‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 24 sur 180 · ISAÏE · texte numérisé non relu

ISAÏE

rerait un jour, à titre d'ampélographe, dans un livre de viticulture. Mais les Juifs savent se fourrer partout.

Texte : Isaïe. — Chapitre V

1. Je chanterai donc à mon bien-aimé le cantique de mon proche parent à sa vigne :

Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile.

2. Il la bêcha, 1 epierra et la planta d'un bon Plant de Soreq ; il bâtit une tour au milieu, et creusa une cuve de pressoir^; pais il attendit qu'elle produisît des raisins; mais elle ne lui donna que des grappes sauvages.

Notes :

Le prophète dépeint l'ingratitude d'Israël envers le Seigneur en employant le langage parabolique. Israël est la vigne de Jéhovah. Cette vigne, contrairement à ce que l'on était en droit d'en attendre, n'a produit que de mauvais fruits. On va la livrer à la dévastation.

Et cependant la plantation avait été faite avec le plus grand soin, sol fertile, bien exposé, défoncé, épierré, et surtout choix du meilleur cépjige de la région, le fin Plant de Soreq, cépage oriental aux raisins roux. Soreq ou Sorech indique, en effet, cette couleur. La racine du mot s'est conservée en arabe avec le sens de ruftis. Les Hébreux appelaient leurs chevaux alezans du même nom que leurs vignes de Soreq p1^ : aeruqqim.

Entre Ascalon et Gaza s'étendait la vallée de Soreq, couveret de merveilleux vignobles.

Après Isaïe, Jérémie tient aussi Soreq pour le meilleur cépage. Cbap. II, f 21, il fait adresser en ces termes, par Jéhovah, à la nation juive, des reproches bien mérités : «Je t'avais moi-môme » plantée comme une vigne de Soreq, de laquelle tout le plant » était franc; comment donc t'es-tu changée en ceps d'une vigne » abâtardie ? »

Aussi, les commentateurs de la scène de la descente du Saint- Esprit {Actes des Apôtres, chap. ii, 1-13) expliquant l'ivresse

1. Ces pressoirs ont deux ou trois bassins dans lesquels le vin s*écoulait après avoir été foulé dans le bassin supérieur. On en trouve de si bien conservés qu'ils pourraient encore servir. Cf. Les Lieux-Saints, par M. Mislin, t. III, p. 88.

apparente qui avait transformé les élus de Dieu et délié leurs langues, disent que le public, non initié, attribua d'abord ce miracle au vin doux, YXeOxoy;, fait avec les petits raisins doux de Soreq^ Nous sommes donc en présence d'un cépage fin, sorte de Pinot gris, donnant, avec de petites grappes, un vin alcoolique. Ce n'est pas là l'énorme raisin de la Terre-Promise, dont les crains monstrueux devaient contenir plus d'eau que de sucré.

Ce Plant de Soreq, le plus vieux de tous les cépages cités, s'était trouvé déjà sur la bouche de Jacob, dans sa prophétie, superbe morceau lyrique, inséré par Moïse dans la Genèse, au chap. XLix, f 2, lorsqu'il dit du royaume de Juda : « Liant à la )) vigne son ânon et au Plant de Soreq le flls de son ânesse, il a » lavé dans le vin son vêtement et dans le sang des raisins sa )) tunique. »

Langage hyperbolique pour annoncer la fertilité prodigieuse de ces vignes qui rendront le vin si commun qu'on pourra s'en servir comme de l'eau claire. De fait, le territoire de Juda renfermait Hébron et Engaddi, les meilleurs vignobles de Chanaan. Or, déjà, le Plant de Soreq y était nommé et considéré comme le plus exquis.

Pour remonter de Jacob à Noé, le premier planteur de vignes, il n'y a plus qu'un pas à franchir, mais nous manquons de textes pour cela. Sans quoi nous eussions été heureux de prouver, ce que nous nous contentons de supposer, à savoir que le vin du

Plant de Soreq est celui qui avait « émotionné » le vénérable

patriarche Noé, le Bacchus sémitique.

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