BOSC
Biographie :
LouiS'Auguste-Guillccume Bosc naquit à Paris : son père, Bosc d'Antic\ était médecin du roi. Sans autre guide que son instinct d'enfant curieux et sauvage, livré à la solitude par l'indiflférence de la seconde femme de son père, il acquit dans ses flâneries à la campagne ses premières notions d'histoire naturelle. Destiné à la carrière militaire, il fut mis au collège de Dijon avec recommandation expresse à ses maîtres de le pousser vers les mathématiques. L'enfant préférait de beaucoup l'étude des plantes à celle de l'algèbre, et il obtint, comme une faveur, la permission de suivre, au Jardin public, le cours de son directeur Durande. Il se passionna alors pour Linné et adopta sa méthode. Les revers de fortune de son père, engagé dans la création d'une importante verrerie qui ne fonctionna pas, le firent renoncer à l'artillerie, corps auquel il était destiné.
Rappelé à Paris, il entra modestement dans les bureaux du Contrôle général, et, ensuite, dans ceux des Postes, où il acquit l'estime de ses chefs. Grâoe à un travail opiniâtre, il put disposer de quelques instants de loisir ; il s'empressa de les consacrer à sa chère Botanique. C'est aux cours de M. de Jussieu qu'il se lia avec Roland de la Platière et avec sa femme, la belle et infortunée M"« Roland. Membre actif de la Société Philomathique, il contribua à la fondation de la Société Linnéenne de Paris. La Révolution le mit en disponibilité ; mais, à son arrivée au ministère, Roland le désigna comme un des trois administrateurs des Postes. Il ne jouit pas longtemps des avantages de cette haute situation. Le 31 mai 1793, il était destitué et proscrit avec son
1. Bosc d'Antic (1726-1784), descendant d'une famille cévenole et calviniste, fait sa médecine à Montpellier, et va chercher son bonnet de docteur en Hollande, puisque les protestants n'avaient pas le droit d'y prétendre, en France. Il s'installe à Paris, où il s'applique à la physique avec l'abbé NoUet, et à l'histoire naturelle avec Réaumur. En 1755, il indique à Saint-Gobain la manière d'éviter les bulles d'air dans les glaces. Froissé de l'ingratitude de cette usine, il monte une concurrence en Auvergne et s'y ruine. Il est envoyé en Angleterre étudier, pour l'Etat, l'art des manufactures à feu. Ses Mémoires, très variés, réunis en deux volumes, ont été publiés en 1780.
Bosc 457
puissant ami. Il tenta l'impossible pour tirer de prison M"' Roland, ■femme d'une vertu antique, qui se consola de son sort en lui <5onfiant ce qu'elle avait de plus cher au monde, sa fille et ses papiers. Tuteur de cette enfant, Bosc devait lui faire retrouver, plus tard, son patrimoine, et publier les Mémoires de sa mère, l'héroïque victime de la Terreur. Menacé à son tour, il se réfugia, au fond de la forêt de Montmorency, à l'ermitage de Sainte- Radegonde, où il fut réduit à vivre près de trois semaines de limaçons et de racines d'arum maculatum. C'est là qu'il trouva le moyen d'abriter plus d'un Girondin en fuite, et entre autres La Reveillère-Lépeaux. Celui-ci une fois directeur — le 9 thermidor ayant mis fin à leur épreuve commune — ne fut pas ingrat : il lui offrit de lui rendre ses précédentes fonctions. Bosc, écœuré à ridée de coudoyer dans l'administration tant de faux amis, préféra s'expatrier et lui demanda un consulat en Amérique. Il lui .tardait d'ailleurs d'aller, loin des dissensions intestines de la République, collaborer à l'œuvre pacifique de Michaux. Mais, à ce moment, ce naturaliste s'apprêtait à rentrer en France.
Vice-consul à Wilmington, puis consul à New-York, Bosc passa plusieurs années à surveiller et à enrichir V Arboretum de Michaux. Un différend étant survenu, en 1800, entre les États- Unis et la France, notre savant en profita pour regagner Paris. De son séjour bien employé, il rapportait des collections importantes qu'il distribua autour de lui avec le plus louable désintéressement : il donna ses insectes à Fabricius et à Olivier, ses oiseaux à Daudin, ses reptiles à Latreille et ses poissons à Lacépède, ne gardant pour lui que son herbier et ses notes.
Administrateur des Hospices, Prisons et Mont-de-Piété de Paris, il apporta plus d'une réforme utile dans le fonctionnement de ces divers établissements. Il fut envoyé, par le premier Consul, en Suisse et en Italie : il rapporta de Vérone une très belle collection de poissons pétrifiés.
Nommé inspecteur des pépinières de Versailles en 1803, et, en 1806, de celles du Ministère de l'Intérieur, directeur de la pépinière du Luxembourg, membre de l'Institut et de la Société <5entrale d'agriculture, il se consacre à l'agronomie et en particulier à la viticulture. Après avoir publié la réunion de ses travaux sur les classes inférieures des animaux en trois ouvrages compris dans les Suites à BuJJ'on^ il collabore activement aux vingt-quatre volumes du Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, Déterville, 1803-1804; aux treize volumes du Nouceau ■Cours complet d'Agriculture théorique et pratique, 1809; aux Notes de l'Edition de 1804 d'Olivier de Serres ; au Supplément du Dictionnaire de Rosier; au Dictionnaire d'agriculture de l'Encyclopédie Méthodique; aux Annales du .citoyen Tessier, revue
fondée sous ses auspices et dont il fut môme co-directeup de 1811 à sa mort. Ne sont pas compris dans cette énumération rapide les nombreux Mémoires, adressés par lui aux Sociétés savantes d'Europe et d'Amérique, et qu'il ne serait pas sans intérêt de réunir en les exhumant de leurs recueils respectifs.
Bosc succéda à André Thouin, en 1825, comme professeur de culture au Jardin des Plantes, mais sa santé compromise par un refroidissement contracté dans une inspection des vignobles du Var ne lui permit pas de professer. Il «mourut en 1828, « emportant le double regret de n'avoir pas fait de cours au Muséum et de laisser inachevé son important travail sur la vigne. » Il repose à l'ombre d'arbres verts plantés de sa main, tout près de cet ermitage de Sainte-Radegonde, témoin des plus mauvais jours de sa vaillante carrière.
Ami loyal et fidèle, cœur d'or sous une enveloppe un peu fruste, sorte de bourru bienfaisant, observateur sagace et consciencieux, écrivain universel et patriote plus amoureux de son pays que de son gouvernement, Bosc laissa d'unanimes regrets dans le monde agricole et scientifique. Son éloge fut prononcé à l'Académie des Sciences, séance du 15 juin 1829, par Cuvier qui s'honora, lui-même, en offrant à la mémoire de ce grand citoyen un juste tribut d'hommage.
Texte : MÉMOIRE^ de 1807, in Annales de
l'Agriculture française.
T. 32, pp. 100 et seq.
Il n'y a pas de vigneron qui ne sache que telle variété de raisin de son vignoble donne de meilleur vin, un vin de plus de garde, une plus grande quantité de vin, etc., mais celui de tel vignoble ignore qu'il y a dans d'autres cantons, quelquefois même très voisins, des variétés qu'il ne connaît pas et que quelques-unes d'entre elles sont préférables, sous certains rapports à celles du sien. Cependant, il y a déjà longtemps que des personnes éclairées par un long séjour dans différents vignobles ont senti et indiqué, par des exemples irrécusables, la nécessité de faire con-
1. Exposition faite à la Société d'Agriculture du département
de la Seintf, du plan de travail adopté par M. Bosc, membre de
l'Institut de France et inspecteur .des pépinières, pour étudier et
• classer les diverses variétés de Vignes cultivées dans les pépi-
nières du Luxembourg.
Bosc 45î>
naître ces variétés; et depuis près d'un demi-siècle les écrivains, qui ont traité de la culture de la vigne et de l'art de faire le vin, n'ont cessé de solliciter un travail propre à fixer leur nomenclature et leur valeur absolue ou comparative.
D'autres personnes, il est vrai, prétendent que le sol et le climat font seuls le bon vin, et que l'influence des variétés est nulle.
Cette erreur peut être facilement réfutée seulement par trois considérations.
— Qui peut nier que si, comme la chimie l'a prouvé, plus le raisin renferme de sucre, et plus le vin qui en provient fournit d'alcool, ce ne soit un moyen assuré d'augmenter la valeur des vignobles de la France que d'y plan ter de préférence ceux de ces raisins qui contiennent le plus de sucre?
— Qui peut nier que le principe sucré se développant d'autant plus que la maturité du raisin est plus parfaite, il ne soit avantageux pour la France septentrionale d'indiquer les variétés qui mûrissent le plus tôt?
— Qui peut nier enfin que les dépenses de la culture étant les mêmes pour les variétés qui donnent beaucoup et pour celles qui donnent peu, il ne soit partout possible d'augmenter les produitsd'un vignoble ennele composant que des premières ?
J'observe que, ne voulant pas faire en ce moiùent un traité sur la vigne, je ne puis développer toutes les idées^ que ce sujet amène naturellement. Je passe donc à mon objet.
M. Rozier, à Béziers, et Latapie\ à Bordeaux, frappés de l'importance dont serait la connaissance des variétés de
1. François de Paule Latapie (1739-1823), bordelais, secrétaire du Bon de Secondât, accompagna cet écrivain dans son voyage en Italie. Il découvrit dans l'Ile d'Elbe de belles colonnes de granit taillées par les Pisans aux XP et XII' siècles. A son retour en France, il fut nommé inspecteur des arts et manufactures de la Guienne. Latapie fut, ensuite, successivement professeur de botanique au Jardin des Plantes de Bordeaux, à 1 Ecole centrale de la Gironde, .et professeur de grec au lycée de Bordeaux. On a de
raisins, pour la perfection de la culture de la vigne et de l'art de faire du vin, entreprirent, avant la révolution, quelques essais de plantation pour arrivera ce but, relativement aux vignes du ci-devant Languedoc et de la cidevant Guyenne. Mais leurs efforts furent contrariés et n'ont pas eu de suite.
11 était réservé à M. Chaptal^ à qui la science œnologique a tant d'obligations, et qui était plus que personne «n état d'apprécier les grands avantages qui résulteraient, pour la France, d'un meilleur choix des variétés de raisins, de remplir les vœux des amis de Tagriculture, à cet égard, au moyen de la puissante intervention du Gouvernement.
Ce célèbre chimiste fit donc venir, pendant qu'il était ministre de l'Intérieur, de chacun des départements où l'on cultive la vigne, une collection de toutes les variétés <^onnues, et les fit planter dans la pépinière du Luxembourg qu'il venait de rétablir.
— Pour parvenir à la connaissance exacte des variétés de vignes, il n'y avait réellement que ce moyen, c'est-à- <iire, de réunir dans un même local toutes les variétés, pour pouvoir les étudier dans les circonstances les plus semblables possible, les comparer au même moment, et faire enfin pour elles ce que Duhamel a si utilement tenté pour les autres fruits. Parcourir les Départements à l'époque de la maturité des raisins, avant d'avoir déjà une grande masse de connaissances, ne peut remplir le but; car comment écarter l'influence du sol, du climat, de la culture? Comment se ressouvenir de la saveur d'un raisin de Bordeaux, lorsqu'on voudrait lui comparer celui qu'on goûte auprès de Beaune, puisque souvent on a la plus grande peine à apprécier la différence de celles de deux grappes qu'on a en même temps sous la main?
— Quelques personnes ont blâmé M. Chaptal d'avoir
lui Hortus Bur(Ii(jalensis, 1784 ; et Description de la commune de la Brède, 1785. Il avait coUaboré à l'œuvre ampéloffraphique de i'intendant Dupré de Saint-Maur. Cf. ci-dessus, p. 30.
Bosc 461
placé cette collection à Paris, c'est à-dire si près de l'extrémité de la zone où la vigne peut être cultivée, plutôt que dans un des grands vignobles des parties méridionales ou intermédiaires de la France. Mais où trouver les ressources qui existent à Paris? Où y a-t-il des peiïitres^ aussi habiles, des bibliothèques aussi nombreuses, un concours d'hommes aussi éclairés? Il était bon d'ailleurs, par plusieurs raisons inutiles à développer, qu'elle fut immédiatement sous les yeux du Gouvernement.
— Il y a six ans que la plantation des vignes a commencé au Luxembourg et elle serait presque complète si toutes les boutures envoyées par les Préfets avaient pris racine. On y compte en ce moment plus de mille variétés nominales.
— Comme les vignes commencent à donner des produits la quatrième ou cinquième année de leur plantation, j'ai pu m'occuper, dès la dernière (1806), en ayant été spécialement chargé par M. de Chaînpagny, alors^ ministre de l'Intérieur, qui prenait à cet établissement un vif intérêt, de l'étude, de la description et de la classification de celles qui étaient le plus anciennement plantées. Mes observations embrassent à ce moment environ vingt départements, mais il s'en faut beaucoup que toutes les variétés de ces Départements soient constatées, une certaine quantité de pieds manquant ou n'ayant pas encore donné de fruits.
— ' Comme la plantation offre beaucoup d'erreurs, qui étaient la plupart difiQciles à éviter à raison de l'époque où on coupe les boutures, des accidents de route, etc., il m'a fallu d'abord penser à les rectifier, et pour cela employer beaucoup de temps. Il est même des envois de Départements que j'ai été obligé de demander de nouveau, tels que celui du Rhin-et-Moselle, et celui de la Gironde dont les étiquettes sont arrivées pourries ou détachées; d'autres sur lesquels il m'a fallu solliciter des renseignements. Je dois citer celui du Département de l'Yonne, ne fut-ce que pour remercier le Préfet, M, Rougier de
la Bergerie, notre collègue, de ceux qu'il m'a fait passer.
— C'est lors de la maturité du raisin que les vignes offrent le plus grand nombre de caractères, et que tous les <iaractères sont les plus prononcés. Alors seulement on peut juger des deux les plus importants, la couleur et la saveur. C'est donc cette époque qu'il fallait préférer pour poser les bases des descriptions, et je l'ai choisie, sans cependant vouloir pour cela négliger les caractères pris aux autres époques de l'année, principalement lorsque les feuilles se développent et que les fleurs s'épanouissent.
Outre le catalogue de la plantation, je porte toujours avec moi, lorsque j'étudie les vignes, trois cahiers qui me servent simultanément et qui se contrôlent lés uns les autres.
— Le premier a pour objet, d'inscrire, par ordre alphabétique et au moyen d'une description très courte, les variétés qui me passent sous les yeux et d'ajouter à la suite de cette description les différents noms que porte chacune de ces variétés, à mesure que j'en constate l'identité avec le pied d'abord observé: c'est le Cahier des syno nymies. Jamais je n'examine un nouveau pied sans rechercher si déjà il n'a pas été inscrit sur ce cahier, d'abord au nom qu'il porte dans son département, ensuite successivement à tous ceux que je puisse supposer qu'il a dans les autres.
— Le second cahier est consacré à recevoir, chacune sur une feuille particulière la description des variétés jugées distinctes. Cette description est très détaillée sans être minutieuse, c'est à dire, qu'elle ne considère que les caractères vraiment essentiels. A la suite de chaque description se lisent, ou se liront, les observations que m'a suggérées l'inspection de la variété, celles que j'ai trouvées dans des livres, celles que m'ont communiquées des* cultivateurs, ainsi que 1 a copie de la synonymie qui appartient à cette variété. Des espaces blancs laissés à la suite de l'énoncé de chaque caractère me donnent le moyen
Bosc 463
d'ajouter tout ce que, par la suite, je remarquerai de nouveau.
— Ce cahier, que j'appelle Cahier des Descriptions absolues, est le fond de mon travail ; mais combien il y aura encore d'augmentations, de corrections à y faire, avant que je puisse le livrer au public ! Ce n'est qu'à force de voir et revoir les mêmes objets, de les comparer à des époques et dans des circonstances différentes, que je pourrai en tirer des conclusions positives, aussi ne serai-je pas pressé de publier mes résultats particuliers ou généraux.
Il faut observer que mon travail ne peut avoir lieu que pendant environ deux mois chaque année, et que le besoin de remplir mes diverses fonctions, le mauvais temps et d'autres causes me contrarient souvent.
— Le troisième cahier est un tableau synoptique des variétés déjà fixées et insérées aux cahiers précédents. Il ne contient que des noms, son objet, en ce moment, est de faciliter mes recherches ; et lorsqu'il sera complet, il remplira la même destination entre les mains de ceux qui voudront étudier les vignes de leur canton. Toutes les variétés s'y trouvent sous les noms qu'elles portent dans le second tableau, mais rangées dans un ordre systématique. Je le consulte toujours lorsque j'ai besoin de retrouver le nom oublié d'une variété déjà décrite ou que je suis dans le cas d'en décrire une nouvelle. C'est d'après les indications approximatives qu'il me fournit que je vais, une feuille et une grappe à la main, vérifier si elle est semblable ou différente de telle ou telle autre, quelquefois en faisant plusieurs fois le tour de la pépinière pu des parties de la pépinière qui ont des vignes fructifères.
— Il est bon que j'entre dans quelques explications de détail, relativement à la formation de ce tableau.
— Les raisins se distinguent fort bien par la couleur. C'est sur ce caractère, le premier qu'on demande lorsqu'il est question des variétés de cette sorte de fruit, qu'est fondée ma première division. La seconde est établie d'après la. forme du grain, qui est ronde ou ovale.
464 AMPÉLOGRAPHIB RETROSPECTIVE
— Après la forme vient la grosseur qui divise assez bien les grains des raisins en deux sections; savoir, les gros dont les grains ont plus de quinze millimètres de diamètre, et les moyens dont les grains ont moins de quinze millimètres. J'avais fait une troisième division pour les petits; savoir, ceux qui ont moins de dix millimètres de diamètre, mais j'y ai renoncé, parce qu'elle ne Contenait qu'un très^ petit nombre de variétés.
Les feuilles qui sont ou plus hérissées que cotonneuses, ou plus cotonneuses que hérissées, ou presque glabres, qui sont très profondément divisées, ou peu profondément divisées, servent ensuite, par ces considérations, à faire cinq nouvelles subdivisions. Puis lenr pétiole, qui est ou tout coioi'é de rouge, ou strié de rouge, ou non coloré, en fournissent encore trois autres.
— Ces onze caractères combinés forment cent cinquante-six cases où se placent toutes les variétés possibles de raisins, de manière que chaque case n'en contenant qu'un petit nombre, leur recherche devient très aisée.
— Je me propose d'ajouter, s'il y a lieu, cinq caractères de plus, qui s'observent dans un assez grand nombre de variétés, ce sont ceux qui résultent delà couleur uniforme ou tachée de brun des bourgeons, et ceux tirés des pétioles qui sont ou glabres, ou hérissés de poils, ou lanugineux.
— Dans la rédaction des descriptions absolues qui font l'objet du second cahier, je suis une marche toujours régulière, et j'emploie le moins de mots possible, de manière qu'il est constamment facile et prompt de comparer chaque caractère d'une de ces descriptions avec les correspondants de toutes les autres.
— Ce que je considère d'abord, ce sont les bourdons, c'est à dire, les pousses de l'année sur lesquelles, comme on sait, naissent exclusivement et les feuilles et les fruits. Ces bourgeons sont généralement fauves, mais d'un fauve plus ou moins foncé, et quelquefois ils sont tachés. Leur diamètre varie entre huit et dix huit millimètres.
Viennent ensuite les caractères pris des ôou^ons qui sont
Bosc 465
ou aigus, ou obtus, ou écartés, ou rapprochés, et souvent velus au sommet.
Le troisième objet de mes remarques est le pétiole qui, comme je l'ai déjà observé, est ou tout rouge, ou strié de rouge,ou entièrement ver t. Ces derniers caractères, quoique affaiblis lorsque la vigne croît à l'ombre, n'en sont pas moins toujours appréciables ; ils sont donc bons lorsqu'on ne les détermine que sur l'observation d'un certain nombre de pieds. Le second surtout, se confond rarement avec les deux autres. Dans quelques variétés, on doit se le rappeler, ce pétiole est hérissé ; dans d'autres il est lanugineux; et enfin dans d'autres, il est l'un et l'autre à la fois.
Les feuilles que j'examine ensuite me fournissent des caractères de plusieurs sortes. Ainsi elles sont ou très profondément ou peu profondément divisées, épaisses ou minces, unies ou bullées, planes ou tourmentées d'un vert clair ou d'un vert foncé, hérissées en dessous de poils roides, ou de poils roides et de poils cotonneux, ou seulement de poils cotonneux, ou enfin presque glabres. Elles sont plus ou moins longues et larges, à lobes plus ou moins écartés, etc.
Je dois observer ici que les feuilles les plus basses sont toujours plus divisées et plus hérissées que celles du sommet. Aussi sont-ce toujours les intermédiaires que je choisis lorsque je les décris et les compare.
— Lorsque les feuilles commencent à s'altérer, c'est à dire, aux approches des froids, elles fournissent d'excellents caractères qu'il ne faut pas conséquemment négliger. Celles des vignes à raisins noirs deviennent généralement rouges ou brunes ; celles des vignes à raisins hldincsjaunes ou fauves. Il en est plusieurs qui prennent ces couleurs de très bonne heure, la plupart ne les prennent que fort tard. Dans les unes, elles commencent à se développer par les bords, dans d'autres par le disque ; les taches qui en résultent sont ou régulières ou irrégulières. Il en est où elles suivent l'intervalle des nervures, d'autres où elles offrent des cercles concentriques. Dans les Pineaux, ce
sont de petites lignes brunes parallèles: Ces nuances se présentent à peu près de même sur tous les pieds et toutes les années sur les pieds de la même variété.
Après avoir examiné ces divers objets, j'arrive au/rwiï, qui,, ainsi que je l'ai déjà observé, présente les caractères les plus nombreux et les plus importants. — En effet sa couleur est ou rouge, ou blanche, ou violette, dans des nuances sans nombre; ss. forme est ronde ou ovale; sa grosseur est au dessus ou au dessous de quinze millimètres de diamètre transversal. Sa peau est épaisse ou mince; son suc est très sucré ou peu sucré, ou âpre; ses pépins sont gros ou petits, courts ou allongés, colorés ou non colorés, en petit ou en grand nombre (de zéro à cinq); les grappes qu'il présente sont rapprochées de la forme cylindrique, ou de la forme conique, ou serrées ou lâches, ou longues c'est à dire de plus d'un décimètre, ou courtes c'est à dire de moins d'un décimètre.
Des considérations d'un autre ordre viennent encore augmenter le nombre de ces caractères : car il est des raisins qui, toutes circonstances égales, mûrissent plus tôt que d'autres, des raisins qui se conservent plus ou moins sans altération sur pied ; des vignes qui donnent constamment ou beaucoup, ou peu de fruits, qui sont plus ou moins sujettes à la coulure, plus ou moins sensibles à la gelée, qui croissent mieux dans tel ou tel sol, à telle ou telle exposition, etc., etc.
C'jBst sur toutes ces données réunies et combinées que j'ai basé mon travail. Le nombre de ces données com pense leur incertitude. Je puis déjà juger des avantages de la marche que j'ai suivie, puisque j'ai, cette année, constaté deux cent cinquante variétés, et que pour les constater il m'a fallu faire plusieurs milliers d'observations.
La comparaison d'une aussi grande quantité de vignes a dû me fournir les occasions de faire des remarques de quelque intérêt.
Ainsi je suis déjà autorisé à penser qu'il n'y a pas de
Bosc 467
vignoble d'une certaine importance qui ne renferme des variétés qui lui sont exclusivement propres et que quelques-unes de ces variétés seraient beaucoup plus avantageuses à cultiver dans tel ou tel vignoble que plusieurs de celles qui s'y trouvent.
— Ainsi j'ai déjà reconnu qu'il y a des variétés qu'on devait multiplier dans les jardins de Paris de préférence à celles qui s'y cultivent. Je citerai six variétés distinctes de muscats, supérieures à tous égards aux deux variétés qui y sont les plus communes ; et une d'entre elles, le Muscat noir du Jura est si précoce qu'elle peut être mangée dès la mi-août.
— Les inconvénients du défaut de concordance dans la synonymie des variétés de raisins se développent de plus en plus à mesure que j'avance dans mes recherches. Il y a telle variété qui a cinq ou six noms, et tel nom qui s'applique à cinq ou six yariétés différentes. Quelquefois pour des variétés très connues, cette confusion peut donner lieu dans la pratique à des erreurs d'une grande conséquence.
— A l'appui de cette assertion j'observerai que les vignerons du département de la Côte-d'Or connaissaient tous le Pineau noir et le GarneV , et qu'ils affirment avec raison que l'un donne un excellent et l'autre un très mauvais vin. Hé bien, le Pineau noir de ce département est foït distinct du Pineau noir du Jura auquel j'en rapporte huit autres ; du Pineau franc de la Haute- Saône auquel j'en rapporte six autres; il diffère du Pineau de V Yonne y du Pineau de Coulange, du Pineau de ha Vienne^ et sans doute de beaucoup d'autres que je ne connais pas encore !
1. En écrivant Gamet^ Bosc était bien dans la tradition. Il n'est pas douteux que l'orthographe ancienne de ce cépage soit Gamet^ pluriel Gameis. Consultez à ce sujet un jugement aucal interprétatif des privilèges de Beaune, année 1459^ reproduit par M. Çerget, p. 15 de sa très savante Contribution a V Etude cies noms* de ce-" pages, Mâcon, Protat, 1898. Dans le môme ouvrage on trouvera également la discussion étymologique de Chardonnay, Gouais et autres cépages dont l'orthographe a varié autant que la vogue de leurs mérites tour à tour prouvés et contestés. On y verra aussi pourquoi Bosc écrivait Pineau au lieu de Pinot, véritable forme de ce mot.
Hé bien, s'il n'y a pas erreur dans la plantation, ce Pineau de la Côte-d'Or s'appelle Gamei dans le département du Puy-de-Dômel
— Souvent j'ai entendu des propriétaires se plaindre que le plant de Bourgogne qu'ils avaient fait venir pour améliorer leurs vins n'avait pas rempli leur attente, qu'il avait dégénéré pour me servir de leur expression. Moimême j'avais procuré à notre confrère. Creuzé-Latouche, dont nous pleurons encore la perte, du meilleur plant de Beaune, et il n'a rien produit de bon aux environs de Châtellerault. Est-ce au mauvais choix de ce plant, par exemple à la grande quantité de Gamet qui s'y trouvait, qu'on doit attribuer ce non-succès, où à la différence (Ju sol, de l'exposition et du climat? En effet quoiqu'on ne puisse douter de l'influence de ces trois circonstances, il se fait cependant de l'excellent vin aux environs de Rheims, et aux environs de Mayence, villes qui sont situées aux extrémités de la zone où il est possible de cultiver la vigne en grand ; et partout où il y a des montagnes on peut espérer trouver des terrains, et encore plus des expositions, convenables à sa nature. Il est donc probable qu'on obtiendrait (en deçà de la zone de la vigne s'entend), partout où il y a des montagnes, non pas des vins aussi chargés d'alcool que ceux de Montpellier, mais des vins meilleurs que ceux qui s'y font, si seulement on changeait le plant qui s'y cultive.
— Puisque, comme il n'est pas possible d'en douter, on trouve, aux envfrons de Paris, toutes les expositions et toutes les natures de sol propres à la vigne, pourquoi donc le vin y est-il si mauvais? Parce que la chaleur n'y est ni assez forte ni assez prolongée, pour amener à maturité les raisins des variétés qu'on y cultive, que ces raisins pourrissent souvent avant l'époque de la vendange. D'après cela, ne peut- on pas espérer qu'on obtiendrait de meilleur vin en substituant les deux variétés de Morillon du Jura et du Doubs> que j'ai observées cette année, et qui mûrissent vers la mi-août, au Meslier et au Meunier
Bosc 469
qui font la base de la plupart de ces vignes et qui mûrissent un mois plus tard ? Ces deux Morillons, qu'il faut distinguer d'autres variétés qui portenlle même nom, s'an- , noncent au goût pour contenir beaucoup de principe sucré et doivent par conséquent donner un vin généreux. C'est cette qualité importante qui m'empêche de leur joindre la Madeleine, qui est aussi et même un j)eu plus précoce qu'eux, mais qu'on peut comparer au Gamet pour l'insipidité.
— Ce Gamet, que déjà un ancien Duc de Bourgogne caractérisait par l'épithète d'infâme, à raison de son influence sur la détérioration des vins de ce pays n'est cultivé que parce qu'il charge beaucoup pour employer l'expression tecMniqùe. Hé bien, je* puis, dès ce moment, indiquer dans la pépinière du Luxembourg, cinquante variétés de vignes à raisins rouges, non connues dans la ci-devant Bourgogne, qui chargent deux fois plus que lui, et qui, d'après leur saveur sucrée, doivent être dans le cas de donner un vin fort rapproché de la qualité de celui du vrai Pineau,
— Mais les plants de Vigne transplantés dans cette pépinière donnent-ils des raisins parfaitement semblables à ceux sortis des souches sur lesquelles ils ont été coupés?
A cela je réponds : 1^ Que ces raisins ont dû nécessairement s'altérer, mais que cette altération n'est bien sensible qu'au goût, et seulement s'ils sont originaires des parties méridionales de la France, parce qu'ils n'ont trouvé, sous le climat de Paris, ni une chaleur aussi forte, ni une chaleur aussi durable que celle de leur pays natal, et que la chaleur' est une des princip^fles conditions de leur parfaite maturité. 2» Qu'ils peuvent toujours reprendre toute leur supériorité, lorsqu'on les remettra dans les circonstances dont on les a fait sortir. Un Muscat est musqué en tous pays, mais il est un excellent raisin à Marseille, un médiocre à Paris et un mauvais à Anvers. Au reste, un des buts de l'établissement est de constater cette alté ration et mes observations se portent sur elle. Peut-être
dans quelques années aurai -je des faits importants à publier sur cet objet encore neuf pour la science. J'observe . à cette occasion, quel, depuis Duhamel^ on a acquis la preuve positive que les arbres fruitiers dégénéraient sans changer de climat, et la vigne est aussi un arbre fruitier. Le Pineau de la partie supérieure du Clos de Vougeot, sur des ceps âgés de quatre à cinq cents ans donnait avant la révolution un vin qui se vendait le double de celui produit par le Pineau nouvellement planté dans la partie inférieure. L'âge a donc de l'influence sur la qualité du raisin, et la culture en a aussi beaucoup, comme tout le mondé le sait.
Les vignes de la pépinière du Luxembourg sont, autant que possible, dans des circonstances semblables. Elles doivent donc, se modifier, chacune à leur manière sans se confondre, au moins de bien des années. Aussi suis-je persuadé que dans vingt ans d'ici je pourrai encore distinguer les variétés les plus rapprochées. D'ailleurs, sur quel fondement oserait-on supposer que le grain ovale deviendra rond, les feuilles glabres hérissées ? Il est d'ailleurs des modifications plus possibles que d'autres; je crois les connaître au moins en partie et d'une manière générale et je saurai les indiquer dans l'occasion.
Deux compléments sont essentiels à la perfection de mon travail.
Le premier est la représentation exacte de toutes les variétés de raisins à l'époque de leur maturité parfaite. Déjà M. Redouté a dessiné, ou mieux, peint une quarantaine de celles que j'ai déterminées, avec cette supériorité de talent qu'on lui connaît. Les amis de l'agriculture et des arts doivent faire des vœux en faveur de la continuation de cette entreprise.
Le second est la plantation d*une École, et elle doit s'effectuer cet hiver. Là seront rangés, selon l'ordre indiqué par le synopsis dont il a été parlé, deux pieds de chacune des variétés que' j'ai déjà constatées, et il sera conservé des places vacantes pour celles qui seront obser-
Bosc 471
vées par la suite. C'est dans cette école, où toutes ces variétés seront plus rapprochées, que je perfectionnerai mon travail, que tous les amateurs pourront aller le constater, étudier celles de ces variétés qu'ils désireront connaître. Là Us seront à portée de juger de la «préférence que certaines méritent sous les rapports de la saveur, de la grosseur, de la précocité.
Il m'eût été facile de beaucoup étendre ces notes, mais je ne dois pas abuser des moments de la Société. Mon but d'ailleurs a été uniquement de lui faire connaître la marche que j'ai adoptée, et de solliciter le concours des lumières de chacun de ses membres pour rectifier ce qu'elle peut avoir de défectueux. L'année prochaine, je pourrai entrer dans de plus grands détails sur le fonds même de mon travail.
J'ai cru que quelques lecteurs ne seraient pas fâchés de connaître les variétés de raisin qui, parmi celles que j'ai étudiées, m'ont paru les plus agréables au goût et par conséquent mériter le plus d être cultivées pour l'usage de la table. J'en donne en conséquence ici la liste en observant que les noms ne sont peut-être pas ceux que j'adopterai définitivement, me réservant de choisir, à mesure que j'avancerai dans mon travail, parmi ceux que porte la môme variété,- celui qui me paraîtra le plus convenable, soit parce qu'il est le plus répandu, soit parce qu'il est le plus doux à l'oreille, soit enfin par tout autre motif.
Raisins de treille
Muscat d'Alexandrie( Hérault) Muscat rouge. (Seine-et-M.).
— blanc (Pô). Cari (Pô).
— — ..(Seine-et-M.). Malvoisie blanche (Pô).
-— — (Jura). — rouge (Pô).
— d'Espagne . (Hérault) . Muscatelle .*. (Lot) .
— noir (Pô). Panse musquée. .(B.-du-R.).
— — (Jura) . Chasselas commun .
P'^=<>c«- — d'Alexandrie. (Vosges).
-— rouge .(Loir-et-Cher). — rouge. .. (Seine-et-M.).
Chasselas doré,oude Fontainebleau (S.-et-M.).
— violet (Pô).
Chasselas n' 10. . .(Hérault):
— Muller reben . (Moselle) .
Raisins rouges
Aspirant (Hérault).
pour la grosseur.
Berardy (Vaucluse).
grand. '
Dolceto (Pô).
Épicier (Vienne).
petite espt'ce.
Espar (Hérault) .
Luisant- vert (Doubs) .
Moutardier (Vaucluse).
pour la grosseur.
Perlosette (Drôme).
Pincardan gros . . .(Vaucluse).
pour la grosseur.
Madeleine .(Paris).
précoce.
Morillon (Jura).
précoce.
Morillon (Doubs) .
précoce.
Pied de perdrix. (Hautes-?.).
Plant sauvage. . .(Vaucluse).
Trousseau (Jura) .
Merveillat (Jura).
pour la grosseur.
Damas (Hérault).
pour la grosseur.
Raisins blancs
Amadou. . . (Charente-Infér.) .
Bonblanc (Doubs) .
Bonboulenque. . . (Vaucluse).
Fié jaune CVienne).
— vert —
Folle blanche (Charente-Inf.).
Gros blanc (Moselle).
Blanc doux (Landes) .
Olivette (Vaucluse).
pour la grosseur.
Picardan (Hérault) .
Panse comniune. .(B-du-R.).
pour la grosseur..
Pied sain (Mayenne),
Raisin de Crapaud (Lot).
Raisin vert (Bas- Rhin).
Rivesalte (Charente).
Saint-Rabier —
Sauvignon .(Hautes-Pyréi;i.).
Sparse menue (Vaucluse).
Variété blanche . (Bas- Rhin) .
Uliade blanche (Hérault).
Raisins violets Blanquette violette (Pyr.-O.) . Gentil-Brun (Bas-Rhin) .
Bosc 473