Curtil, clos
cueillir et faire, quant ils les veullent vendre et déduire sur leur lie nouvel, ont accoustumé mettre dedans les vaisseaulx de l'eaue chaude en grant habondance. Pour quoi le dit vin se maintient a grant intervalle de tems en la dite doulçour. La quelle passée icilz vin du dit plant devient à sa première nature, et encore pires ; car il devient tout puanz
Pour quoi, nous vous mandons que ces lettres par
vous receues, vous faites ou faites faire commendement de par nous par voye de cryée et autrement, sollempnelleraent à touz à qui sont les diz plans de vigne des diz. Gaamcz, que yceulx coppent ou fassent copper en quelque part qu'ilz soient en nostre dit payz, dedens ung mois, suigant la date de ces présentes ; c'est assavoir a chacun d eulx a pêne de soixante soulz tournois pour chacune ouvrée des dittes vignes ou place du dit mauvaiz plant...
Donné à Dijon le dernier jour de juillet, l'an de grâce mil-trois-cent-quatre vingt et quinze. Ainsin signé par mons. le duc, à la relacion du consoil auquel vous étiez:. J. deV.
Notes :
Cette ordonnance de Philippe-le- Hardi, sur l'extirpation dir Gamay, a donné lieu à bien des controverses. Les uns n'ont voulu: voir, dans cet acte de sage administrateur et d'éniinent œnologue, qu'un attentat à la propriété, assimilable à la tyrannique décision de Domitien. D'autres ont compris qu'en présence des disettes et des famines, hélas! trop fréquentes, il fallait encourager la culturedu blé à tout prix. Très peu d'auteurs ont saisi le vrai mobile du, duc de Bourgogne qui était d'obtenir, avant tout, des vins parfaits. Avait-il donc si tort que cela? Les crus de la Côte-d'Or, parcellede la gloire territoriale de la France, ne sont-ils pas, en quelque sorte, des monuments historiques, que l'État a le droit de classer et de surveiller jalousement?
Des édits postérieurs sont venus, peut-être, dénaturer sa pensée en déclarant la guerre à la vigne en tant que vigne, et non plus seulement en qualité de plants communs. Mais ces prescriptions, ou plutôt ces proscriptions, sont le fait des rois de France et non pas des ducs de Bourgogne.
Cette extirpation des Gamays qui, d'un côté, Chassaient les Pinots trop peu fertiles et, de l'autre, accaparaient les terres de labour, a donné lieu, jusqu'à la Révolution, à une longue suite de mesures judiciaires, tant dans le duché que dans la comté de Bourgogne.
La première en date est l'ordonnance de Philippe-le-Hardi. Puis vient celle de Philippe-le-Bon, du 12 mai 1441.
En 1486, la municipalité de Dijon se plaint à Charles VIII de ce que ces deux ordonnances restent lettre morte, pendant que le Gamay poursuit sa marche envahissante. Elle demande au roi un arrêt spécial prescrivant l'arrachage immédiat de tous les plants déloyaux. Et, en effet, l'arrêt est rendu l'année suivante, en 1487; et l'extirpation a lieu. Mais elle ne fut guère complète; puisque le Conseil d'État fut obligé, moins d'un siècle plus tard, en 1567y de fixer, par un règlement, le maximum des terres à mettre en vignes ^
En 1590, les viticulteurs sollicitent encore du roi l'arrachage des plants communs, et l'obtiennent en 1594'. Mais à partir de cette époque on ne s'inquiète plus guère de protéger les plants fins ; on limite la vigne surtout à cause du blé.
Le 16 novembre 1627, Louis XIII interdit toute plantation nouvelle de vignes.
En 1731, intervient un arrêt du Conseil d'État qui défend l'agrandissement des vignobles, sous peine de 3,000 livres d'amende*. Cet arrêt n'ayant pas été exécuté en Bourgogne, les Beaunois en sollicitent du roi, en 1732, l'application stricte, et demandent, en môme temps, l'arrachage de toutes les vignes de la plaine et de l'arrière-côte*.
On suppose bien que toutes ces mesures vexatoires, — car ce n'étaient pas les modestes propriétaires de Gamays qui réclamaient la mort de leurs propres souches, mais bien leurs voisins, riches bourgeois, possesseurs de Pinots, affolés par cette concurrence redoutable, — ne furent pas reçues sans murmures ni résistances de la part de nos vaillantes populations vigneronnes. Mais les agents de la loi leur firent valoir deux arguments sans réplique : d'abord c'était la volonté du roi, et ensuite c'était le seul moyen d'épargner à la France les horreurs de la famine. Et nos vignerons, ruinés, se résignèrent à boire de l'eau pour permettre à Paris de manger du pain blanc et de boire du vin de Pinot.
Ce qui se passa dans le duché de Bourgogne eut sa répercussion dans la comté. Cette croisade contre les gros plants, protées à déguisements multiples, Gamay devenu Bon-Bernard, et phénix
1. Pratique des Terriers de Fromencllle, d'après Lavalle, p. 44.