anecdotes manuscrites qui me paraissent d'un grand prix. »
Il est probable que l'abbé Rozier nous aurait donné de tout au-tres monographies, s'il avait vécu. Mais, à tout prendre, les descriptions de Dussieux ne sonl; pas sans valeur, elles méritent bien la lecture; et le tableau dichotomique qui les précède est le premier du genre qui ait paru.
Texte : COURS COMPLET D'AGRICULTURE
par l'Abbé Rozier. T. X par MM. Chaptal, Parmentier et Dussieux. Paris 1800.
Art. Vigne (p. 81-262) par Dussieux,
P. 153. . . Le citoyen Jumilhac a vu de même le Meunier devenir Maurillon, Il en possède en ce moment un cep qui a trois tiges; celle du milieu est Maurillon; le^
deux latérales sont encore Meunier. Celles-ci recevront peut-être avec le temps les attributs de leur espèce . . .
. . . races très communes dans le centre de la France: ce sont le J'einturier qu'on nomme Pineau dans le pays; le Maurillon hâtif
P. 159. . . Le citoyen Duchesne sait aussi bien que moi combien le sol et le climat influent sur les qualités des végétaux. Cette influence ne peut s'exercer sur les qua lités de leurs produits qu'en raison des différentes modifications qu'éprouve la sève dans les canaux par lesquels elle dirige son cours ... J 'ai observé que cette différence se manifeste jusque dans les formes extérieures de plusieurs variétés de vignes. Le Gamet, par exemple, est un raisin très connu dans les deux tiers de nos vignobles. Ce cépage est précieux dans toute l'étendue de la côte du Rhône, parce qu'il produit assez abondamment, et surtout parce qu'on y obtient de son jus un excellent vin.
La réputation de sa fécondité et des qualités de son fruit, le firent transporter en Bourgogne il y a cinquante ou soixante ans. Là, il est dénué de toute qualité ; le vin qu'on en retire est plat et âpre tout à la fois ; il est entièrement dénué de ce parfum qu'on appelle le bouquet, et qui a tant fait pour la réputation des premiers vins de cette province. Aussi ai-je entendu dire à un des propriétaires de ces vignobles distingués : Le Gamet tuera la Bourgogne,,. Il n'y a guère que cinquante ans, comme nous l'avons dit, que le Gamet a été introduit en Bourgogne. Pendant cette courte durée, le sol et le climat ont tellement agi sur les formes, que les individus de cette contrée, comparés à ceux de la même essence qui croissent sur la côte du Rhône, sont tout à fait méconnaissables.
Le sujet gravé, pi. XVIII, a été tiré de ce dernier vignoble ; il n'a aucune ressemblance avec ses congénères de Bourgogne, et moins encore avec ceux qu'on introduit journellement dans les vignobles des environs de Paris, comme faisant partie des plants de Bourgogne.
Ces observations me font douter qu'il fut possible d'éta-
blir une synonymie positive de toutes nos espèces et variétés de vignes, d'après les remarques faites sur les productions d'une ou de deux collections seulement; et, comme le citoyen Duchesne, je pense que, pour obtenir de ces établissemens un avantage général, il faudrait les multiplier dans tous les départemens où se trouvei^t des vignobles. . .
Liste des races et variétés de Vigne le plus généralement cultivées en France
P. 162. ViTis silcestris Labrusca. C.B. P. C'est la vigne îsauvage ou non cultivée. Elle croît spontanément dans presque toutes les haies du Sud et du wSud Ouest de la France, ïl est à présumer qu'étant cultivée, elle acquerrait à la longue les qualités dont elle est dépourvue dans son état agreste, qu'on obtiendrait de ses baies le muqueux sucré propre à être converti en vin ; de même que les races que nous cultivons dégénéreraient à la longue en vignes labruches si l'homme cessait de leur prodiguer ses soins. On peut donc croire que la vigne labruche est la souche de la plupart de nos races vinifères. Ses produits sont faibles et de peu d'apparence, comme ceux de la plupart des végétaux non cultivés. Ses grains sont petits, d'un noir foncé, et couverts d'une fleur qui disparaît sous les doigts quand on les touche. La grappe est courte en raison de sa grosseur; elle est divisée en trois parties, parce que celle du milieu est surmontée de deux petites grappes latérales, en ailes. Le suc qu'on en exprime est d'une couleur rouge foncée et d'un goût très acerbe, avant sa maturité complette. Ses feuilles, profondément découpées, contractent avant de tomber une couleur presque cramoisie.
ViTii^ prœcodt, ColumeUcç. ILR.P. C'est le raisin le plus précoce de notre climat. Ses grains -prennent la couleur noire long- tem s même avant leur maturité. Ils sont petits, ronds, peu serrés; leur peau e^\ dure et épaisse ; la pulpe qu'elle enveloppe, sèche, cotoipi^use ; son eau peu sucrée,
H QD
ça
presqu'insipide ; ses grappes sont petites de méine que les^ feuilles. Celles-ci sont d'un verd clair en dessus et en dessous, et terminées par une dentelure large ou peu aiguë.. Excepté en Provence, ce raisin n'occupe point de placedans les vignobles, parce qu'il n'a d'autre mérite que sa précocité, qui lui a fait donner le nom de Maurilhon hâtifs Raisin précoce, Raisin de Saint-Jean, de la Madelaine^ de Juillet, Juanens negrés. C'est peut-être le Tarneycourant du Bas-Médoc ; et VAmaroi, qu'on y cultive aussi,, est vraisemblablement une de ses variétés.
ViTis subhirsuta (acino nigro) C.B. P. Vitis lanata^ Carol. Steph. Prœd, Rust, Le plus hâtif après le précédent. Tout annonce qu'il est en généré. Ses grains sont noirs, gros et médiocrement serrés; la grappe courte et épaisse, la feuille tribolée, ayant en outre deux échancrures^ qui formeraient deux semi-lobes, si elles étaient plus profondes. (Voyez PL II.) Ses feuilles, surtout dans leur jeunesse, sont couvertes de toutes parts d'un duvet, d'une matière blanche cotoneuse, qui le fait distinguer de très loin des autres ceps qui l'entourent. Ce caractère particulier lui a fait donner le nom de Meunier, dans beaucoup de territoires. Dans d'autres on le nomme Maurillon taconné, Fromente, Resseau, Farineux, Noir^ Savagnien noir, Noirin,
Vitis subhirsuta, acino albo. Cette variété blanche ne diffère du précédent que par sa couleur et le volume de sa grappe. Le grain en est aussi plus gros et un peu ovale. Les deux lobes inférieurs de la feuille sont plus prononcés que ceux de la feuille du Meunier proprement dit. (Voyez PI. in.) On le nomme Savagnien blanc, Unin blanc, Matinié,
Vitis prœcox Columellœ, acinis dulcibus nigricantibus. C'est la race si connue en Bourgogne sous le nom de Maurillon ou de Pineau, Il est d'autant plus vraisemblable que c'est à sa couleur noire ou de (( maure » qu'il doit sa première dénomination, que plusieurs autres raisins noirs qui ne sont pas des Pineaux, portent dans d'autres
grands vignobles de la France, le nom de Maurillons, de Noirs,
Baccius a divisé cette race en trois branches : ex uvis nigris, dit-il, sunt niaurillon^ très specles : una cum lignl materià ex incisurd valdè ruhescit, vite tamen nigrà^ rotundiore folio, ac congestis admodùm in racemulo uvis; altéra cortice admodùm ruhro foliis ficus instar tripartitis; tertia quam et beccanam vocant, ligno item nigro quod et sarmentis luxuriat et foliis ; caducas autem vendemiœ tempore producit iwas.
Nous ne confondrons point ici, quoiqa en dise Baccius, le Franc Pineau, assez clairement décrit dans la première* partie de ce passage, avec tous les autres raisins Mauril- Ions, parce qu'il a des caractères qui lui sont propres et n'appartiennent qu'à lui. Les autres Maurillons forment une même espèce avec le Meunier; puisqu'on a vu aussi sur le même cep des feuilles et des fruits de l'un & de l'autre.
Le Maurillon dont sont composés en plus grande partie les vignes de bons plants en Bourgogne, à la grappe d'une grosseur médiocre, la baie peu grosse aussi, les grains peu serrés et assez agréable au goût. Son écorce est rougeâtre ; sa feuille légèrement divisée en cinq lobes (Voyez PI. III, fig. 2) et la dentelure de son limbe très régulière. Le cep, les sarmens, la feuille et le fruit n'annoncent pas une forte végétation. Noms vulgaires; \q Maurillon noir,
1. Baccius n'a pas écrit Maurillon, mais bien Morillon. Voir son texte p. 176. Le C*' Odart était donc dans le vrai en disant [Ampélofjraphio Unirerselle, p. 94) : a Si j'écris Morillon au lieu de Maurillon, c'est que je crois que ce mot est venu tout simplement de Mour ou Mouret, nom que porte encore en Bourgogne le fruit de la ronce, et non de la nation des Maures, comme l'ont dit plusieurs savants œnologues. J'appuie, du reste, mon opinion sur ce que j'ai reçu de Dijon des sarments d'une variété de Pinot que l'on appelle Morillon-Mour ou Mouret; et même au département de Tarn-et-Garonne, on cultive communément un cépage du nom de MoureUt. »
Odart aurait pu ajouter le Gamay Mourot de la côte chalonnaise qui, de -son temps, commençait à être connu et apprécié. C'est un synonyme du houye de Bouze, père de tous les autres Gamays teinturiers. Plant rouge de Chaudeîiay, Teinturier de Couchèy, Teinturier supérieur du Fréauœ, Larrey, Castille, etc.
VAiœernat, le Pineau, le Bourg uignon, le Pimbart, le Manosquin, la Merille, le Noirien, le Gribulot noir, le MassoiiteL
ViTis prœcox acino rotundo, alho, Jlavescenti et dulci. Le Maurillon blanc a la grappe plus alongée que le précédent. Ses grains sont presque ronds et forment une grappe composée de grapillons. La feuille sans être entière n'est pas lobée, comme la variété suivante; mais la dentelure de son limbe est très prononcée ; elle est verte en dessus, blanchâtre et drapée en dessous, et soutenue par un pétiole gros, long et rouge. (Voyez PI. IV.)
Cette variété ne diffère guère de la précédente que par sa forme, ayant trois lobes très marqués de deux semilobes. (Voyez PI. IV, fig. 1.) Noms vulgaires: Mélier, Daunerie, Maurillon blanc, Daune, et [quelquefois aussi Mornain, quoiqu'il y en ait d'autres races de même nom.
ViTis acinis minoribus, oblongis, dulcissirnis confertim botrg adnascentibus. Cette phrase de Garidel décrit parfaitement le Franc Pineau, le Maurillon par excellence. Les grappes en sont petites et de forme un peu conique, portées par un péduncule très court ; [le grain oblong et serré à la grappe, rouge incarnat à l'orifice ; son bois menu, alongé, tirant sur le roux, les nœuds sont éloignés les uns des autres ; on remarque une teinte de rouge dans le bois, lorsqu'on le coupe transversalement. La feuille, portée sur un pétiole long, courte et rouge est semi lobée des deux côtés ; la dentelure du limbe est assez délicate ; elle est d'un vert un peu foncé en dessus et pâle en dessous, des deux côtés couverte à la naissance d'un léger duvet que n'a pas le Maurillon, (Voyez PI. V,.flg. 2.) Elle produit peu, mais son fruit est excellent au goût et produit les vins les plus délicats de la Bourgogne. Il porte les noms de Bon plant, Raisin de Bourgogne, franc Pineau, Maurillon noir, Pinet, Pignolet, On croit que c'est aussi le Bouchit ou le Rinaut des Basses-Pyrénées, et le Chauchë noir de Bordeaux.
ViTis acino minus acuto, nigro et dulci. Le Bourgui-
gnon noir. Cette variété fait encore partie des MaiirillonH noirs. Il a, par la forme de son grain, quelque analogie avec le précédent; mais il est moins oblong en proportion ♦de sa grosseur, et beaucoup moins serré à la grappe qui •est rouge ; bois tirant sur le brun et noué d'assez près. La ifeuille, un peu obtuse à sa pointe, est légèrement divisée en cinq parties très-régulièrement dentelées ; son pétiole *court et très rouge, sa grappe ailée. (Voy. PI. VI.) Noms vulgaires ; Bourguignon noir. Plant de roi, Damas, *Gro88e Serine, Pied-rouge, Côte-rouge, Boucarès, étrange Gourdoux.
ViTis acinis dulcibus et griseis, \Griset blanc, grappe •courte, inégale dans sa forme, médiocrement grosse; grains ronds, assez serrés, d'une saveur douce et parfumée. «Ce raisin est grisâtre ; on le croit une variété du franc Pineau, Il y avait autrefois des vignes entières formées «de ce cépage ; il forme encore une grande partie du bon wignoblede Pouilli. (Voyez PI. VII.) On le nomme Pineau cjris, Ringris, Malvoisie, Pouilli, Griset blanc, le Joli, le Gennetin fromentau, Auvernat gris. Bureau, etc.
ViTis serotina, acinis minoribus, acutis, flavo albidis, dulcissimis. Ce raisin a été beaucoup plus commun dans les vignobles de France, qu'il ne l'est aujourd'hui. Il y en avait qui n'étaient, pour ainsi dire, formés que de ce cépage; entr'autres, celui de Prépatour, près de Vendôme. Son grand parfum donnait au vin qu'on en formait un ca- Tactère particulier. Mais produisant très-peu, on a négligé »de le renouveler. Sa grappe est courte; plutôt petit que .gros, il est d'un blanc tirant sur le jaune ; sa couleur est plus fortement ambrée du côté du soleil ; il se couvre, vers Se temps de la maturité, de petits points briquetés qui lui baissent un caractère naturel constant. Sa feuille n'est point lobée; mais sa dentelure est assez profonde, très régulière, et forme, vers sa hauteur, trois grands festons prédominans. (V. PI. VIII, fig. 1.) On le croit encore une variété du Pineau; aussi porte- t-il dans quelques vi-
^nobles le nom de Maurillon blccnc; on le nomme aussi Sauvlgnon, Sauvignen, Servignen, Sucré, Fié^ etc.
ViTis acino nigro (et albo} rotundo, molli minus suavi. Viganne, Rochelle noire et blanche, Faigneau, Morvègue sont les noms vulgaires, synonymes d'une race très-commune dans les vignes du Nord et du centre de la France. Toutefois ce n'est pas celle que recherchent, passé la rive droite de la Loire, ceux qui préfèrent la qualité à la quantité du produit. La Vigannê ou Rochelle noire a la feuille divisée en cinq lobes, les supérieurs plus profonds que les inférieurs ; le limbe est terminé par une profonde dentelure sur-festonnée et portée par un long pédoncule; elle est d'un beau vert en dessus, cotoneuse et blanchâtre en dessous. Cette feuille est très remarquable par l'élégance de sa forme. (Voyez PI. VIII, fig. 2.)
ViTis acino nigro, rotundo, duriusculo, succo nigro labid inficienti. Le Teinturier, Cette espèce a des signes caractéristiques, non seulement par la forme de son fruit et de ses feuilles, mais encore par la couleur rouge très foncée du jus exprimé de ses baies, et par la couleur incarnai; que contractent ses pampres, long-tems avant que le fruit ait acquis sa maturité. Sa grappe est inégale et ailée ; elle se termine en cône tronqué ; ses grains sont ronds et inégaux. Sa feuille profondément dentelée est divisée en cinq lobes ; elle présente quelque chose de rustique à l'aspect. (Voyez PL IX.) On ne cultive ce cépage que pour donner de la couleur au vin. Cuvé seul, il donne une liqueur âpre, austère et de rnauvais goût. Il est beaucoup trop commun dans les vignes des ci-devant Orléanais et Gâtinais. Noms vulgaires : Teinturier, Teinteau, Gros noir, Maure, Noir d'Espagne, Teinturin, Noireau, Morieu, Portugal, Alicante, etc.
ViTis uvàperamplà, acinis nigricantibus majoribus. Ce raisin a quelque ressemblance avec le précédent, parce que son jus est rougeâtre ; mais il est d'une qualité bien supérieure pour le vin. Les baies et les grappes en sont beaucoup plus grosses, le bois plus fort; et sa feuille a
beaucoup plus d'ampleur. On cultive deux variétés de celui-ci. La première n'a que deux lobes; la seconde en a quatre. (Voyez PI. X, fig 1 & 2.) Noms vulgaires : Ramonai, Neigvier, Gros noir d'Espagne, Raisin dAlicanie, Raisin de Lomhàrdie, etc. C'est le cépage qui produit le vin d'Oporto.
ViTis pergidana, uvd perampln acino oblongo, dura, wajori et suhviridi. La baie de ce raisin est oblongue. Le pétiole de chacune des baies est long, sa grappe formée de plusieurs grapillons depuis le haut jusqu'en bas, on dirait qu'elle a de la peine à supporter le poids des baies : ce qui lui donne une forme allongée. La feuille serait très-régulièrement dentelée si, outre les deux lobes qui divisent sa partie supérieure, il n'y avait un semi-lobe dans la partie inférieure du côté droit. (Voyez PI. XL) Noms vulgaires : Raisin perle. Rognon de coq, Pendoulav, Barlantine, etc.
ViTis uvd long iori, acino rufescenti et didci. Ce raisin dont la grappe ressemble beaucoup au premier coup d'œiJ au Chasselas, et qui en porte en effet le nom dans quelques territoires vignobles, en diffère à plusieurs égards. La couleur qu'il contracte du côté où il est frappé par le soleil, est plutôt rousse que jaune; ses feuilles naissantes ne se font point remarquer par cette espèce d'auréole cou leur de rose dont sont teintes les jeunes feuilles du Chasselas. Ses baies sont rondes, charnues, espacées, et mûrissent assez bien, même au nord de la France. (Voyez PI. XIL) Son jus est doux et agréable. La feuille très palmée est portée sur un pétiole commun rouge jusqu'à sa moitié. Cinq nervures roses à leur naissance; elle est di visée en cinq lobes assez profonds et très échancrés dans son pourtour ; verd pâle en dessus, blancheâtre en dessous et garnie d'un léger duvet. (Voyez PI. XIII, fig. 1.) Noms vulgaires : Meslier, Mornain-hlanc, Morna-Chasselas, Blanc de Bonnelle, etc.
On en trouve dans les vignes une variété différant très peu de la précédente par la forme et la qualité de son
fruit; mais beaucoup par sa feuille. Celle-ci a deux semilobes à sa partie supérieure. Sa partie inférieure n'est di visée que par deux échancrures plus profondes que le surplus de la dentelure. (Voyez même PI., fig. 2.)
ViTis acino rotundo, albido, dxdco-acido. Ce raisin est de grosseur moyenne; peau molle, grains serrés. Parvenus au plus haut degré de maturité, ils ont un goût acide-douceâtre, peu agréable. Il produit presque toujours avec une sorte d'abondance, et il est réputé très avantageux pour la fabrication des eaux-de-vie. La feuille divisée en quatre lobes principaux, plus deux semi-lobes, est très-épaisse, assez verte en dessus, cendrée en dessous et recouverte d'un duvet très court. Bois jaune, noué très près; pétiole rouge, court et rond, terminé par cinq nervures celle du milieu beaucoup plus grosse que les quatreautres. (Voyez PL XIV, fig. 1.) Noms vulgaires: Bochelle verte, Saurignon verd, Folle blanche, Meslier verd, Roumain, Blanc berdet, Enrageât,
La Rochelle blonde qui paraît être une génération de la précédente n'a que deux lobes placés dans sa partie supérieure. L'inférieure est entière. (Voyez même PI., fig. 2.) La couleur de son feuillage est d'un verd beaucoup moins foncé, de même que son fruit.
ViTis apiana, acino rotundo etfnmoso. On trouve deux sortes de Muscadet enfumé dans beaucoup de nos vignobles, le grand et le petit. La feuille du premier est portée par un gros et long pétiole qui se partage en cinq nervures; gros verd, vert blanchâtre en dessous, mais sans duvet. Tout le limbe en est légèrement découpé ; une seule échancrure remarquable sur le côté droit. La grappe n'est pas forte, la baie d'une couleur indécise entre le blanc et le rose tendre. (Voyez PI. XV.) Noms vulgaires : Gros muscadet, Muscat fumé, Muscadère fromentë.
Les feuilles du petit Muscadet sont moins grandes ; elles isont lobées dans leur partie supérieure, et la dente lure du limbe est plus aiguë que la précédente. (V.Pl.XVL
fig. 1.) Cette variété porte aussi le nom de Muscadèreet Muscadine,
La Feuille ronde qu'on appelle aussi Bourfjuignon blanc, Pineau blanc, Picarneaii, Mêlé, Gueuche blanc, Menu gouche, etc. Les baies de ce raisin sont un peu oblongues et tellement serrées à la grappe que dans les terrains fertiles, il n'est pas rare de voir tomber les moins adhérans pour faire place aux autres. La maturité du fruit est annoncée par la couleur jaune dont il se dore. La feuille est ample, non lobée, et portée sur un pétiole qui se divise en trois rénures principales. Elle est d'un verd plus pâle en dessous qu'en dessus. Le dessus est fine ment drapé. (Voyez PL XVI, fig. 2.)
Le G OUAIS ou Gouet blanc connu encore sous les noms de Gros blanc, Bourgeois, Mouillet, Verdin blanc, Gouas, Plant madame, etc., est un gros raisin composé de baies plus grosses, en général, que celles du Muscat avec lequel il aurait plus de ressemblaBce, si ces mêmes baies étaient plus serrées à la grappe. (Voyez PI. XVIL) Feuille entière ou non lobée entourée d'un large feston inégal, et portée sur un péduncule grisâtre et assez menu. (Voyez PI. XVIII, fig. 1.)
Le Game noir, Saumorille, Chambonat donne presque partout des produits abondans, mais de qualités très-diverses. Dans certains fonds, à de certaines latitudes, son fruit concourt heureusement à la fabrication des meilleurs vins ; dans d'autres les cultivateurs jaloux de conserver la réputation de leurs récoltes, ou de leur acquérir un renom quelles n'ont pas, ont soin d'extirper ce plant de leurs vignes.
Tout annonce dans le Ga;»ff la plus riche végétation. Le bois en est gros, les nœuds assez espacés, mais gros aussi ; feuille épaisse, verd foncé, non lobée, festonnée à grands traits, et les festons inégalement dentelés. Le péduncule et le pétioleen sontgros et bien nourris. ( Vovez.Pl. XVIII, %. 2.)
Le Petit Game connu dans quelques vignobles sous les
noms de Gouai noir, de Gueuche noire, de Noir, de Verreau, etc., ressemble, par la forme de sa grappe et de ses baies au bon Maurillon; mais il n'en a ni le goût ni la douceur, il est très-noir. Deux semi-lobes divisent sa feuille en trois parties, la dentelure de la partie supérieure plus inégale que celles des parties inférieures. (Voyez PL XIX.)
Le Mansard^ le Damour, le Grand noir, le Verd-qris, Ce raisin est d'une grosseur considérable et prend une forme pyramidale assez régulière. Il n'est pas rare d'en voir de neuf à dix pouces de longueur sur quatre à cinq de diamètre ; ses grains sont gros et médiocrement serrés ; son bois est gros et brun ou noirâtre ; la feuille grande, épaisse, très verte et assez légèrement dentelée, eu égard à son ampleur. (Voyez PL XX, fig. 1.)
Le MuRLEAU, Mourlot, le Languedoc, le Coq, le Cahors, le Troyen, ïArdounet, le Balzac, Ce cépage annonce beaucoup de vigueur par la grosseur de son bois et celle de ses nœuds ; la feuille n'a rien d'extraordinaire dans ses proportions ; mais elle est lobée dans sa partie supérieure et très remarquable par la délicatesse de la dentelure de son limbç. (Voyez PL XX, fig. 2.) La grappe est ailée, d'un beau noir velouté et composée de baies médiocrement serrées vers le bas.
ViTis acino medio, rotundo ex albidojtavescente. Chasselas doré, Bar-sur-Aiibe. Grosse grappe formée de grains inégaux. Peau dure, jaunâtre dans la maturité et prenant une couleur ambrée sur les parties frappées par les rayons du soleil. Feuilles assez profondément découpées, dentelure large et peu aiguë, très long pétiole. (Voyez PL XXI.)
La Blanquette ou la Donne; cépage assez commun dans les vignobles de la Gironde, de la Dordogne et de la Charente, est vraisemblablement une variété du Chasselas. C'est un très bon raisin à manger ; mais il produit un vin faible et sans corps.
Y iTis acino înedio, rotundo, rubello. Chasselas rouge; variété du précédent ; la grappe et les grains en sont moins
gros ; teints de rouge du côté du soleil ; verd clair du côté de l'ombre.
ViTis acino rotundo, albido, moschato. Chasselas mwsqué, grain rond et presque aussi gros que celui du Chmselas doré ; mais il ne s'ambre point au soleil et conserve dans sa parfaite maturité sa couleur de verd-blanc. Sa feuille est moins grande que celle du Chasselas o?ore; elle est d'un verd plus foncé. Les découpures en sont profondes. Pétiole très long.
Les Chasselas bien exposés mûrissent parfaitement même au Nord de la France, et le fruit en est excellent. La maturité du Chasselas musqué est plus tardive de quinze jours que celle du Chasselas doré,
YiTis folio laciniato, acino medio, rotundo albido, La Ciotat, Raisin d'Autriche. Si on classe ce raisin d'après la couleur et le goût de ses grains, il doit faire partie delà race des Chasselas, Placé à la même exposition, il mûrit à la même époque. Sa grappe est moins grosse et le grain est moins rond que ceux du Chasselas. Il est remarquable par ses feuilles palmées et laciniées en cinq pièces, lesquelles sont portées d'abord par un pétiole commun qui souvent se partage en cinq pour servir de support aux cinq parties de feuille en se prolongeant jusqu'à leur extrémité. Quelquefois les feuilles partent du pétiole commun. (Voyez PI. XXIL)
ViTis api i folio, acino medio, rotundo, ruhro, Ciotat. C'est une variété du précédent ; mais les grains de celuici sont rouges et sa feuille ressemble bien plus que celle du Ciotat blanc à la feuille d'ache ou de persil, signe par lequel Bauhin le caractérise ; on le nomme à Bordeaux Persillade,
ViTis apiana, acino medio^ subrotundo, albido, moschato. Muscat blanc; le Lunel. Les grains sont gros, ovales et prennent la couleur ambrée du côté du soleil. Ses grappes sont longues, étroites et se terminent en pointe ; les grains qui les forment étant très-serrés. Ce raisin ne parvient guère que dans nos départements du Midi, à une
maturité parfaite. Sa feuille est d'un verd plus foncé que oelle du Chasselas et divisée en cinq parties très prononcées. La dentelure et les festons du limbe sont irréguliers. (Voyez PI. XXII.)
ViTis apiana, aclno inedio, rotundo, rubro, moschato. Muscat rouge^ il a le mérite de mûrir plus aisément que le précédent, parce que ses grains sont moins serrés. Ce mérite tient cependant k un défaut, à la délicatesse de sa fleur qui coule facilement. Il est moins parfumé que le Muscat blanc. Sa grappe est alongée et le péduncule qui la soutient est remarquable par sa grosseur. Les grains frappés du soleil sont d'un rouge éclatant, presque pourpre. Ses feuilles qui ressemblent aux précédentes, rougissent en automne. (Voyez PI. XXIV.)
ViTis apiana, acino maf/no, oblongo, violaceo, tnoschato. Muscat violet, le Madère, Seconde variété du Muscat. Ses feuilles sont presqu'entièrement conformes à celles du Muscat blanc ; mêmes proportions, même nombre de lobes, échancrures ou dentelures du limbe pareilles. • Les grains sont gros, un peu alongés, leur enveloppe est dure, d'une couleur violette assez foncée et fleurie.
Nous trouvons la description de la même variété du Vitis apiana, acino violaceo, dans un œnologiste anglais, et nous observons que le grain selon lui en est petit et rond. Chez nous il est gros et oblong ; c'est cependant la même variété, puisque les autres signes caractéristiques «ont communs ; par exemple, cette fleur violette dont les grains sont couverts et dont nous avons aussi parlé ; mais telle est, il ne faut pas se le dissimuler, l'influence du sol et du climat sur la vigne, que les variétés même reproduisent d'autres variétés. Au Cap, il porte le nom de Raisin noir de Constance,
Vitis apiana, acino magno, subrotundo, nigricante, moschato. Ce Muscat, d'une saveur très musquée quand il est parvenu à sa maturité, qui n'a guère lieu que dans nos provinces méridionales, où même il est à propos de le cultiver en treille, ressemble peu, pour les formes, aux
autres Muscats. Ce qui forme dans ceux-ci les grandes échancrures des feuilles, est à peine remarquable dans celui-là. La dentelure du limbe est presque nulle ; mais les festons en sont très remarquables et assez aigus. Les grains sont très gros, ovales réguliers, un peu plus remplis vers le bas que vers l'insertion du péduncule, et forment, sans être serrés les uns contre les autres, de très belles grappes. Leur parfaite maturité s'annonce par une belle couleur ambrée. (Voyez PI. XXV.) Ce raisin se nomme Muscat d'Alexandrie^ Passe longue musquée. Passe musquée, Malaga:
ViTis acino maximo, cordiformi, violaceo. Raisin de Maroc, Raisin d* Afrique, Maroquin, Barbarou. Les grains inégaux, en forme de cœur et d'un violet indécis, composent de très-grosses grappes. Toute la plante annonce une végétation vigoureuse, gros sarmens, et grandes feuilles ; celles-ci profondément découpées et entourées d'une dentelure longue et aiguë. Dans notre climat, cette race est sans qualité.
ViTis acino longissimo, cucumeri-formi, albido. La forme de ce, raisin est très remarquable ; on lui a donné le nom de Cornichon, parce que son grain est courbé, et pointu vers ses extrémités, cependant il a plus de ressemblance avec une vessie de poisson qu'avec tout autre objet auquel on peut le comparer. Il a souvent jusqu'à un demidécimètre de longueur, et le tiers de diamètre dans sa partie la plus renflée, où gissent une ou deux semences terminées en pointe, de fort peu moins longues que la baie n'a de diamètre. La réunion de plusieurs grapillons, à longs pétioles, forme une grappe peu volumineuse.
La feuille de cette vigne est grande et presque entière ; la découpure de son limbe est très inégale. (Voyez PI. XXVI.)
Le fruit jaunit à 1 époque de sa maturité ; on en connaît une variété dont les baies sont d'un rouge indécis ou briqueté.
ViTis acino minimo, roiundo, albido sine mulcis. C'est
le Corinthe blanc qu'on nomme aussi Passe, Raisin de passe ^ Passe ri lie.
Les Grecs, et après eux les Italiens et les Espagnols, ont ainsi nommé les espèces de raisins dont ils tordaient la queue encore attachée au sarment, pour les faire sécher. Passe musquée et le Raisin de Corinthe étaient préférés aux autres espèces pour cet usage. Le même moyen est employé aujourd'hui dans quelques-uns de nos vignobles, dans ceux surtout où l'on cultive le Muscat et où l'on fabrique des vins de liqueurs, comme à Lunel, à Frontignan, à Rivesaltes, etc.
La grappe du Corinthe est ailée, longue et formée de petits grains qui ne se compriment point les uns les autres. L'enveloppe de la baie est fleurie et se colore comme celle du Chasselas, du côté du soleil. La feuille, grande, étoffée, d'un vert peu foncé en dessus et cotoneuse dans sa partie inférieure, est divisée en cinq parties ; mais les échancrures en sont peu profondes. Son limbe plutôt découpé que dentelé, présente des pointes longues et aiguës. (Voyez PI. XXVII.)
On connaît une variété avec pépins, nommée aussi Corinthe; les baies de celle-ci sont si transparentes, qu'au tems de leur maturité on compte facilement ses semences à travers leur enveloppe.
ViTis acino rnajore, ovato è viridi fiavescente, Burdifjalensis dicta. Cette race qu'on nomme ordinairement Verjus, Grerj, Grégeoir, dans les départemens du centre et du nord de la France, parce qu'elle n'y mûrit pas et qu'on ne l'emploie guère qu'à extraire sa liqueur pour former le verjus, d'un si grand usage dans la cuisine, est aussi connue sous les noms de Bordelais ou Bourdelas. Dans la liste que j'ai sous les yeux de tous les cépages cultivés aux environs de Bordeaux, je ne vois que le Pruneiasse ou Chalosse appelé à Clairac Œil de tourd^ qui puisse lui être assimilé. Mais il mûrit si complettement dans le territoire de Bordeaux, que le grain se détache souvent de la grappe avant la vendange. Les bons éco-
nomes ne manquent pas de recommander aux vendangeurs de le ramasser exactement. Ses grains oblongs, sont trèsgros et composent des grapillons qui forment par leur réunion de très-grosses grappes. Sa feuille est ample, presque ronde et très sensible à la gelée ; c'est peut-être à <iette extrême délicatesse qu'il faut attribuer son peu de maturité dans les contrées où les gelées sont hâtives.
Un pépin de ce raisin semé, il y a plusieurs années, dans le jardin très-connu du chevalier Jasen, à Chaillot, près Paris, a produit une variété dont le fruit parvient à la maturité la plus complette ; ses sarmens poussent avec une vigueur extrême et couvrent déjà une grande étendue de muraille. Le fruit de cette variété est excellent ; elle porte, on ne sait pas trop pourquoi, le nom de Vigne aspirante,
ViTis acino rotundo, medio, bipartito nigro, hipartito alhido. Raisin d*Alep, Raisin Suisse. Grain panaché, sujet à dégénérer, quelquefois tout noir, plus souvent tout blanc. En automne ses feuilles sont panachées de rouge, de vert et de jaune, à peu près comme les laitues d'Alep. Ce raisin et plutôt un objet de curiosité que d'économie.
Notes :
Maurillon hàtif . Comme tous les Morillons hâtifs décrits par ses prédécesseurs, le Maurillon de Dussieux est la Madeleine, noire ou violette, et nullement le Pinot précoce dont nous avons déjà parlé, dans nos Notes, p. 238. Il le dit, à tort, répandu en Provence, parce que son nom de Raisin de Saint-Jean le lui fait confondre avec le Jouanem\ qui est le LUjnan. A remarquer, à ce sujet, l'habitude générale de nos vignerons de désigner leurs raisins précoces par la date de leur maturité : c'est ainsi qu'ils disent Raisin de Juillet, Gamay de Juillet, Raisin de la Saint- Laurent^ de la Saint-Jean^ de la Madeleine (pour Sainte-Madeleine), etc.
La plupart des ampélographes contemporains sont d'avis que les Madeleines sont une tribu .spéciale, absolument distincte des Pinots.
Meunier. Bien décrit, parce qu'il était — et est encore — répandu aui environs de Paris. Nos vieux ampélographes, sur-
tout les Parisiens, n'ont guère connu que les raisins de l'Ile-de- France. Ils se sont efforcés de ramener, par des assimilations de forme ou de langage, la plupart des espèces de la province aux quelques types qui. leur étaient familiers, d'où naturellement des erreurs colossales. C'est ce que tente Dussieux et ce que fera, après lui, E. Michel, l'éditeur du Nouçeau Duhamel.
Maurillon taconné. Cf. ci-dessus, p. 239.
Fromente, synonyme inexact, s'applique en réalité au Pinot hurot ; Sacagnien noir également inexact.
Savagnien blanc. Il est difficile de reconnaître la variété que Dussieux a eue en vue. S'il s'était agi là du cépage franc-comtois, le véritable Savagnin, sa maturité tardive l'eût frappé. Unin blanc, est une confusion d'Ugni blanc. Matinié est cité par Garidel (Cf. ci-dessus, p. 275). Serait-ce un Pinot blanc craif Mais ce qu'il dit du grain, l'assimilation qu'il fait avec le Meunier, et l'examen . des cépages chartrains qui étaient les siens, tout me porte à présumer que Dussieux a visé là le Meslier doré.
Pineau. Pimbart, Manosquin, Mérille n'ont jamais été des Pinots. On peut voir^ à la rigueur, dans le Gribulot noir le Glboudot de la côte chalonnaise, que bien des auteurs écrivent Oiboulot, et dans le Massoutel le Massoutet de la Gironde, qui est certainement le Pinot de Bourgogne ; mais les autres synonymes sont absolument fantaisistes.
Mélier. Dussieux donne au Mélier le synonyme de Maurillon blanc. Or, la pi. IV qui représente ce raisin est tout bonnement la reproduction d'un C/ia/*rfonna(/. Mornain^ inexact; s'applique au Chasselas^ forme de Mornant^ village du Rhône, comme Chasselas village de Saône-et-Loire.
Franc Pineau. La distinction entre le Maurillon noir et le Franc Pineau e^t reproduite par la plupart des vieux ampélographes, même par Bosq. Notre Noirien bourguignon était-il, à l'origine, une sélection un peu plus âne et délicate ? C'est possible. La tendance actuelle à augmenter la fertilité et la dimension du fruit ne peut plus guère permettre d'en juger. A remarquer l'insistance sur les grains oblongs et ce que dit Odart du Pinot du Jura ou Salcagnin de la Suisse. L'assimilation du Pineau au Bouchis ou Bouchalés, ainsi qu'au Chauché, est de pure imagination.
Bourguignon noir. Sa synonymie est une salade, où il mélange la Syrah, le Côt et le Damas noir. D'ordinaire, ce nom s'applique au Tressot de l'Yonne, qui, en compagnie des Pinots de Bourgogne, a pris, dès le XIII' siècle, la route de Paris. Je suppose que Dussieux a voulu parler du Côt, Côte rouge, Pied- Rouge, etc.
Griset blanc. Le Pinot gris ou burot, représenté pi. VIL
Tous ses synonymes sont exacts, sauf celui de PoullU qui s'applique au Saurignon. Gennetin-fromenteau nous donne ici Gennetin comme synonyme de Pineau dans l'Orléanais.
Vitis serotina. Vigne tardice, souvent opposée par les anciens à la Yitts prœc.ox. Le mot Serotina semble avoir formé Surin, Seur et Suren, vocables appliqués dans le centre de la France au Saucignon de Sauternes. V. ci-dessus, p. 242. Cf. aussi Musset- Pathay (Bibliog. Agron.)^ p. 458.
Rochelle. Variété mal déterminée. Ce n'est pas la Folle Blanche dont il sera question plus loin. Ce nom de Rochelle appliqué au Mourrèdre^ à la Bicane semble un nom d'origine, nom du lieu d'expédition des boutures, plutôt qu'un nom d'espèce. Il est étonnant que la Yiganne, qui ne peut être que la Bicane de Rabelais, ne l'ait pas frappé par les dimensions de sa grappe énorme et que le Mourcèdre ne l'ait pas surpris par sa maturité tardive. Dussieux semble parler ici de raisins qu'il n'a pas vus et dont il a reçu des notes bien vagues.
Teinturier. Confusion avec YAlicante, répandu dans le Midi pour donner des vins foncés. Ce dernier est le cépage suivant.
Ramonât. Voilà le vrai raisin d*Alicante, mais son synonyme de Raisin de Lombardie semble faux. Le Lombard, ou raisin de Lombardie, est Y Enfariné du Jura, Gaillard, etc., qui lui, aussi, a une belle grappe.
Raisin Perle. Perle est- il une contraction de Pergulana, ou bien indique-t-il la transparence du grain, son éclat, son orient? Dans cette dernière hypothèse c'est au Chasselas Gros Coulard qu'il s'appliquerait le mieux. Les auteurs anglais Knoop et Miller (Cf. Pulliat, Raisins précoces, p. 54) ont, en efifet, appelé le Gros Coulard « Perle blanche ». Mais Dussieux parle d'une espèce à grain oblong et non à grain rond. La pi. XI qui accompagne sa description, plus éloquente encore que le texte, nous montre qu'il s'agit du Pelossard^ Poulsard, Pendoulàu^ que Cels signale^ dans les jardins de Paris comme Pulceau. Rognon de Coq doit s'appliquer au Côt.
Meslier et Chasselas. Dans la monographie qui suit, Dussieux confond Meslier et Chasselas. PI. XIII, il donne un Mornain blanc qui est un Chasselas, mais avec une feuille de Meslier qui serait alors la sous-variété dont il parle à la fin de l'article. Cette erreur est moins pardonnable que les autres, parce qu'il lui était facile d'étudier à loisir, et dans son propre jardin, les deux espèces en question.
Rochelle verte. Rochelle terte et Rochelle blonde sont représentées dans la planche XIV. C'est la Folle blanche des Charentes, la Folle verte et la Folle jaune de l'Ile d'Oléron. Synonymie toujours confuse. Meslier cerd figure, suivant les pays, tantôt la
Folle^ tantôt le Gros MesUer du Gâtinais, tantôt le Peurlon de FAUier. C'est celui-ci qu'Odart a dû mentionner sous ce nom. Enrageât est exact; mais que signifie Roumain f Ce ne peut être le Romain de l'Yonne, qui est noir. Seraient-ce la Grasa ou la Jordana de Roumanie qui ne sont pas sans analogie avec la Rochelle f Mais les relations vitieoles de la France avec Bucurescu, capitale de ce sympathique royaume, étaient bien moins fréquentes au siècle dernier que de nos jours.
Muscadet enfumé. Enfumé est un synonyme du Sauclgnon, qu'on appelle encore Blanc-fumé. Dussieux parle de deux raisins gris. Il est probable que l'un d'eux est le Saucignon rose; l'autre serait peut-être la Muscadelle de Bergerac.
Feuille ronde. Bourguignon blanc ou Melon. Description faite sur échantillons, probablement envoyés de différentes collections, d'où la minutie de certains détails secondaires contrastant avec l'absence d'études de parties essentielles absentes. Malgré son fameux tableau, Dussieux manque de méthode générale et ne suit pas un plan unique dans ses monographies. Toujours des confusions de synonymie : le Melon n'est ni le Pinot blanc, ni le Gouais (GueucMe blanc du Jura).
Gouet blanc. C'est bien le Gouais blanc de l'Aisne, de l'Aube, du Loir-et-Cher; Gueuche blanc dans le Jura et Got dans la Côted'Or. Mouillet et Bourgeois sont des synonymes impropres, qu'il faut garder au Bilrger blanc d'Alsace. Verdin blanc s'applique aussi à un cépage différent du Gouais, le Vert-blanc de l'Aisne.
Game. Saumorille fait reparaître Sanmoireau ou Simoro, variété ancienne à très grande production, probablement le Côt, Son exubérance de végétation suffirait à prouver que ce Game n'est pas le Gamay.
Petit Gamô. Le voilà le vrai Gamay^ mais tous ses synonymes sont faux. Gouai noir, c'est Y Enfariné; Gueuche noir est un cépage spécial, fréquent dans le Jura; Verreau est le Tressot de l'Yonne. Évidemment Dussieux ne connaissait pas le Gamay, Il n'y a plus lieu de nous étonner de lui voir dater son introduction en Bourgogne de cinquante ans seulement.
Mansard. L'inspection de la pi. XX fait penser au Damas noir. D'ailleurs le synonyme Damour n'est pas sans le rappeler.
Murleau. Encore une confusion entre le Côt et d'autres cépages : le BaUac {Mourcèdre) ; VArdounet et le Troyen qu'on pourrait supposer être, si ce n'était leur différence de couleur, le Chardonnay et V Aligoté,
Chasselas doré. Déjà cité précédemment, sous le nom de Momain blanc. La Blanquette n'est nullement une de ses variétés : c'est le Mau^ac blanc, ou Clarete, à maturité tardive.
Muscats. Descriptions exactes. Il donne le Muscat ciolet de
Madère comme principal auteur des vins du Cap; et il l'appelle alors Raisin noir de Constance. Certains ampélographes voient dans ce raisin lointain le Pinot de Bourgogne, d'autres le Teititurier mélangé de Muscat blanc. Odart penchait pour le Mourcèdre et JuUien pour le Haenapop.
Verjus. Exact, sauf qu'il n'a aucun rapport avec la Chalosse et le Prunelas. Grey et Grégoir, synonymes fréquents du Gre(^ rose, lui ont été appliqués à cause de son origine; il vient en efEet de la Grande-Grèce. C'est la Bermestia bianca qui a été souvent confondue avec d'autres espèces volumineuses, telles que le Grec.
Cf. ci-dessus, Pergule, p. 124, et Bourdelas, p. 242.
Raisin d'Alep, Raisin Suisse, Tressot panaché.
Conclusion. En somme, le travail de Dussieux est l'œuvre d'un compilateur, étranger à la pratique, qui a consciencieusement décrit les échantillons, malheureusement incomplets, — on peut en juger par les planches qui les représentent, — qu'il avait reçus de divers correspondants, et sans pouvoir discerner leurs confusions synonymiques. Littérateur, armé de plus de bonne volonté que d'expérience viticole, il a improvisé une ampélographie souvent douteuse. Sa foi en la variabilité des espèces l'a poussé à admettre à priori l'assimilation de variétés d'origine et d'essence très différentes. La confusion de sa synonymie provient, en grande partie, de ce point de vue radicalement faux. Il est probable, que guidé par une longue pratique, l'abbé Rozier aurait su éviter cet écueil.
Biographie :
Jean-Charles Simonde de Sismondi, fils d'un pasteur genevois, descendait d'une ancienne famille 'toscane, dont les membres, gibelins ardents, avaient quitté Pise dès la chute de son indépendance. Ils s'étaient réfugiés fen Dauphiné et y avaient embrassé le calvinisme. La révocation de l'Édit de Nantes les. chassa de leur nouvelle patrie, et ils^allèrent se fixer à Genève.
Jean-Charles était placé à Lyon, dans la maison de commerce Eynard, lorsque ses parents, ruinés par des spéculations malheureuses, opérées sur les^^conseils de Necker, le rappelèrent pour
i'emmener avec eux en Angleterre. Mais ils ne purent rester longtemps dans ce pays peu hospitalier; la misère les ramena en Suisse. Avec les débris de sa fortune immobilière, bien vite réalisée, Simonde retourna en Toscane, pays de ses ancêtres, et il acheta à Pescia un modeste domaine, où il se livra, pendant un an et demi, à des occupations à la fois littéraires et agricoles; mais la Révolution française, qui l'avait fait fuir Genève, vint bientôt l'inquiéter jusqu'en cet asile. Traité de Jacobin et de Français par les Autrichiens, d'aristocrate et d'Autrichien par les Français, il n'échappa pas à la prison.
Enfin, après bien des traverses, Simonde profita de l'apaisement relatif qui suivit la bataille de Marengo pour rentrer à Genève : il s'y établit définitivement et y commença les beaux travaux d'histoire qui devaient illustrer son nom, devenu, dès lors, de Sismondi. Il publia aussi, à ce moment-là, les notes agricoles de son séjour' à Pescia. Il s'y trouve des descriptions de cépages très sincères.
Texte : tableau de L'agriculture
TOSCANE, par J. -CL. SIMONDE DE Genève, M. C. de l'Académie roifale des Géorgojlles de Florence, Paris, Laurens,'l801.
Il 151-159. — § XV. Plants divers.
L'on cultive dans le Val de Nievole, un très grand nombre de plants différens^; mais quoiqu'il y ait beaucoup de choix à faire entr eux, cependant les meilleures espèces ne produisent, dans la plaine, que des raisins détestables, et les plus mauvaises, cultivées sur la colline à des expositions favorables, en donnent de délicieux. Ceux d'une bonne vigne et d'un bon plant, surpassent par leur goût exquis, tout ce qu'on peut imaginer. Voici une note des espèces les plus estimées à Pescia, que j'ai faite pendant la vendange, avec les raisins sous les yeux.
Blancs :
Golombana. Le grain long, la grappe fort peu serrée, ramjeuse, rougeâtre, venant assez généralement au bout des coursons, ressemblant au grand Muscat long d'Astracan par sa construction et la manière dont elle pend comme les branches du Saule pleureur; rameau rougeâtre, pétioles des feuilles rougeâtres, feuilles divisées eu
trois lobes seulement par une incision peu profonde* C'est un excellent raisin fendant \ et l'un des meilleurs pour conserver ; il ne pourrit jamais ; quoiqu'il n'ait pas beaucoup de liquide. 11 se charge beaucoup.
Uva paradisa. Il ressemble fort à la Colotnbana, mais la grappe n'est pas rouge, et le grain est encore beaucoup plus dur et plus cassant, ce qui le fait rechercher davantage par ceux qui veulent en garder pour l'hiver ; on ne le plante guère que dans cette intention. Les raisins que Ton conserve à Bologne, et qui ont de la réputation dans toute l'Italie, sont de cette espèce.
Goloxnbano. Celui-ci aussi ressemble à la Colombana ; la grappe est lâche et tombante de la même manière ; légèrement rougeâtre, mais les grains sont ronds ; ils sont striés par des raies longitudinales très marquées, roux vers le soleil, et fendans. C'est un excellent raisin soit pour manger, soit pour faire le vin.
Salamanna. C'est le gros muscat long d'Astracan, dont le fruit, très dur et très charnu, ressemble à une prune; sa peau tire sur le verd; il est Ipien connu en France pour les espaliers ; à Pescia on en voit dans les vignes, quoiqu'on n'en fasse guère de vin.
Salamanna dalle tre volte. C'est le même que le précédent, mais qui a une particularité très remarquable,, celle de fleurir trois fois, et de porter des fruits de trois grosseurs différentes. Il fleurit la première fois quinze jours avant la vigne, la seconde en même temps qu'elle,
1. Fendant DouT/oncfant. Serait-ce là Torigine du nom suisse du Chasselcii* f
Telle n'est pas l'opinion du D' Herpin.
(( Dans le canton de Vaud en Suisse, sur le bord du lac Léman, à Vevey, à Montreu-x, etc., on fait usage spécialement pour la cure, dé raisins blancs appelés fendante, ainsi nommés parce que quand on les comprime entre les doigts, au lieu de s'écraser, ils
se fendent en deux parties Les raisins non fendants, dont le
nom vulgaire de foireutc indique une propriété laxative plus prononcée, se rapprochent des fruits juteux, tels que la cerise, la pêche. Leur grappe est en général ramassée et .serrée, leiars grains ont une peau tenace ; lorsqu'ils sont pressés entre les doigts, le jus sort par le point d'attache sans que la peau se fende; de là leur nom de Givlets, » (D' Herpin, La Vigne et le Raisin, p. 37 et 39.)
et la troisième un mois après, ou environ. Les premiers raisins mûrissent aussi longtems avant les autres, et les derniers restent sur l'arbre jusqu'au commencement de décembre. La grande abondance de sève de ce plant le rend très sujet à la nielle ; aussi quoiqu'il fleurisse toujours trois fois chaque année, on n'en fait guère que deux récoltes, encore fort inégales ; on ne peut prévoir si ce sera la première ou la dernière qui viendra à bien, laquelle que ce soit, elle est toujours fort abondante. On ne plante ce muscat qu'en treille, et pour l'usage de la table.
Galletta. Raisin d'une forme toute particulière ; le grain est très long, mince, et un peu arqué ; la grappe est lâche comme celle des précédons; le pépin est long et très pointu; ce raisin est très dur, assez bon à manger, mais, l'on n'en fait pas de vin.
Gannaiolo bianco. Raisin ressemblant au Colombano, mais les veines moins marquées, et moins roux du côté du soleil ; il est très fendant ; la grappe est plus serrée, quoique lâche ; c'est un excellent raisin.
Burriano. C'est, je crois, le Chasselas ou bon blanc; le grain est de médiocre grosseur, bien rond, passablement roux fondant; la grappe médiocrement serrée : quoique commun, il est très estimé.
Burriano Perrugino. Il est plus petit, moins serré, et meilleur encore que le précédent. La queue de la grappe est très verte et très déliée ainsi que celle des grains ; le raisin est très fondant; sa feuille est fort peu échancrée, en trois lobes seulement : elle se croise par derrière.
Malvagia ou Malvoisie, Grain petit, un peu long, d'un ceil très laiteux, verdâtre, très doux, fondant. Grappe grosse, très serrée, feuille très longue, très pointue ; ses deux échancrures peu profondes; point de sur-échancrure. La feuille ne croise pas par derrière. Raisin fort estimé.
Trebbiano vizzo. Grain très petit, rond, laiteux, ne roussissant pas, et flétrissant constamment avant de
mûrir; c'est ce que veut dire son nom : Il est fort doux, et fait le vin très bon, mais en donne peu ; la grappe est fort lâche.
^Golpola. Il ressemble fort au précédent, le grain étant rond, fort petit et trouble ou laiteux, mais il roussit et ne flétrit point sur le sep ; le goût en outre est fort différent, puisque ce dernier est muscat. Il produit abondamment ; on le recherche soit pour le vin, soit pour conserver pour l'hiver.
Uva grassa. Grain rond, gros, laiteux, ^ans transparence, roussissant fort peu, fondant, un peu aigre, grappe grosse, lâche, feuille d'un verd foncé : les échancrures étroites profondes jusques à la moitié, queue rougeâtre. Il se charge beaucoup, mais étant de qualité médiocre, on le réserve pour le bas des collines et les plaines, où les meilleurs ne vaudraient guère mieux que lui.
Pistoiese. Raisin laiteux de moyenne grosseur, un peu allongé, croissant, la pulpe fortement attachée au pépin, la gousse un peu aigre, grappe grosse très serrée, feuille peu échancrée divisée en sept lobes ; le lobe du milieu plus petit que les latéraux. Ce raisin n'est que médiocrement bon, mais se charge beaucoup.
Rouges :
Les raisins rouges qui, près de Genève, sont constamment inférieurs aux blancs, et qui sans excepter le Salcagnin, ont tous un peu d'aigreur ou d'âpreté, sont au contraire en Toscane souvent supérieurs non seulement à nos blancs, mais aux leurs. Il yen a plusieurs espèces, mais je ne les connais pas toutes, ni si bien que celles des blancs.
Aleatico. Raisin muscat rouge, fendant, très fleuri, un peu ovale et pointu par les bouts, de grosseur moyenne, la grappe très lâche, la feuille profondément découpée, et^ presque palmée comme celle des muscats, d'un vert noirâtre. Cet excellent raisin donne son nom aux trois meilleurs vins du Luquois, du Monte-Catino et de Monte- Pulciano.
Barbarossa. Grappe fort lâche, et tombante comme celle de la Colombana ou du Muscat d'Astracan, mais composée de plusieurs longs grappillons qui tombent parallèlement, ce qui lui donne l'air chevelu, ou d'une barbe. Queue rougeâtre, grain fort gros, bien rond, fondant, rose ou rouge d'un côté seulement, fleuri inégalement. Cet excellent raisin, qui tient plus pour le goût du blanc que du rouge, donne aussi son nom à un vin clairet très recherché.
Ganino, grappe allongée, maigre, d'une apparence sauvage, ayant peu de grains, petits, ronds, et d'une couleur très foncée : c'est un vrai raisin sauvage qu'on trouve aussi sur nos haies ; il est toujours aigre, excepté dans les vignobles distingués, où l'on en rencontre quelquefois d'excellent. On le cultive partout, parce qu'il donne beaucoup de couleur au vin, souvent on le vendange à part, on le fait cuire dans une chaudière, et on le verse sur la cuve, pour qu'il colore davantage.
Ganino di Chianti. Il ressemble beaucoup au Canino commun, mais a l'air moins sauvage. La grappe est plus courte, et les grapillons plus longs et mieux fournis ; mais c'est surtout par le goût qu'il diffère, étant le plus doux et le plus exquis des raisins. Comme le précédent, il colore beaucoup. Sans doute que les fameux vins di Chianti, près de Sienne, sont faits surtout de ce raisin.
Gannaiola Nera, raisin rond, de grosseur moyenne, très fendant, très doux, parfumé, la gousse un peu grosse, la grappe un peu lâche et ressemblant à celle du Canino, C'est un excelleiit raisin.
Golore, grain rond, de médiocre grosseur, de couleur foncée, un peu aigre, la gousse un peu grosse, grappe courte, serrée, tige grosse, queue rougeâtre, feuille d'un verB clair, grande, échancrée jusqu'aux deux tiers, large, les sur-découpures peu profondes ; malgré sa légère aigreur, c'est un bon raisin. ^^ '
Mammolo, graine très grosse, cassante, très légèrement allongée; grappe grosse, médiocrement serrée.
queue verte, feuille sans échancrure, faisant derrière un angle très obtus.
Messer Forte, grainstrèsgros, durs, très doux, grappe très longue, très rare, composée de grapillons rares, queue rougeâtre, rame rouge, feuille pointue, fort-découpée ; c'est peut-être le meilleur de tous les raisins.
Fiorentino, grains à peine allongés, bien fleuris, gousse dure et grosse, grappe médiocrement serrée, fort grosse, queue et pédicules déliés, point rouges, feuille peu découpée, en cinq lobes, faisant derrière un angle aigu. Ce raisin n'est que médiocrement bon, mais il se charge prodigieusement. Il est le premier à mûrir ; mais, s'il n'a pas beaucoup de soleil, il reste très longtemps rose avant que d'achever de rougir.
Biographie :
William Forsyth, jardinier anglais, né en Ecosse à Old- Meldpum, dans le comté d'Aberdeen, vint à Londres en 1763, et, peu de temps après, fut pris comme second par Miller à Chelsea, U lui succéda en 1771 et exerça cet emploi jusqu'en 1784, année où le roi le nomma surintendant de ses jardins de Kensington et de Saint-James.
Ce célèbre horticulteur s'était adonné à la recherche d'un mastic propre à guérir les plaies des arbres, et il semble être arrivé à le fabriquer. La Chambre^ des Communes vota une adresse au Roi pour le prier de récompenser Forsyth de sa découverte. Ledit mastic fut adopté par l'administration des forêts.
Le disciple de Miller publia, en 1791, ses Obsercations sur les maladies des arbres fruitiers ; et il n'eut garde d'oublier les* raisins dans son Traité de la culture des arbres fruitiers, ouvrage écrit vers la fin du siècle, et qui ne parut qu'en 1802. Dans sa liste de raisins apparaissent une vingtaine de variétés nouvelles, spécialités des forceries anglaises. A ce titre-là, Forsyth est précieux à consulter.
Texte : TRAITÉ DE LA CULTURE DES
ARBRES FRUITIERS, par M. W. Forsyth, traduit de l'anglais a>ec des notes par J. Pictet-Mallet, de Genève.
Paris, Bossange, an xi (1803).
Chap. IX. — De LA Vigne.
P. 132-140. Diverses variétés de vignes cultivées en Angleterre,
La vigne est indigène de la plupart des pays tempérés du monde; elle a toujours été cultivée depuis le Déluge. Elle appartient au premier ordre de la cinquième classe de Linné, Pentandrie Monogynie.
Je choisirai les espèces de vignes qui sont les plus estimées ici pour les serres, les vignobles et les treilles, et donnerai une courte description de chacune.
(N. B.) La lettre (S) distingue les espèces convenables pour les serres;' la lettre (V) pour un vignoble, et la lettre (T) pour les treilles ordinaires.
1. Le Raisin de juillet^ ou Morillon noir hàtif, a un petit grain noir, rond et d'un jus sucré, et est principalement estimé, parce qu'il mûrit de bonne heure, c'est-àdire en septembre (V,T).
2. Le Muscadin royal d^Arboj/ce, ou Chasselas blanc, est un nouveau raisin ; les grappes sont grosses et composées de grains ronds de couleur d'ambre, d'un riche goût vineux. Dans les belles saisons, il mûrit en septembre (S,V).
3. Le Muscadin Malvoisie ressemble un peu au précédent; son jus est très doux et très parfumé. Ce raisin est d'un très bon rapport et a de très beaux grains (T.V).
4. Le Muscadin noir. C'est une vigne d'un très bon rapport, et ses grains sont agréablement couverts d'une fleur blanchâtre (S,V).
5. Le Muscadin blanc, ou Commun, appelé par quelques-uns Chasselas, Il ressemble au Muscadin royal, mais ses. grains sont plus petits; et, quoiqu'il ne soit pas aussi
428 AMPÉLOGRAPHIE RETROSPEpTIVE
doux que le royal, c'est le meilleur raisin que nous ayons pour les treilles : il est d'un grand rapport (T).
6. Le Muscat blanc d'Alexandrie, ou Frontignan Alexemdrin; ses grains sont ovales et les grappes longues. Ce raisin a un riche jus vineux et passe pour un excellent raisin pour les serres (wS).
7. Le Muscat rouge d'Alexandrie^ ressemble au premier, seulement ses grains sont rouges (S).
8. Le Muscat de Lunel blanc. Ce raisin a un gros grain ovale, de couleur d'ambre et plein de jus vineux. Cette vigne est d'un très grand rapport et très estimée (S.V).
9. Le Muscadet noir a un gros grain ovale noir et d'un jus agréable (S).
10. Le Muscadet rouge a un gros grain rouge de forme ovale, et mûrit tard. Les grappes sont très grosses (S).
11. Le Damas noir a les grains gros, ronds et noirs; sa chair est savoureuse et bien parfumée. C'est un excellent raisin tardif (S).
12. Le Raisin noir de Tripoli a de gros grains noirs ; c'est un excellent raisin (S).
13. L'Espagnol noir ou Raisin d'Alicante*, Ce raisin a des grains noirs, d'un parfum agréable (S, V).
14. Le Raisin noir de Lisbonne^, Ce raisin a de gros grains ronds et pleins de jus, et les grappes ressemblent à ï Hambourg noir. C'est un bon raisin (S, V).
15. Le Frontignan noir, ou Muscat noir. Ce raisin a des grains très gros et ronds, noirs quand ils sont mûrs, et couverts d'une poudre farineuse. Il a un riche jus vineux et mûrit en octobre (S, V).
16. Le Frontignan rouge, ou Muscat rouge, est un très beau raisin, très estimé; il a de gros grains couleur de briques, et son eau a une saveur très vineuse.