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ÉGYPTIENS

L'antiquité de la vigne n'a guère besoin d'être démontrée depuis que les géologues ont retrouvé, fidèlement conservée, l'empreinte de ses pampres, dans des sédiments antérieurs à l'apparition de l'homme. Mais on serait tenté de supposer que cette plante, probablement contemporaine de la plupart des autres germes animaux ou végétaux dont l'éclosion a constitué la vie de notre planète, a pu rester longtemps à l'état sauvage et sans utilisation pratique. Il n'en est rien. Les plus vieux monuments épigraphiques du monde témoignent que, dès la plus haute antiquité, raisins et vins furent en usage et en honneur chez les humains. En nous contant l'aventure de Noé, la Bible n'a fait que fixer la légende de traditions orales, extrêmement anciennes. Les peuples primitifs avaient meilleure mémoire que nous : ils retenaient mieux

en apprenant moins. Il y a deux siècles à peine, les Persans montraient encore, sans hésitation aucune, à un quart de lieue d'Érivan, l'endroit précis où Noé était venu planter son premier sarment.

Les Égyptiens, ces pères de la civilisation, rapportent à Osiris ce que les Grecs attribueront au dionysiaque Bacchus. On trouve dans leurs hiéroglyphes, si facilement déchiffrés aujourd'hui; les archives d'une viticulture déjà florissante, quatre à cinq mille ans avant notre ère. Grands amateurs de jardins, les Égyptiens possédaient un certain nombre de cépages bien distincts, qu'ils conduisaient avec soin, le plus souvent en rangs parallèles, ou bien en hauts treillages formant d'ombreuses tonnelles, impénétrables aux rayons du soleil. C'est du moins ce que nous révèlent les peintures des hypogées de Béni-Hassan et d'El-Amarna. Plante décorative par excellence, la vigne passa vite chez eux au rang de plante symbolique, La Tombe des vignes à Thèbes, récemment décrite par M. Virey\ en est peut-être le plus saisissant exemple.

Mais si la vigne, avec ou sans raisins, suivant qu'elle représente la vie ou la mort, s'étale sur maintes murailles des cryptes pharaoniques, nulle part nos égyptologues n*ont relevé, jusqu'à présent, les noms individuels des raisins dont quelques sarcophages ont livré les curieux pépins, et même des feuilles et des grains desséchés*. C'est encore aux géoponiques grecs et latins que. nous devons de savoir que le Thasien était sucré et légèrement laxatif, que VEcholas faisait avorter, que du Mareoiica était sorti le vin si apprécié de Cléopâtre, et que, parmi les nombreux vins dont ils nous ont transmis la liste, le Séhennytlque était le produit du mélange de trois raisins, YjEthale, le Thasien, et le Peiicé.

MM. Victor Loret, Virey et Maspére, dignes continua-

1. Philippe Virey, Recueil de Tracaux (Maspéro). T. XX. Liv. 3 et 4 et sq^q.

2. Bulletin de l'Institut Eyyptien, n° 5 (1884), p. 9: id., n* 6 (1886), p. 260.

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