‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 76 sur 180 · Olicier de Serres, édit. de 1804, p · texte numérisé non relu

Olicier de Serres, édit. de 1804, p

• Texte : BELLEFOREST (François de),

Secrets de la rraie ar/riculture...y. traduction de l'ouvrage italien d" Augustin GALLO, Les vinqt journées de l'agriculture. Paris,.

La troisième journée est consacrée à la vigne.

P. 77. (( Quels plants sont les meilleurs pour porter raisins abondamment ?

Je trouve bon qu'on plante ceux qui produisent le raisin amoncelé, noir et mollet, car de tels en sortira de bon

fruit et du plus excellent Les raisins gros et longs,.

qui sont noirs, sont assez bons Encore les gros raisins noirs et Prunellats sont profitables à'planter, à cause

qu'ils abondent et font quantité de vin Je loue encore

les raisins qui ont la grappe longue et les grains gros et

clairsemés Est profitable en outre de planter la vigne

nommée Voltoline Or appelle l'on ce plant Voltolin

ou remuant, à cause que le vin qui en sort se peut remuer plusieurs fois l'année s'il se gâte, vu qu'un jour ou deux

il revient en son entier Mais entre toutes ces sortes

de raisins il n'y en a pas de meilleur- que le petit raisin noir Véronais, lequel non-seulement croît en quantité, mais fait le vin bon et savoureux et lequel n'est guère chargé de couleur. Après ce le sarment et tronc de la vigne étant de peu de moelle, il n'est guère sujet ni à la gelée, bruines, frimas, hâle ni chaleur trop véhémente ; joint que ces feuilles tombant avant que le raisin soit mûr, assez longtemps, le soleil fait mûrir le fruit avec plus de facilité ; tellement que c'est un plaisir de voir ces grappes grandes, noires et en beau nombre pendre en l'arbre ainsi dépouillé de feuillage. »

Plus loin ;

P. 78. (( Surtout je loue les Vernaccies, d'autant

que tel raisin est très bon en verjus Après on plante

des Muscats blancs, k cause qu'ils sont bons et délicats à

manger Néanmoins les Muscats noirs sont les-

meilleurs à manger Les Muscadets primerains^

doivent encore être plantés, à cause qu'ils sont mûrs au

mois de juillet et plus tôt Sont semblablement très

douces et plaisantes au goût les Malvoisies blanches

Besoin encore planter les raisins Brumestes noirs ; quoiqu'ils tardent à mûrir, toutefois les fait-il beau voir, à <îause qu'ils ont belle grappe, et les grains bien fournis, durs, et bons à manger par l'espace dç plusieurs mois. Mais les blancs de cette sorte qui croissent ès-lieux hauts et exposés au soleil sont plus à louer pour leur plus grande délicatesse et qu'ils se conservent plus longuement. Mais, entre tant de sortes de raisins que j'ai mis en avant, n'y «n a pas un qui mérite d'être égalé à celui qu'on nomme Marine noire, étant délicat au manger, et qui mûrit fort tôt et facilement. Ce raisin, outre qu'il est singulier pour n'avoir point aucun pépin en son grain n'a son pareil en bonté »

Notes :

La vigne Voltoline^ ou \elteUner, tire-t-elle son origine de la curieuse propriété de son vin d'aimer ce que d'autres redoutent, le mouvement, ou bien tout simplement de sa première patrie, la Valteline ? Malgré l'autorité de Gallo, je pencherais volontiers pour la deuxième hypothèse.

Le petit Véronais dont il est question ici, n'est certainement pas le Véronais, Véron, Breton, Cabernet, de l'Anjou. Ne seraitce pas plutôt le Wernassa Veronese neraf Cf. Rovasenda, p. 223.

Le Muscadet primer ain doit être le Primacis de Frédéric Barberousse. Raisin délicieux dans la région méridionale, mais qui a le grave défaut, en remontant au Nord, de voir ses grains se fendre sous la pluie.

Le Brumeste^ indiqué par Gallo, serait-il le Verjus noir f

La Marine noire n'est que le Corinthe de cette couleur.

OUIQUERAN DE BEAUJEU

Pétri Quiquerani Belloiocani

episcopi senecensis cleLau-

aibus Prorinct-œ libri très

Parisiis, apud Lambertum Dodu,

Pierre Quiqueraw de Beaujeu, d'une illustre famille de Provence, fit d'excellentes études à Paris, sous Turnèbe, Lambin, Baïf , etc. Il voyagea en Italie ; et, à son retour, bien qu'à peine âgé de vingt ans, il obtint, de François I" et de Léon X, l'évêché de Senez^ Mais, retenu à Paris par un long procès, il y mourut avant d'avoir été sacré et de pouvoir occuper son siège.

Ce jeune auteur a laissé deux ouvrages principaux : YÉloge de la Procence, dont nous avons donné le titre ci-dessus, et qui contient de nombreuses pages consacrées à l'agriculture méridionale, et un poème en vers latins sur YArrirée d'Annibal à Arles. Plusieurs biographes ont confondu les deux livres, et n'ont pas craint d'affirmer que le De Laudihus Protineiœ était en vers latins. C'est une erreur. Il est bien en latin, le savant in-folio, mais en prose ; et sa latinité d'Église, compliquée d'abréviations typographiques, m'a fait regretter plus d'une fois la traduction française de l'archidiacre de Claret {La noucellc Afjrwulture de la Provence, Arles, 1613), que je n'ai pas eu la chance de rencontrer.

Au livre second de son dAi Laudihus, f" 43, Quiqueran fait l'éloge du vignoble d'Arles, qui l'emporte, dit-il, sur tous les autres,. i>our quatre raisons, savoir : un bon encépagement; une culture intelligente, plus opportune que raffinée ; un terrain très propre à la vigne, et enfin un climat favorable.

Quant aux variétés de vignes, il les dit innombrables et reproduit, lui aussi, les vers de Virgile sur les sables de Libye. Il ne cite qu'une espèce, Y Aminée, — et encore avec une coquille d'imprimerie, — Aminceam citem, la seule qui donne du bon vin partout. Il ne partage nullement le sentiment de Columelle qui prétend qu'on peut unir quantité et qualité. Ce sont, d'après lui, deux choses incompatibles.

1. Senez, chef-lieu de canton des Basses-Alpes, à 11 kilom. de Castellane ; 235 hab. Evêché créé au iv* siècle, et supprimé à la Révolution. Ne pas le confondre avec Séez, évôché du département de l'Orne, à 21 kilom. d'Alençon; 5,000 hab.

Le bon vin vient dans la C^au^ champ de pierre (campus lapideus), sol éminemment chaud et sec; mais les souches y vieillissent prématurément et elles y donnent fort peu. Irrigations et fumures peuvent augmenter l'abondance de leur récolte, comme l'eau dans le verre allonge la boisson, mais toujours au préjudice des qualités essentielles du vin.

Les excellents vins d'A<rles sont peu connus à l'étranger : ils sont logés dans des fûts de bois très volumineux, et qui, malgré leur épaisseur, ont de la peine à résister à la pression de leur liqueur.

Certaines remarques sur l'époque favorable des façons et sur la taille des vignes provençales, dénotent chez l'érudit évêque beaucoup de sens pratique et un grand intérêt porté aux choses de la campagne.

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