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PRÉFACE XI

OU d'un voleur, d'un tyran ou d'un conquérant, d'un bar bouilleur dé tableaux d'églises ou d'un rimailleur de pamphlets, leur encre aurait coulé par colonnes; mais un honnête rural qui s'est borné à enrichir son pays par l'amélioration du vignoble et qui nous a légué le fruit de sa longue expérience en simple prose, ne mérite pas un tel honneur.

Chaque fois qu'il m'a été possible de réparer leur dédaigneux oubli, j'ai eu une jouissance bien vive à le faire.

Tout en saluant au passage d'illustres littérateurs, accidentellement ampélographes, tels que Eustache Deschamps et Rabelais, des inventeurs de génie comme Bernard Palissy, et même des rois de France et des ducs de Bourgogne, j'ai cru devoir résister à l'intrusion pittoresque, mais encombrante, des trouvères ou troubadours dont le bagage aurait alourdi la marche de notre colonne déjà longue ^

Durant les deux années que j'ai passées k fouiller les bibliothèques publiques, allant de Nice à Lille, avec arrêts à Montpellier, Grenoble, Lyon, Mâcon, Chalon, Dijon et surtout Paris, j'ai découvert bien peu de pages ampélographiques inédites vraiment dignes de voir le jour.. Ainsi, à Parie, le catalogue méthodique des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, assez mal fait d'ailleurs, un peu dans le genre des catalogues imprimés de M. Omont, ne m'a donné, aux mots Culture, Raisin, Vigne et Vin,

1. A citer notamment, dans Jubinal {Jongleurs et Troucères des XIII' et XIY' siècles) :

La Bataille des Vins, par Henri l'Andeli. Ms. n» 7218, Recueil de Barbasan^ t. I.

Le Credo au Ribaut (Recueil de Barbasan, t. IV).

Le Marture de saint Baccus. Ms. 189, par Gieffroy (1313).

Puis, ailleurs :

La Patenostre du Vin (anonyme).

Li dis de la Vingne, par Jehan de Douai.

La Desputoison du Vin et de Vlaue,

Etc., etc.

XII AMPELOGRAPHIE RETROSPECTIVE

absolument rien d' intéressant \ C'est, là une de mes ^déceptions. D'autres chasseurs seront-ils plus heureux que moi qui suis revenu à peu près bredouille de cette -dernière battue? Je le leur souhaite bien cordialement.

La résurrection des vieux auteurs est une œuvre de Jongue haleine et qui ne peut s'improviser même en deux ans de labeurs continus.

Le temps n^ épargne pas ce qu'on a fait sans lui.

Pour que mon Ampélographie rétrospective devienne 4in monument définitif, je compte surtout sur la collaboration de ses lecteurs. Ce sont eux, les viticulteurs, à qui je soumets respectueusement le fruit de mon effort isolé, qui auront à parachever ce travail dans un bel élan de soli- /darité ampélographique. Je fais donc appel à leurs observations, à leurs critiques, bienveillantes ou amères, peu m'importe, pourvu qu'elles soient documentées, et qu'elles <îontiennent une parcelle de vérité, une étincelle de ce feu dont je cherche à éclairer la nuit de nos origines et la route de l'avenir. Merci d'avance à tous ceux qui répondront à cette invite.

Mais, tout en remerciant ainsi mes collaborateurs des

1» Parmi les manuscrits concernant les provinces, les tables renvoient à un certain nombre de manuscrits. Tout compte fait, il y a trois ou quatre manuscrits qui sont la reproduction de Mémoires dressés par les intendants à la Un du XVII* siècle.

Ainsi, pour la Bourgogne (Fonds français, n""* 14.313, 22.204, 22.214), il y a une description assez minutieuse du pays, bailliage par bailliage. Mais, si 1 intendant insiste un peu sur la situation j)olitique, le dénombrement des nobles, des abbés, des couvents, les différentes institutions, il ne parle des cultures et du commerce qu'en termes extrêmement vagues et rapides.

Pour la généralité de Bordeaux, les n" 8.150, 14.312, 22.215, se reproduisent. L'intendant indique l'importance du commerce des vins; il cite, comme vins renommés, les Graves, les Médoc, les vins des environs de Lançon; il dit que l'JEntre-Deux-Mers, le pays de Libourne et celui de Barsac produisent beaucoup de vins.

Il n'y a rien à tirer de tout cela.

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