CXIV. Vin pour les maux d'estomac
Isolez et débarbez les racines. Répandez au pourtour du cep de la racine d'ellébore que vous aurez préalablement broyée dans un mortier. Répandez-y également du fumier fait, de la cendre vieille et deux parties de terre, et rechaussez. Récoltez à part les raisins de ces ceps. Ce vin conservé pendant longtemps est laxatif, pourvu qu'on ne le mélange pas à l'autre. Buvez avant vos repas un verre de ce vin trempé d'eau ; il vous relâchera sans suite fâcheuse.
Notes :
Amineae. Les vignes Aminées, Aminœa ou Amrnlnœa, que nous allons retrouver dans tous les auteurs latins, étaient la famille, ou tribu, des vignes les plus estimées. L'auteur allemand von Gock a supposé que c'étaient nos Chasselas, et le comte Odart nos Pùiots de Bourgogne ; ce dernier se basant sur la description donnée par Pline et Colu nielle de V Aminœa lanata qui correspondrait parfaitement au Pinot Meunier.
D'après Cels, le savant commentateur d'Olivier de Serres, on en comptait cinq sortes :
1" La grande germaine, ou véritable (de r/ermanus) ;
2" La petite germaine, nouant mieux son fruit et plus tôt;
3® La grande jumelle : jumelle parce qu'elle portait deux grappes à la fois ;
4» La petite jumelle, à raisins plus petits que les précédents;
5» La laineuse, ou tomenteuse, à cause du duvet de sa feuille, fournissait un vin plus léger.
Celle-ci, A. lanata, était appelée aussi A. caniculata.
Columelle parle longuement de leur adaptation et de leur préférence pour la taille, tantôt basse et tantôt élevée.
Cette tribu d'excellents cépages tirait son nom d'un bourg célèbre de la Campanie, près de Falerne.
Certains grammairiens donnent : Amineum Hnum, quasi sim* minioj id est rubore. La couleur franchement pouge du Falerne nous fait suspecter le bien fondé de cette étymologie.
Eugeni». De bonne race aussi, ces raisins-là, puisque tel est leur nom. Originaires de Sicile, d'après Pline, ils croissaient merveilleusement sur le territoire d'Albe, et dégénéraient partout ailleurs. Nous ne croyons pas qu'ils puissent avoir été baptisés par les Eugarici, peuple de la Marchia Tarrisana.
Helvolae. Helcum, paillet. Ce sont les Burot. Cette couleur désignait aussi les animaux. Un bœuf était helrolus ou lœlceolun, de même que chez nous il peut être froment, et aussi que nous avons un cépage appelé Fromenteau. Porta fait Helcola synonyme de Hellaniea.
Murgentinae. Nom de lieu en Sicile. Ces vignes sont aussi nommées Ponipeïanœ.
Apiciœ. D'un nom de lieu ou de leur forme pyramidale, apeœ, aplcis, pointe, houppe, crête. Baccius les fait venir drapes, abeille, et les donne comme synonymes (ÏAplamr.
Liucaniae. De la Lucanie, région bornée à l'est par le golfe de Tarente, et à l'ouest par la mer Tyrrhénienne.
Duracinae. Raisins de table à peau ferme comme leur nom l'indique, duris acinlsy durs grains, et se conservant 'admirablement. C'est le Durarlan de Pierre de Crescence, la Duracina ou Duraccla d'Italie, peut-être la Dura^al/ie de l'Ardèche.
D'après Dalechamps et Bauhin, c'est le Piquepoulle ou Marroquin, et, par extension, VAlsLhib ou Aufjibim. A Naples, Duraca,
(118-29 ant. J.-C.)
Biographie :
Marcus Terentius Varro, né à Fan en 118 avant J.-C, fut, comme Caton, soldat et agriculteur ; et, de plus, littérateur distingué. Quintilien et Cicéron le tenaient pour le plus docte des Romains. Lieutenant de Pompée en Espagne, il se rendit à César, à Cordoue. Retiré à Cumes et à Tusculum, il obtint de César
d'organiser les bibliothèques grecques et latines de Rome. C'est là qu'il composa son Traité de la Langue latine^ dédié à Cicéron, et son De Re Rustica^ seuls ouvrages qui nous soient parvenus des 500 volumes que cet infatigable travailleur avait produits. C'est à plus de 80 ans que, sur la prière de sa femme Fundania, désireuse de connaître le meilleur parti à tirer d'une terre récemment acquise par elle, il se mit à écrire son œuvre d'économie rurale, De Re Rustica. Varron divise son traité en trois livres : \& premier parle des opérations rurales, le second des bestiaux, le troisième des animaux qu'on élève à la campagne. Il a donnéà ce traité la forme du dialogue.
Il mourut vers l'an 29 avant J.-C, d'une façon obscure ; certain* de ses biographes prétendent qu'il fut assassiné.
Il descendait du collègue de Paul-Émile, l'infortuné M. T. Var-> ron, qui perdit la bataille de Cannes, 216 avant J.-C, contre Annibal, et à qui le peuple. romain rendit des actions de grâce pour n'avoir pas désespéré de la République après un tel désastre.
Texte : M. TERENTII VARRONIS Rerum rus-
TICARUM DE AGRICULTURA {traductlofl
Wolf, édition Nisard).
Lib. I, cap. XXV. L'exposition la plus chaude et conséqùemment la plus vineuse doit être réservée au Petit Aminéen, Aminœum minusculum, ou raisin double, dit Fortuné, Geminum Eugeneum, et au petit raisin gris^ Helveolum minusculum. Où le terrain est gras et le ciel nébuleux, il faut mettre le Gtos Aminéen, Aminœum, majus, le Murgentin, Murgentinum, l'Apicien, Apicium, et le Lucanien, Lucanum, Les autres espèces et surtout lesraisins noirs, Miscellas maxime, se plaisent indifféremment partout
Cap. XXXI. Quand le cep sort de terre mince et effilé comme un jonc, cette faiblesse le rend impuissant à pousser des rameaux productifs ; on l'appelle aloYa Flagellum. Mais le cep vigoureux et qui promet des grappes s'appelle Pa/ma. Flagellum YÏent dejtatus, souffle, en changeant une lettre ; mot qui signifie objet de peu de consistance. Le Pabna (cep k porter fruit) tire sgn nom probablement du mot Parilema, dérivé de parère, pro-
duire, dont, par une suppression de lettre assez commune à notre langue, on aura fait Palma
De même, capreoli, vrilles, vient de capere, prendre...
Cap. Liv. Lorsque le raisin est mûr, on procède aux vendanges. Il faut examiner d'abord par quelle espèce de raisin, et dans quelle partie du vignoble, la récolte doit xîommencer. Car le raisin Prœcox, ainsi que le mélange, Âfiscella, qu'on appelle vulgairement raisin noir, mûrissent longtemps avant les autres espèces. Il faut donc les cueillir ies premiers. Nam et Prœcox et Miscella, qxiam vocant Nigram, multo ante coquitur
Cap. Lvni. La Lucarina, raisin ferme, Duracina, et VAminœa Scantiana, sont, de toutes les espèces de raisins, ceux qui se conservent le mieux suspendus.
Notes :
Varron répète les espèces de Caton. Parmi les Duracines, c'està-dire les raisins de garde, il signale la Lucarina, raisin de juillet, qui tire son nom des Lucaria festa qui se célébraient, ce mois-là, dans le bois sacré, lucas, entre le Tibre et la Porte Salaire ; le PrsBçox, qui est cuit par le soleil avant les autres, d'où son nom (c'est le Jdorillon, d'après Garidel) ; l'AminsBa scantiana, sous- variété d'Aminée, originaire de la Sylva i^cantia, Campanie, et, d'après d'autres, de »cafu<io, ascension, à cause de son goût pour les hautains, ou par allusion à la façon dont se ^arde son raisin une fois suspendu.
Les Miscella, déjà cités par Catoû. Ce sont des raisins noirs communs, mélangés à Torigine, à la plantation, mais qui, sélectionnés à la longue, ont donné naissance à un cépage d'abondance, très fertile, qui a gardé le nom de mélange, Miscella.
ieaii Bauhin rectifie cette orthographe en supprimant le r, ce qui supprime du même coup l'ingénieuse explication des commentateurs qui l'ont précédé. Mlsella n'est plus qu'une vigne commune, misérable, indigne des lèvres patriciennes, Foirard ou Oamay deee temps-là, au lieu du MoHller indiqué par Ch. Estienne .
TIRGILE
(70-19 ante J.-C.)
Biographie :
Prince des poètes latins, cygne de Mantoue/Pa^Ztt^ Virgiliu» Maro naquit à Andes, bourgade des environs de Mantoue, le 15 octobre de l'an 70 avant J.-C. Son père était potier. Il commença ses études à Crémone et les termina k Naples. Exproprié de son petit domaine paternel, par smite dé la distribution des terres du Mantouan aux vétérans, il s'adressa à Mécène et à PoUion, qui lui obtinrent d'Auguste la restitution de son humble patrimoine. Ce fut le sujet de sa première Éf/lofjue. Son talent naissant s'affirma par les Bucoliques et, enfln, par les Géorglquof^ qui demeurent le chef-d'œuvre de la poésie latine. Il mit sept ans à composer cet ouvrage, où il a résumé, dans une langue adorable, les connaissances de son époque. Agromomie, géographie, médecine, mythologie, philosophie, toutes les sciences humaines furent mises k contribution par le poète.
Devenu célèbre et riche par les faveurs de Mécène et d'Auguste, Virgile composa VÉnélde. Il mourut, avant d'avoir pu mettre la dernière main k ce poème héroïque, k Brindes en Calabre, k l'âge de 51 ans, le 22 septembre de l'an 19 avant J.-C.
Texte : Virgile. — (Georgicon, lib. II.)
Non eadem arboribus pendet vindemia nostris, Quani Methymnteo carpit de palmite Leshos, Sunt Thaalœ vîtes, sunt et Mareoitides albaj; Pinguibus hœ terris habiles, levioribu^» illîe. Et passo Psiihia utilior, tenuisque Lageos, Tentatura pedes olim, vineturaque linguam ; Purpureœ, Preciœque; et quo de carminé dicam Rhœtica? nec cellis ideo contende Falernis, Sunt etiain Amineœ vîtes, firmîssîma vina, Tmolius assurgit quibus et rex ipse Phanaeus, Argitisque minor, oui non certaverit ulla, Aut tantum fluere aut totidem durare per annos.