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PLINE L'ANCIEN

Biographie :

Caius Plinius Secundus naquit, Tan 23 après J.-C, à Vérone disent les uns, à Côme prétendent les autres, de parents illustres. Favorisé de l'amitié de Vespasien et de celle de son fils Titus, nous le trouvons, à vingt-trois ans, officier de cavalerie en Germanie. De retour à Rome, il y étudie le droit; et il y écrit, VHistolre des Guerres Germaniques. A trente-huit ans, il compose son Studiosorum libri, puis son Duhil sermonis libri. A quarantequatre ans, il est envoyé en Espagne, comme intendant de l'empereur, procurator Cœsaris. A quarante-huit ans, il revient à Rome, où, promu commandant de la flotte à Misène, il consacre, dès lors, tous ses loisirs, c'est-à-dire la plupart de ses' nuits et le temps de ses repas, à l'intelligente compilation de son Historia Naturalis, encyclopédie érudite où il a su condenser la matière de plus de 2.000 volumes, tous lus avec soin et annotés de sa main. C'est le seul de ses ouvrages qui nous soit parvenu, et il suflat pour nous faire regretter les autres et nous permettre de rendre justice à ce grand seigneur, dont l'amour de l'étude réussit à sauver de l'oubli tant de documents curieux.

Certes, cette Histoire Naturelle fourmille d'inexactitudes et delégendes. Mais n'est-ce pas excusable à l'époque où elle fut écrite ? Comment ne pas admirer^ par contre, les belles et philosophique9 paroles de l'auteur sur la divinité, au moment où l'anthropomorphisme régnait en mattre, et où les idoles humaines de Rome tendaient à être remplacées par celles de Judée? Pline n'est ni un athée ni un matérialiste, comme certains esprits étroits se sont plu à l'insinuer; c'était un spiritualiste, qui, en fait de divinité, n'admettait que le dieu de l'Univers, celui de Platon et de Renan.

La partie consacrée, au Lib. XIV, à l'ampélographie, est importante. Pline a profité, il est vrai, et très largement, des publications de Démocrite et de Columelle, et sans en apprécier toute la portée et la valeur. Mais, si son étude des cépages est un peu superficielle et tourne au catalogue plutôt qu'à la mpnographie, son œnologie, par contre, est très complète; elle fait le fond de la plupart des études sur la matière, publiées par les physiciens du Moyen Age et de la Renaissance. Elle persiste même, en France, dans nos Maisons rustiques, jusqu'au XVIII' siècle.

Pline mourut, encore jeune, en 79, chez son ami Pomponianus, à Stables, où il était accouru contempler l'éruption du Vésuve. Tous les détails de sa mort sont dans une lettre bien connue <26* du VI' livre), adressée par son neveu Pline le Jeune à Tacite, l'immortel historien. L'éruption du 23 août 79 est restée célèbre. On était à la veille des vendanges, et le soleil s'était levé radieux. Soudain, le Vésuve, -couvert d'un immense panache noir envahissant tout le ciel, se mit à vomir des flots de lave qui ensevelirent des champs et des villes, notamment Herculanum et Pompéï. L'intrépide naturaliste voulut s'approcher du théâtre de l'effrayant phénomène pour le mieux étudier; mais, saisi à la gorge par des vapeurs sulfureuses, il tomba sur le sol, et, abandonné par ses esclaves, qui cherchèrent leur salut dans la fuite, il périt asphyxié. Trois jours après, on retrouva son corps intact : le flot de feu n'était pas venu jusqu'à lui.

Texte : CAII PLINII SECUNDI Naturalis

Historié Libri XXXVII...

(édition Littré, Paris, 1848).

Lib. XIV. Cap. m. — Ces grappes, dans l'intérieur de l'Afrique, dépassent en grosseur le corps d'un enfant. Aucun raisin n'est plus agréable par sa fermeté ; c'est peut-être de là que vient le nom de Duracina qu'il porte...

Les Bumasti sont gonflés comme des mamelles.

Les Daciyli ont des grains très allongés. La nature qui se joue attache à de très grandes vignes de petits raisins doux et d'un goût délicieux ; on les nomme Leptoraga (grains menus)

On a trouvé un raisin qui, sans apprêt, fournit un vin à saveur de poix ; c'est un raisin célèbre du Viennois ; les territoires des Arvernes, des Sequanes et des Helves s'en sont enrichis récemment ; il n'était pas connu à l'époque de Virgile, mort il y a quatre-vingt-dix ans.

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Cap. IV. — Démocrite, qui a déclaré connaître toutes les espèces de vignes de la Grèce, est le seul qui ait cru que les variétés pouvaient être énumérées. Les autres auteurs ont dit qu'elles étaient innombrables, assertion qui paraîtra encore plus vraie si on considère les vins. Nous ne parlerons donc pas de toutes les espèces de vignes ; il y en aurait presque autant que de vignobles : il suffira de signaler les plus célèbres ou celles qui ont quelques propriétés singulières.

Le premier rang est donné aux Ammineœ, à cause de la fermeté et de la santé de leur vin qui gagne en vieillissant. Il y en a cinq variétés. Deux d'entre elles se ressemblent fort ; celle qui porte le plus petit grain passe mieux la floraison et supporte les pluies et les mauvais temps. Il n'en est pas de même de celle à gros grain ; néanmoins, elle souffre moins mariée aux arbres que mise en treille. Deux autres portent le nom de jumelles, parce que leurs grappes sont toujours doubles : leur vin a un goût très' âpre, mais une grande force. De ces deux dernières, la plus petite souffre du vent du Midi, tandis que les autres vents la nourrissent, par exemple sur le mont Vésuve et les collines de Surrente. Dans le reste de l'Italie, elle ne va que sur les arbres. La cinquième variété est si tomenteuse que nous n'avons pas à nous étonner des arbres à laine de la Sérique ou de l'Inde ; c'est la première des Ammineœ à mûrir et la première à pourrir.

De bien près suivent en mérite les Nomentanœ à bois rouge ; d'où quelques-uns ont appelé ces vignes Rubellœ, Elles sont moins fertiles à cause d'un excès de marc et de lie. Biles résistent très bien aux frimas ; la sécheresse leur fait plus de mal que la pluie, la chaleur que le froid ; aussi les préfère-ton dans les localités froides et humides. Celle à petit grain est la plus fertile ; celle à feuille découpée produit moins.

Les Apianœ ont reçu ce surnom des abeilles (apes), qui en sont très friandes. Il y en a deux variétés, toutes deux tomenteuses, qui se distinguent par leur époque de ma-

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turité. Elles ne craignent pas les expositions froides, et cependant aucune ne pourrit plus vite à la pluie. Le vin qu'elles produisent, doux d'abord, prend de l'âpreté avec les années : c'est la vigne que l'on cultive le plus en Étrurie.

Telles sont les plus célèbres vignes propres à l'Italie et originaires de cette contrée ; les autres ont été importées de Chios ou de Thasos. La Grœcula n'est pas inférieure en bonté aux Ammineœ; le grain en est extrêmement tendre, et la grappe si petite, qu'il n'y a de profit à la cultiver que dans un sol riche. UEagenia, dont le nom indique la qualité, est venue des coteaux de Taurominium; elle n'a réussi que dans le territoire d'Albe ; transplantée ailleurs, elle dégénère aussitôt. En effet, quelques vignes ont un tel amour pour le sol qui les a portées, qu'elles y laissent toute leur gloire, et ne passent nulle part ailleurs tout entières. C'est ce qui arrive pour la Rhœtica et YAllohrogica que, plus haut (xiv, 3, 7), nous avons appelée Plcata: célèbres dans leur patrie, ailleurs elles ne sont pas reconnaissables. Toutefois, productives, elles compensent la bonté par l'abondance. UEugenia aime les lieux brûlants, la Rhœtica les lieux tempérés, ïAHobrogica les lieux froids ; cette dernière mûrit par la gelée et le fruit en est noir. Les vins provenant des vignes que nous avons jusqu'à présent énuméréci^;, même des vignes à raisin noir, passent en vieillissant à la couleur blainche.

Les autres vignes n'ont pas de renom. Quelquefois cependant, grâce au ciel et au sol, les vins se conservent, par exemple les vins de la vigne Fecenia et ceux de la Biturica, qui fleurit en même temps, mais dont le grain est moins serré. La fleur de ces vignes n'est pas sujette à couler, parce qu'elles sont hâtives et qu'elles résistent aux vents et aux pluies ; cependant elles sont meilleures dans les lieux froids que dans les lieux chauds, dans les lieux humides que dans les lieux privés d'eau.

La Visula produit plus de bois que de fruit; elle supporte mal les variations atmosphériques, mais elle résiste

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bien à une température continue, soit en froid, soit en chaud. Dans cette espèce, la plus petite est la meilleure ; mais, difficile sur le choix du terroir, elle pourrit dans un sol gras et ne vient pas dû tout dans un sol maigre ; il faut à sa délicatesse un terrain moyen, aussi est-elle commune sur les collines du pays des Sabins. Le raisin n'en est pas beau, mais il a un goût agréable. Si on ne cueille pas la grappe juste au point de la maturité, elle tombe même avant de pourrir. La grandeur et la dureté des feuilles la protègent contre la grêle.

Les Helvolœ sont remarquables par leur couleur entre le pourpre et le noir, couleur qui, variant souvent, leur a fait donner par quelques-uns le nom de Varianœ. Des deux espèces d'Helvolœ, on préfère la plus noire. Toutes deux produisent de deux années l'une ; mais le vin est d'autant meilleur que la récolte est moins abondante. Les Preciœ se divisent aussi en deux variétés que l'on distingue par la grosseur des grains ; elles donnent beaucoup de bois ; le raisin est très bon à être conservé dans les amphores; la feuille est semblable à Tache. Les habitants de Dyrrachium célèbrent la Basiliaa qu'en Espagne on nomme Cocolohis. La grappe est moins serrée et résiste aux chaleurs et aux vents du Midi ; son vin porte à la tête : cette vigne en donne beaucoup. Les Espagnols en distinguent deux espèces, l'une à grains oblongs, l'autre à grains ronds ; c'est la vigne qu'on vendange la dernière. Plus la Cocolohis est douce, plus elle vaut. Celle qui a un goût astringent devient douce en vieillissant, et celle qui fut douce devient astringente avec le temps ; alors ce vin rivalise avec celui d'Albe : on dit que c'est le meilleur pour les affections de vessie. UAlhuelis produit davantage au haut des arbres, la Visula au pied : aussi, plantées autour des mêmes arbres, elles doublent le produit, grâce à la diversité de leur nature. h'Inerticula, qu'on appellerait plus justement Sobria, donne un raisin noir ; le vin en est recommandable, surtout quand il est vieux ; fort, il ne fait point de mal ; c'est le seul qui n'enivre pas.

L'abondance des produits est ce qui fait le mérite d'autres vignes, et la première à ce titre est YHelvenaca, Il y en a deux sortes, la plus grosse, que quelques-uns^ appellent Zon<7a et la plus petite, qu'on nomme Emarcum : celle-ci n'est pas aussi abondante, mais le vin en est plus agréable à boire ; on la distingue à sa feuille arrondie. Mais elles sont toutes deux grêles ; il faut en soutenir les. branches avec des fourches, autrement elles ne peuvent porter leurs produits. Elles se plaisent aux brises de mer; elles haïssent la rosée. Aucune vigne n'aime moins. l'Italie; elle y est peu fournie, petite; elle y pourrit; le vin même qu'elle y produit ne passe pas l'été ; aucune autre ne vient mieux dans un sol maigre. Graecinus, qui du reste a copié Cornélius Celsus, pense que c'est, non la nature de cette vigne, mais le mode de culture provoquant la pousse exagérée des sarments, qui l'empêche de réussir en Italie, et que cela en absorbe la fertilité, à moins qu'un terrain très gras n'en prévienne l'épuisement. On dit qu'elle n'est pas sujette au charbon ; grande qualité, s'il est vrai qu'il y ait une vigne indépendante des influences célestes.

La Spionia que quelques-uns appellent Spinea, supporte la chaleur ; l'automne et les pluies la nourrissent ; elle est même la seule que les brouillards développent ; aussi est-elle particulière au territoire de Ravenne. La Venicula est une de celles qui passent le mieux la floraison ; son raisin est très bon à conserver dans des pots. Les Campaniens préfèrent l'appeler Sircula, d'autres ^^acula, Terracine a la Numisiana, sans qualités propres, et qui ne vaut que selon le sol ; le vin, mis dans des cruches de Surrente, en est très bon, niais jusqu'au Vésuve. Là, en effet, est la Murgentina, la meilleure de celles qui viennent de Sicile ; quelques-uns la nomment Pompeïana; elle ne produit beaucoup que dans le Latium. De même YHorconia dans la Campanie; elle n'est bonne qu'à manger, mais elle donne considérablement. La Mœrica subsiste pendant des années et résiste parfaitement à

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toutes les influences des constellations ; le rai^sin en est noir, le vin rougit en vieillissant.

Jusqu'à présent nous avons parlé des espèces généralement répandues. Les autres sont localisées dans certaines, contrées ou sont mélangées entre elles par la greffe. Ainsi la Tudernis et la Florentia Tudernis sont particulières à la Toscano. A Aretium, la Talpana, VEtesiaca et la Conseminia sont excellentes. La Talpana noire donne un vin blanc ; YEtesiaca est trompeuse ; plus elle rapporte, meilleur est le vin ; mais, chose singulière, la fécondité la lasse. La Conseminia noire fournit un vin très peu solide, mais le raisin l'est beaucoup ; on la vendange quinze jours plus tard qu'aucune autre; elle donne beaucoup, et le^ raisin en est bon à manger. Ses feuilles, comme celles^ des lambrusques^, prennent une couleur de sang avant de tomber. Cela se voit dans quelques autres vignes, et c'est un indice d'une qualité très mauvaise. Ij'Irtiola est particulière à rOmbrie, au Mévanate et au Picenum ; la Pumula au territoire d'Amiterne. Dans ces mêmes territoiresest la Bannanica qui est trompeuse est qu'on aime cependant. La ville de Pompéies a donné son nom à la Pompetana, bien qu'elle soit abondante dans le Clusium. La Tihurtina tire son nom de Tibur, bien qu'elle ait été appelée depuis Oleaginea à cause de son grain olivoïde. C'est la dernière espèce découverte.

Les Sabins et les Laurentes connaissent seuls la Vinaciola. La vigne Gaurana, qui est un plant venu de Falerne, . se nomme, je le sais, Falerna : elle dégénère rapidement partout. Quelques-u^is aussi ont fait une variété Tarentina, dont le raisin est très doux. Sur les coteaux de Thurium, Capnlas, Bacconiatis et Tarrupia ne se vendangent pas avant les gelées. Pise est fier de la Pharia et Modène de la Prusinia, dont le grain est noir et dont le vin blanchit au bout de quatre ans. Chose singulière ! il est un raisin qui suit le soleil dans son mouvement et qu'on nomme pour cela Streptos, En Italie, on aime la vigne gauloise Picena, qui est au delà des Alpes..

Virgile a nommé la Thasia, la Mareotida, la Lagea et plusieurs vignes étrangères qu'on ne trouve pas en Italie.

UArnbrosiaca et la Duraciria sont remarquables, non par le vin, mais par le raisin, qui peut se garder sur le cep même, sans être mis dans des pots ; tant il résiste aux froids, aux chaleurs et aux mauvais temps !

U Orthampelos n'a besoin ni d'arbre ni d'échalas, elle se soutient elle-même : il n'en est pas de même de la Dactylides qui n'est pas plus grosse que le doigt. La Columhina est de celles qui ont les plus grosses grappes, et surtout la Columhina puiyurea, surnommée Bimamrnia;cdLT les grappillons sont, non pas des grappillons, mais autant d'autres grappes. Nommons encore la Tripedanea^ dont le nom indique les dimensions ; la Scirpula au grain ridé; et la Rhœtica des Alpes Maritimes, différente de celle dont il a déjà été question. La grappe en est courte, à grains serrés, donnant un mauvais vin, mais ayant la peau extrêmement fine, un seul pépin très petit qu'on nomme chius, et les grains irréguliers et très gros. Il y a encore ïAmminea nigra surnommée Syriaca, De toutes ces espèces inférieures, c'est ïHispana la plus recommandable.

On met en treilles les raisins de table, les Duracinœ, blanche et noire, et les Bumastœ de toute couleur; et, parmi les vignes non encore citées, V^gia, la Rhodia^ YUncialis, nom propre à donner une idée du poids du grain ; la Picina, la plus noire de toutes ; la Stephanitis^ qui, par un jeu de la nature, a la forme d'une guirlande, les feuilles étant entrelacées parmi les grains; les /^orenses h^-tives, d'aspect marchand et de transport facile. On rebute au contraire, même à la vue seule, la Cinerea, la Rahuscula et ïAsinusca; on rebute moins ïAlopecis qui imite la queue du renard. On nomme Alexandrina une vigne qui vient autour de Phalacra (dans laTroade); elle est petite, les sarments ont une coudée, le grain est de la grosseur d'une fève, le pépin est tendre et très petit, les grappes sont obliques et très douces, la feuille est pe-

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