‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 77 sur 180 · JEAN LIÉBAULT · texte numérisé non relu

JEAN LIÉBAULT

Biographie :

Charles EsriBUHE, Carolus Stephanus pour les savants en us, était frère du célèbre imprimeur, etérudit, Robert Estienne. Élève , de Lascaris, et très adonné aux sciences médicales, il accompagna Konsard dans l'ambassade de Lazare de Baïf en Allemagne et en Italie. Lorsque son frère Robert, accusé d'hérésie pour l'édition d'une Bible annotée par Calvin, fut obligé, malgré la généreuse intervention de l'évêque de Mâcon, Pierre du Châtel, d'aller se réfugier à Genève, Charles, resté catholique, se mit courageusement à la tète de l'imprimerie familiale. Il publia alors de très beaux ouvrages.

En 1551, il termine l'édition princeps d'Appien. Il lance, en 1552, le Guide des Chemins et Fleures de France, précédant ainsi

1. Le raisin de la Crau conserve encore sa vieille réputation. Lorsqme Mistral, l'Homère de la Provence, dédia à Lamartine son poème de Mireille, il compara son œuvre si savoureuse à un raisin, de Crau :

Te counsacre Mirèio : es moun cor, es moun amo,

Es la flour de mts a», Es un rasin de Crau qu'erné touto sa ramo

Te porge un païsan.

Joanne et Baedecker dans leur utile et fructueuse industrie. En 1553, il publie le Dictlonnntre historique et poétique de toutes les nations^ devenu plus tard le Moreri. En 1554, il réunit, sous le nom de Prœdium Rusticum\ six petits traités ruraux, parus antérieurement et embrassant les diverses branches de l'agriculture ; à en citer, en particulier le Vinetum de 1539, qui constitua une partie du VP livre de la Maison Rustique. En 1555, il dédia au •cardinal de Lorraine une belle édition des Œuvres complètes de Cicéron.

Mais tous ces travaux d'art, nécessitant de grands frais et trouvant de rares amateurs, rapportaient peu à leur auteur, si peu que,, de suite après son merveilleux T/iesaurus Ciceronianus, nous trouvons l'infortuné Charles Estienne en prison, pour dettes. Il y mourut en 1564. Son dernier souci avait été la rédaction de 5a Maison Rustique, commencée en collaboration avec son gendre Liébault.

Jean Liébault était docteur en médecine, comme son beaupère. Né à Dijon, mais venu fort jeune à Paris, c'est dans la capitale qu'il étudia la médecine et qu'il la pratiqua avec assez •d'éclat pour que, remarqué du célèbre Charles Estienne, il obtint la main de sa fille, la très savante Olympe Nicole, de préférence il Jean Grévin, l'un des beaux esprits du temps. Ce mariage ne fut pas heureux. M»« Liébault, bas-bleu qui a dû inspirer Molière, nous en laisse soupçonner quelque chose dans ses fameuses stances : Les misères de la femme mariée,

Liébault écrivit bon nombre d'ouvrages de médecine, et il 4B'occupa de terminer et de publier, en 1564, la Maison Rustique , de son beau-père. Mais après la mort de celui-ci, survenue à la même date, il mena une existence misérable, qu'il traîna une trentaine d'années encore, avant de finir par mourir de faim, <5omme le raconte l'Estoile, « sur une pierre où il fut contraint •de s'asseoir, en la rue Gervais-Laurent, à Paris ».

La Maison Rustique des deux docteurs ne leur avait pas porté bonheur.

Cet ouvrage est divisé en sept livres. La situation de la maison de campagne et de ses dépendances fait l'objet du premier. Les auteurs suivent à peu près l'ordre observé par Caton. Le second est consacré aux jardins et aux parterres. Le troisième, à la culture du verger et de chaque espèce d'arbres en particulier ; à diffé-

1. Ne pas le confondre avec le « Praedium Rusticum » du P. Vanières, Ce jésuite, né à Béziers, en 1664, s'amusa à mettre en vers latins les maisons rustiques de son temps, et crut naïvement avoir égalé, dans les seize chants de son poème insipide, les -beautés des Géorgiques. Son ouvrage, traduit en français par Berland de Bordelet, parut à Paris, en 1756, chez les frères Estienne, sous le nom d Œconomie Rurale.

rentes manières de distiller les eaux, de faire les huiles et les cidres. Tout ce qui concerne les prés et prairies est renfermé dan» le quatrième. Le cinquième traite des terres destinées à la culture des grains, de la manière de mesurer les terrains, de les ensemencer, etc. Ce livre est terminé par des notions sur la boulangerie. Les vignes, leur culture, les vendanges, la manière de faire le vin, et l'énumération des différentes espèces de vins fabriqués en France, sont étudiées dans le sixième livre. Arrêtons-nous k celui-ci, puisqu'il contient l'objet de nos recherches.

Texte : L'AGRICULTURE et MAISON RUS-

TIQUE, de M. Charles Estienne, docteur en médecine ; parachevée

Îremièrement, puis augmentée par EAN LiÉBAULT, docteuf en 'médecine. Paris, Dupuys, 1570 ^

Livrq VI. Chap. vin. — Plante de Vigne noire.

Le frinc complant de la vigne noire croist par tout ; le sauvage fait le vin âpre et rude : tel est celuy qui est cueilly en terre nouvellement défrichée : mais la vigne, qui peut faire rendre le vin clairet est plantée moitié de blanc et de noir, ainsi qu'elle demande autre façon et assiette que la commune, aussi en est-elle plus mal aisée à gouverner, requiert un bien grand soin, parce que le vin qui en décend, est plus plaisant à l'œil, et meilleur au goust, encores qu'il ne soit de si grande nourriture.

Les complants de la vigne noire sont le Morillon, le Samoireau, le Négrier et le Néraut. Outre lesquels, pour vigne claire, on y adjouste du blanc complant. Et du Meslier cy-après déclaré, assez par voye, entre 3 ou 4 croissettes, ou sautelles, une.

Le meilleur complant est le Morillon appelé Pinot^ duquel le bois a la coupe rouge plus que nul autre : le meilleur est le court, noué de 3 doigts entre chacun nœud pour le plus, et de grosseur selon le pays, où il auroit esté nourry : et porte le fruict entassé : et a la fueille plus ronde que tous ceux de sa sorte.

1. Il y a eu plusieurs éditions avant celle-ci. Je copie l'exemplaire que je possède dans ma bibliothèque, avec son accentuation et son orthographe.

L'autre Morillon a le bois long, noué de 4 doigts entre 2 nœuds, plus gros et plus moelleux par dedans : et a la coupe aussi moelleuse, dont il en est plus lasche, et a l'écorce rouge, et la fueille découpée en 3 ou en patte d oye, comme le figuier.

Ce deuxième Morillon est nommé autrement Pinotaigrot : il porte bien peu et de petits raisins clairs, dont le vin est fort, voire meilleure que du premier morillon.

Le troisième Morillon s'appelle Beccane : il a le bois noir, et le fruict de mesme, fait grand'montre de vin au fleurir : mais quand ce vient à mourir, il déchet de moitié de grain, et d'avantage : la sautelle en est plus longue nouée de toutes, et crois t plus en longueur et en hauteur de bois que nul autre. Ce tiers Morillon s'appelle le Franc Morillon Lampereau, il meurit le premier que les complants, et fait bon vin, et plus que les deux autres.

Le Samoyreau se trouve aussi de trois sortes, dont la meilleure sautelle est courte nouée, et de bois fort dur : l'autre luy approche fort près. La troisième espèce se nomme Samoyreau Chiquité, autrement Prunelat blanc, et ce à cause que son bois est plus blanc que l'autre, et fait du vin d'assez mauvais goust, et ne porte que par animées : elle a aussi ce mal, que quand le temps est de la cueillir, l'on la trouve cheute et égrenée par terre.

Le Négrier, appelé Prunelat rouge, a la cotte rouge, le bois long noiié, grosse moelle, fueille découpée, la grappe grande et claire, rouge, le fruict dernier meur, et fait le vin âpre, et de longue durée. Parquoy en la plante rouge, n'y en faut mettre que peu, pour noircir l'autre et l'affermir : il se défend à la gelée, pour ce qu'il a haute souche.

Le Neraut, nommé Bourguignon noir, a la nature de Bourguignon blanc, le bois dur et fort noir, la moelle serrée et petite, les nœuds près a près, la fueille moyenne et toute ronde, de laquelle le pied est fort rouge, le grain fort près a près et entassé : se défend à la gelée, n'en faut guères à la plante : car il fait force couleur : de sorte que

ceux qui ont pleine plante, en font vin pour les teintures de draps, et le vendent cher.

La Rochelle menue, et le Bordelais de mesme, ne se trouvent guères, pource qu'ils ne sont de portée, et ne valent qu'en treillage : le bois en est roux, comme cyapres sera dit en la vigne blanche, sinon qu'il se trouve j

plus rouge, et la coupe plus vermeille. I

Chap. IX. — Plante de Vigne blanche, \

Le meilleur complant de la vigne blanche est le Frujnenteau, qui a le bois tirant sur le jaune : et après. lui le Muscadet, qui porte le bois rouge : puis le Fin Pinet d'Anjou, qui a le bois tirant sur le verd, et le fruict jaune comme cire. »

Sur tous complans nul n'est moins tendre à la gelée que le Goûest, qui porte le bois tanné et fort gros en tige, la fueille ronde, et rend beaucoup de fruict. Il y a une autre sorte de Goûest, que l'on nomme Goûest Saur/é, ainsi dit à cause du goust qu'il rapporte à la bouche, il n'est guère désiré combien qu'il fait beaucoup de vin, et n'est sujet à la gelée non plus que l'autre Goûest de sa sorte.

Le plus fructueux des blancs, est celui que l'on appelle Bourguignon blanc, ou Mourlon, ou bien le Clozier, qui n'est noiié qu'environ 2 doigts et demy, et le fruict a courte queiie plus entassé que la Rochelle, la fueille fort ronde, selon la nature des Goûests : au demeurant, il se défend de la gelée.

Celuy que pour l'effet des Parisiens appellent Foirard, et les Bourguignons Cinquain, ainsi nommé parce qu'il ne rapporte que la cinquième maille, combien qu'il soit plus gros en grain et en bois tirant sur le bleu : et quasi à plaine serpette, toutesfois est le moindre de tous quand à la valeur et bonté du jus.

Le Meslier, autrement Servinien, rapporte beaucoup : c'est pourquoy on en met quantité à plante. Il a le bois entre jaune et rouge, et n'est si tendre à la gelée : ses fueilles sont quasi rondes. Quant aux différences des complans, j'en trouve de trois sortes ; l'un se nomme le

Meslier commun, qui est de grand rapport; l'autre s'appelle le Gros Meslier, qui a le bois et le f ruict aussi plus gros : et l'autre s'appelle le Franc Meslier, qui rapporte •le meilleur fruict de tous et le grain plus séparé.

Le Bourdelais, autrement nommé le Grais, vaut mieux pour la treille du jardinage, toutesfois qu'on le met à la plante pour faire plus grand rapport : il a le bois roux, et plus gros que nul autre complant, et si monte plus haut, et demande plus longue taille, aussi fait-il plus gros grain, et n'en faut guéres à la bonne plante, non plus que de la Rochelle, qui a le bois le plus blanc que tous, et néantmoins, n'est guéres sujet à la gelée : quoy qu'il soit, il est plus tard meur, et n'en faut plus d'un quarteron de sautelles pour quartier, car il fait le vin verd, nonobstant qu'il luy donne la pointe, et le rend sec et moins tenant de la liqueur.

Au chapitre xii, après avoir énuméré certains procédés, très fidèlement reproduits des anciens, pour obtenir la vigne thériacale, la vigne laxative, le vin dormi tif, etc., les raisins précoces par la greffe sur cerisier, les raisins sans pépins par l'enlèvement de la moelle de la bouture plantée, les raisins panachés par la juxtaposition intime à la plantation de deux sarments fendus, l'un de vigne blanche, l'autre de noire, et autres recettes analogues, un peu trop naïves pour être prises au sérieux, les auteurs de la Maison Rustique, précurseurs en cela de Galen, Pingeon et autres expérimentateurs contemporains, signalent l'effet des badigeonnages-engrais.

Le passage est curieux, le voici :

« Pour faire bien-tost bourgeonner la vigne, faut frotter les yeux du sarment fraîchement taillé avec eau où ait trempé du sel nitre, et 8 jours après elle bourgeonnera. »•

Notes :

Il suffit de se reporter au Vinetum de Charles Estienne pour voir que Jean Liébault doit être le principal auteur de ces deux chapitres.

En effet, tout nourri de la moelle littéraire des anciens, maisnullement vigneron, Charles Estienne n'a guère fait que de l'ampélographie d'érudit. C'est un contemporain de Pline égaré:

au XVP siècle, et à qui la pratique semble lettre morte. Il ne décrit aucun cépage et il en cite plus d'un de travers.

Pour lui : Uca aplana, stira et niu^ratela sont « des Musca- •deaux»; Ucœ pnocice de YÏTgile « des Hastiveaux »; Uca miscellay ainsi appelé de ce que leur goût est intermédiaire entre la douceur et l'âpre té, «desMesliers»; Ura brlssa, vendange foulée aux pieds, « Raisin fouUé et escaché ou brisé »; Uca ^e/*af/7ia, « des Raisins derniers meurs et tardifs »; Uca durarina, « des Raisins à la côte dure, des Samoyreaulx »; Ura Bamastos, a des Goûez »; le Dactylos est « le Raisin au grain long ».

Après avoir parlé du Vlnutn helrolutn, a vin de my- roux », et des cépages qui tirent leur nom de leur lieu d'origine, « Burdegala, Burdelaz, et Rupellana, Rochelle », il donne sa fameuse définition de la Vitîs lariata^ qui lui a été si souvent reprochée : Uca lanata, a lanwjine nomen arcepit, qua ipsl quicletn ucarum wlni obducti apparent.

Jusqu'alors les ampélographes avaient appliqué l'épithète « lanata » aux feuilles, Charles Estienne la fait porter sur les grains. A-t- il voulu désigner r^'/î/a/YAié? En tout cas, l'appellation est hyperbolique et inexacte. La Yitis lanata Carol. Steph. devenue la Vitls subJdrsuta C. B. P. est, croit-on généralement, le Meunier ou Morillon taconné.

C'est bien au dijonnais Liébault que revient la gloire d'avoir élagué toute cette broussaille antique ; c'est lui, le viticulteur bourguignon, qui, dégageant l'œuvre nouvelle de ce que le Vinetum du Prœdium Rusticuni avait encore de démodé, a cherché, en vrai praticien, à s'affranchir des traditions surannées, et à dire tout bonnement ce qu'il savait des cépages de son pays. Mais, s'il l'a fait, ce ne peut être qu'avec l'assentiment formel de son beaupère : ne séparons donc pas leurs noms dans le juste tribut d'hommages qu'ils ont mérité, tous deux, pour avoir fait apparaître, pour la première fois, l'ampélographie française.

Leur Maison Rustique, par les observations personnelles qu'elle contient, marque un véritable progrès.

Aussi, ne suis-je nullement de l'avis de Grégoire, qui ne voit dans la Maison Rustique « qu'un extrait des anciens, copié sans discernement, ainsi que l'avait fait Vincent de Beauvais, et où l'on trouve des inepties^ ». Certes, encore tout imprégnée de l'antiquité, l'œuvre d'Estienne et de Liébault fourmille d'imperfections et de contes à dormir debout, c'est entendu ; mais elle a le mérite d'être arrivée la première et d'avoir provoqué, au moment de la

1. Grégoire, Essai historique sur l'aqriculture au XVP siècle, in édit. d'Olivier de Serres, 1804, p. 127.

renaissance des lettres, la renaissance de l'agriculture. C'est déjà quelque chose. De plus, la j^artie consacrée aux cépages est relativement importante; nous ne pourrons pas en dire autant du Mesnage des Champs, d'Olivier de Serres.

D'ailleurs, les anciens, —j'entends les vrais anciens, et non pas les barbares du moyen âge, — ne sont pas toujours aussi méprisables que le prétendent certains coqs de villages, tout fiers d'avoir picoré le fumier d'une École Pratique ou d'une Station. Et sî on laisse de côté l'ampélographie qui leur a totalement échappé, et do^t l'absence a certainement gêné leur viticulture, on trouve que leur agriculture, uniquement empirique, n'était pas de beaucoup inférieure à la nôtre, si satisfaite d'être scientifique.

« De toutes les connaissances que nous ont transmises les anciens, a dit Cuvier, l'agriculture est celle que nous en avons reçue dans l'état le plus voisin de la perfection. » Et Petit-Laflfitte, l'auteur bordelais à qui nous empruntons cette citation, ajoute : « L'observation les avait fait agriculteurs, les progrès des sciences physiques nous ont faits agronomes. »

Il serait donc peu généreux de la part de l'agronome de jeter la pierre à l'agriculteur.

REMBERT DODOENS

HISTORIA VITIS VINIQUE et

STIRPIUM NONNULLARUM. Cologne,

1580, in-12 de 168 pages.

Savant médecin et botaniste néerlandais, Dodoënsou Dodon/EUs, — la mode du temps latinisait alors les noms des clercs très doctes, tout comme les nécessités de la rampe italianisent aujourd'hui ceux des ténors français, — naquit à Malines et mourut à Leyde. C'est là qu'il s'était retiré lorsque, à la suite d'une violente polémique avec un de ses confrères, Jean Craton, il quitta la cour de l'empereur Rodolphe II, dont il était le médecin. Avant de se consacrer uniquement au professorat, dans sa chaire de Leyde, il passa quelques années à Cologne où, avec bon nombre d'autres ouvrages relatifs à la botanique, la plupart ornés de très belles gravures, il fit paraître, en 1580, un volume sur la vigne et le vin, dont le titre pique encore la curiosité des viticulteurs.

Après avoir fait une courte description de la vigne et établi la

distinction entre la vigne sauvage et la vigne cultivée, Dodoen» ne traite plus que des effets médicaux du raisin, du vin et de l'eau-de-vie. La seconde partie, plus étendue, concerne diverses; plantes médicinales. Rien ou bien peu de chose sur les variété.s de vignes.

P. 50, l'auteur s'arrête cependant un instant sur la vigne Idœa de Théophraste, appelée par Pline Aleœandrina^ .pour indiquer que cette famille, qui a des individus sauvages assez semblables à la Vitis sylvestris ou Labrusca, et d'autres à fruits comestibles et vinifères, prend naissance, non pas sur les sommets neigeux du mont Ida de Crète, mais sur les flancs du mont Ida de Troade,. en Asie- Mineure ; Ida, appelée par Ptolémée (au t. V, cap. 2, de sa Géographie) Aleœandri Troas^ d'où son nom plinien â'Alea^andrina.

Julien LE PAULMIER de Grentemesnil

DE VINO ET POMACEO, libri duo.

Paris, 1588, in-12.

Ce petit opuscule a été traduit en français par Jacques Cahai(fnt\ sous ce titre : Traité du vin et du cidre par Julien le Paulmier; Caen, 1589.

Dans le premier livre, relatif au vin, l'auteur énumère les effet» du vin sur le corps de l'homme, et il passe en revue les différents vins de France ; mais, contrairement à l'attente du lecteur, il ne cite aucun cépage.

Biographie :

Comme un grand nombre de savants du XVP siècle, le napolitain Porta a été un prodige d'érudition. Il avait un penchant décidé pour le merveilleux. Après des voyages en Italie, en

1Q8 AMPÉLOGRAPHIE RETROSPECTIVE

France, en Espagne, il !fonda à JNaples l'Académie de' Sec.reti, où on ne pouvait entrer que si on avait découvert quelque secret utile à la médecine ou à la philosophie naturelle.

Malgré les puérilités qui émaillent ses ouvrages, il a rendu de grands services aux sciences physiques et naturelles, dont il a contribué à répandre le goût. Il a fait un grand nombre d'expériences d'optique très curieuses. Il a composé des pièces de théâtre, des ouvrages de physique, de mathématiques.

Ses œuvres principales touchant l'agronomie sont: d'abord, son livre sur la Magie naturelle ou Des Miracles des choses de la natare, paru à Anvers en 1560, et qui eut de nombreuses rééditions^ ; puis, les Phytognomonica, Naples, 1588, où il étudie les propriétés des plantes et les moyens d'en découvrir les vertus par leur analogie avec les différentes parties du corps des animaux ; et, enfin, une sorte de Maison rustique, intitulée Vlllce libre duodecim, qui l'a amené à parler des Vignes.

Texte : VILL^E LIBRI XII.

Naples. 1584; et Francfort, 1592, S*.

Livre VII, chap. iv. — Des espèces de vignes et d'abord des raisins de table,

((la première qui mûrit chez nous s'appelle Gin-

f/liese. . . il y a, après la grappe, des grains très grands et très petits; je pense que c'est le Leptorax de Pline (raitsin à petits pépins) . . . Parmi les précoces, il y a le raisin Apianus. . . Columelle dit que ses trois espèces se recommandent par de grandes qualités ... la première €st plus riche, quoiqu'elle ait des feuilles nues ; les deux autres, qui sont couvertes de frondaison et qui ont une même apparence de sarments, ont un moût de qualité inférieure... Pour Pline ce sont les abeilles (apes), très avides de ce raisin, qui lui ont fait donner le nom d Apianus, . . Florentinus le célèbre entre tous ».

Dans les lignes suivantes. Porta transcrit en latin le passage des Géoponiques sur la vigne Mer sites.

Ensuite, il parle du raisin muscat (Moschatula) (( dont

1. Magiœ naturalis libri XX parut même en 1558, à Naples. En se reportant k la date de naissance de l'auteur on demeure confondu de la précocité de science de ce collégien, digne compatriote de Pic de la Mirandole.

le nom vient d'une remarquable odeur de musc, quand on le mange. Nos ancêtres ignoraient le musc, aussi n'ont-ils pas tiré du musc un nom pour les fruits sentant cette odeur. Il y en a deux espèces, du blanc et du noir. Il y a une autre espèce de raisin, le plus célèbre de tous, il ne sert qu'à la nourriture; il a la peau et la chair dures, il dépasse les autres en grandeur, son suc est parfumé et exquis, il a une couleur dorée : c'est vulgairement le Moscatellone, Parmi les raisins mûrs dans la saison, il y a avant tout le Duracina, Pline dit que c'est surtout la chair qui rend le raisin agréable; de là sans doute est venu le nom Duracina. Il a la chair et la peau dures, un grain gros, une saveur très plaisante, une couleur dorée et noire. . . on l'appelle vulgairement à Naples Uca duraca. Il y en a une autre espèce, de grain plus petit, mais de peau plus dure; sur l'arbre il dure jusqu'à l'hiver; suspendu au plafond il dure jusqu'à la nouvelle vendange . . . Ces espèces sont appelées vulgairement, au Vésuve, Tostole majorine et minorine. Columelle fait aussi mention d'une vigne Pergulane. .. .Je pense que la dite Pergulane est celle qui pousse en berceaux (pergula) et qui, à Rome, en garde encore le nom ; car elle est appelée vulgairement Pergolese, principalement à Tivoli. A Naples, on la nomme Uva Groia; suspendue, elle dure jusqu'à la vendange suivante ».

Porta parle ensuite d'une espèce que Columelle et Virgile appellent Bumastus, et Pline Bumamma :

(( Sa grappe a la forme et la grandeur d'une mammelle de vache. Aussi, à Naples, le peuple a gardé son ancien nom, il l'appelle Uva Mennnvaca, c'est-à-dire mammelle de vache, menna signifiant mammelle. Il y en a deux espèces, du blanc et du noir. . . On en trouve sur le mont Vésuve. . . Sa grappe est très longue, les grains ne sont pas dispersés, comme dans les autres espèces, mais disposés deux par deux du commencement au bout de la grappe; sa couleur est rouge pourpre. Il y a aussi les

Ceraiinia, Columelle dit : Nous appelons ce raisin Coi^ neoliis, en suivant la nomenclature grecque ; en effet, il est courbé comme une corne. Chez nous, il y en a du blanc et du noir, et il produit trois fois l'an. Du poids d'un grain, Pline et Columelle ont pu le nommer le raisin de l'once (Uncialis). A Naples, on le nomme vulgairement Uva pruno, car ses grains ont presque la grosseur d'une prune et par suite pèsent presque une once. Pline affirme que le nom- de Tripedaneus lui vient de sa grandeur, et en effet la grappe mesure 3 pieds de long. Il y en a chez nous beaucoup d'espèces, dont la grappe nonseulement a 3 pieds de long, mais encore pèse trente livres. Entre autres il y en a une qu'on appelle Uva San- Nicolas, Columelle et Pline parlent des Stephanites, chez lesquels la nature s'est amusé à faire une sorte de couronne, en interposant les feuilles entre les grains. Je n'ai pas vu cette espèce et n'ai pas entendu mes amis dire qu'ils l'avaient vue, mais j'en ai vu un grand nombre chez lesquels le hasard avait interposé des feuilles entre lesgrains. Je ne veux pas taire une espèce familière à nos jardins, dont les grains sont noirs avant d'être mûrs et blanchissent en mûrissant. Ce raisin est très propre à jouer un bon tour à des amis, car à la couleur ils le croient mûr ; quand ils le portent à la bouche, sa saveur très acide leur fait faire la grimace. Ce sera peut-être le raisin Capnios de Théophraste, qui d'une grappe noire en forme une blanche et d'une blanche une noire. Théophraste mentionne les vignes folles. . . Pline en dit : Il y a des vignes qui produisent trois fois, on les appelle folles, parce qu'en elles certaines parties mûrissent, d'autres noircissent, d'autres fleurissent. M. Var'ro se porte garant qu'à Smyrne, près de la mer, il y a une vigne qui produit deux fois. Cette espèce est vulgaire chez nous ; on l'appelle Uva- tre volte Vanno : elle bourgeonne d'abord et fleurit avec les autres ; puis, vers la Saint-Jean, on coupe le sarment au-dessus de la fleur, de nouveau elle bourgeonne et fleurit une seconde fois ; entre temps elle mûrit une pre-

mière fois, peu après elle fleurit une troisième fois, mais le troisième raisin ne mûrit pas, à cause de l'arrivée de rhiver, et il reste dans cet état sur l'arbre pendant tout l'hiver. Mais je pense qu'au temps de Pline il n'y en avait pa« en Italie, puisqu'il emprunte ce qu'il en dit à Théophraste et à Varron, s'il est vrai que Théophraste ait voulu parler de cette espèce ; et ces deux auteurs en parlent . comme d'une chose exotique. Columelle a nommé aussi les Dactyli parmi les vignes recommandables par leur bonté et leur apparence; Pline en dit que leurs grains sont très allongés; et, ailleurs, que ces raisins sont longs et maigres comme un doigt. Cette espèce s'appelle aujourd'hui à Naples Uva dlgitella, car ses grains ressemblent à des doigts ; il y en a du blanc et du noir, et il mûrit en été. Virgile cite la vigne Thasia, Libyca ; Columelle la Venucula, \di, Nemesiana ;V\mQ YEtesiaca, la Conseminia, la Talpana; Athénée la Nlcostrntia, et enfin d'autres, qu'il serait trop long d'énumérer. »

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