‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 95 sur 180 · ÉLIE VINET · texte numérisé non relu

ÉLIE VINET

ANTOINE MIZAULD

La Maison champêtre et Agriculture, Paris, 1607, 4«.

Élie Vinet, savant professeur bordelais, né à Barbezieux, en Charente, et le D' Antoine Mizauld, de Montluçon, la lumière des médecins de son temps, ont collaboré à une sorte de Maison rustique qui n'est, peut-être, pas à la hauteur de leurs autres œuvres respectives.

Une dédicace du libraire, Robert Fouet, à Brulart de Silleri,. garde des sceaux, ouvre le volume. Cette .dédicace, datée du 15 mai 1607, montre que cette publication est posthume pour les deux auteurs.

PROSPER RENDELLA 199

L'ouvrage contient : le traité d'arpenterie d'Élie Vinet, la façon d'embellir les jardins, de les planter et de les soigner, puis de longs développements sur les végétaux utilisés en médecine. Dans cette dernière partie, qui est évidemment son œuvre, Ant. Mizauld dit, à ce propos, quelques mots des vertus, laxatives ou autres, des raisins, et donne de nombreuses recettes pour fabriquer des vins médicinaux; mais il ne cite aucune variété de vigne.

PROSPER RENDELLA

(Vers 1600)

Biographie :

Prosper Rendella, dont le nom a été défiguré par F. de Neufchateau (Notes sur Olivier de Serres, 1804) en RsLndella, et par Musset-Pathay [Bibliogr. agron., p. 61) en Romiella, était un patricien de la ville de Monopoli ^ Jurisconsulte éminent et poète délicat, il passait avec facilité du langage ardu des consultations juridiques à la cadence badine des différents mètres antiques. Il écrivit un livre, devenu rare, sur la vigne, la vendange et le vin, étudiés au point de vue philosophique, théologique et juridique.

Ayant eu la bonne fortune d'en trouver un exemplaire à la Biblfothèque de la ville de Nice*, j'en traduis ici quelques passages saillants.

A en juger par le quatrain qui sert d'en tête à son œuvre, Rendella, auteur très célèbre, n'était pas écrivain très modeste. Voici, en effet, les vers qu'il adresse à sa chère Monopoli :

^difico, planto, Juri incumbo, excito Muscts,

Vix œgro vacui prœteriere dies.

Nil Gazas euro sine proie, sed orno Monoplim

JEdibus, ac hortis : seu magis ingenio.

Cette haute opinion de sa valeur lui permet, à la fin de sa pré-

1. Monopoli, ville maritime de la province de Bari (Pouille), sur la mer Adriatique. Station de chemin de fer sur la ligne de Foggi» à Otrante. 14,000 habitants. Evêché. Ancienne Egnatia, détruite au V* siècle. Enceinte du moyen âge bien conservée; cathédrale et hôpital du XI V« siècle, et château construit par Charles- Quint.

2. Le Traité de Rendella manque à la Bibliothèque Nationale. Il existe, à Venise, à la BibliotJieca Marciana, sous le n» 59559-38.

face, de ne pas se courber trop bas devant le lecteur, mais de lui dire tout simplement :

Tu invide vide avide et invidè, Àmice lege, collige^.

Soyons donc de ses amis pour profiter de ses enseignements.

Texte : Tractatus de Vlnea^ Vlndemia^ et Vlno.

Prospero Rendella Monopolitano, I. C. celeberrimo authore. VeneUis, apud JuNTAs MDC XXIX.

Chap. VII. — De quelques espèces de raisins de choix.

Voici, pour nos vignerons, les noms de raisins de choix : Muscatella, Malvasia, Daciilœ, Duracinœ^ Apianœ, aux grains allongés; la Tarentina^ dite Cornula à cause de ses grains recourbés en forme de corne; ïAlbeus, vulgairement (( Albesi Galioppa », qui dégénère rapidement et devient stérile; la Cosmanella nigra, au fréquent usage pour colorer les moûts. Parmi ces raisins, quelques-uns sont plutôt pour la table, c'est-à-dire que nous ne les avons pas dans le but d'en faire du vin : c'est pourquoi on peut les appeler des fruits (I. Qui fundum. De verb, signif., endroit où Alciat énumère les espèces de raisins de table).

Tenez-vous en garde de tomber dans la confusion d'Andréas Baccius (lib. I. De natura vin., c. 13), qui confond les Apianœ et les Muscatellœ, tandis qu'on les. regarde partout comme des espèces différentes.

Mais ceux qu'Alciat nomme Purpureœ, au i®' chapitre (distinction I, <( qui fundum ))), quelques uns pensent que ce sont ceux qui sont accommodés dans des pots, parce que, rougissant avant leur parfaite maturité, ils doivent être cueillis. Caton s'en rend compte. (Cf. Fore, ïnpenu Juris civilis, que rapporte Scardi, au mot Uvœ Duracinœ). D'ailleurs, Virgile rappelle, dans les Géorgiques, d'innombrables espèces de raisins. Elles sont en nombre illimité, et il n'y a aucune importance à les énumérer.

1. Jaloux, vois avec avidité et envie; et toi, ami, lis et profite.

PROSPER RENDELLA 201

Bénédiction de la Vigne (d'après le « Lm. Sacerd. », c. 46). O Dieu, qui avez merveilleusement planté votre vigne tirée de la terre d'Egypte, écoutez favorablement nos prières, afin que, dans cette vigne de vos serviteurs, descende abondante la bénédiction céleste; versez-y la rosée de vos bénédictions, pour que ce que vous avez daigné y enfermer, pour l'usage humain, produise des dons multiples. Par J.-C Notre-Seigneur. Ainsi soit il.

On rapporte que la vigne du Seigneur fut tirée de rÉgypte; et cela paraît surprenant. Mais, au témoignage des philosophes égyptiens eux-mêmes, c'est en Egypte, dans la cité de Plinthine, qu'on croit que se fit, pour la première fois, la découverte de la vigne, d'où ils tirèrent leur surnom d'ivrognes, comme le note Celius Rodigin (Lecti, antiq., lib. XVI, cap. 3). Cf. ce que j'ai dit cidessus sur la culture, après le début. ♦

Vineœ est un mot à double sens, car il s'emploie aussi dans l'art militaire \ Cf. Cœsar, lib. Il, De Bello civili; Sallust., in Jiu/urth.; Veget., lib. IV, cap. 15; C. Plin., lib. XIV, cap. in fin. Bavbav, tit,, « armorum gênera ». Ce mot se donne encore aux cabinets de verdure que construisent d'habiles jardiniers

Jean Garcia (Traité de Eœpensis et Meliovat., cap. 12, n« 42) affirme que, d'après les usages de sa région, c'est un point jugé, que celui dont le sol est planté de vigne aura le privilège habituel, prévu pour ceux qui cèdent aux cultivateurs des coteaux incultes destinés à être mis en vigne; c'est pourquoi, une fois plantées, les vignes ne

1. Vineœ (berceaux), machines de guerre servant à approcher des murailles assiégées et k préparer Vafjfjer destiné à les escalader. (( C'étaient des constructions légères en bois, de 8 pieds de haut, 7 de large et 16 de long, ayant une toiture plate faite de planches ou de clayonnages d osier, fermées de la même manière sur les côtés et protégées contre le feu par des peaux ou des matelas mouillés » [De c Organisation militaire cho^ les RomainSy m Manuel des Antiquités romaines, par Th. Mommsen et J. Mar- QUARDT, Paris, Thorin, 1891).

reviennent pas au propriétaire du sol dans lequel elles se trouvent, et cela tant que le vignoble se tient, et dure (Ex., I, 3, tit. De los labores, lib. III, for. leg.).

Chap. VI. — De la bénédiction de la vendancje. Dans certaines régions, les prêtres ont l'habitude, le jour de la fête de la Transfiguration, de bénir les raisins nouveaux, d'après le « Liber Sacerdotalis sacrosanct^e Romanae EcclesiaB ». Voici le texte de l'oraison :

Bénissez, Seigneur, ces nouveaux fruits de la vigne, que vous avez daigné conduire à la maturité par la rosée du ciel, l'arrosage des pluies, la sérénité du temps et la tranquillité, et dont il vous a plu que nous fissions usage, en vous rendant des actions de grâce, aunom de N.-S. J.-C, par qui toutes choses, etc.

Bénédiction du vin nouveau (d'après' (( Sacerd. », c. 34).

Prions. Seigneur saint. Père tout-puissant. Dieu éternel, distributeur et conservateur de tous les dons, qui, entre toutes les autres créatures, avez ordonné que le vin sortît du fruit des vignes pour soutenir l'homme et le réjouir; vous qui, à Cana, en Galilée, avez miraculeusement changé l'eau en vin, par votre Fils unique, Notre-Seigneur Jésus Christ; vous, enfin, qui avez voulu que le vin fût la matière sacro sainte du sacrement du très précieux Sang de votre même Fils, nous vous prions et vous supplions de daigner bénir et sanctifier cette créature du vin, afin que vos serviteurs et vos servantes, qui en goûteront, reçoivent la santé de l'âme et du corps, et vous louent sans fin, vous qui êtes le dispensateur de toutes les grâces, par N.-S. J.-C. Ainsi soit-il.

Bénédiction du vin contrée le poison.

Dieu, qui, par votre puissance, avez fait que le bienheureux Évangéliste Jean digérât une boisson vénéneuse et toxique, daignez bénir f et consacrer f cette créature du vin, afin que, tout goût dangereux se trouvant expulsé

PROSPER RENDELLA 203

par le mystère de votre bénédiction, ceux qui en boiront obtiennent, ici-bas, la rémission des crimes du corps et de l'âme, et, dans le ciel, la perpétuelle consolation! Que la bénédiction du Dieu tout-puissant, Père f. Fils 7 et Saint-Esprit f , descende sur cette créature du vin, et y demeure! Ainsi soit-il.

Notez que ce miracle de saint Jean, que le grand prêtre des idoles, Aristodème, tenta d'empoisonner, est rapporté plus complètement dans la Vie des Saints (lib. II, cap. 7), par révèque Equilinus.

Notes :

Avec tant d'oraisons et de renvois juridiques, on comprend bien l'appréciation de François de Neufchateau. « C'est, a-t-il dit du Traité de Rendella, l'ouvrage d'un savant jurisconsulte et d'un bon catholique. »

Après îivoir parlé du vin naturel, du vin tout à fait théologique, Rendella ne craint pas de pousser une petite pointe du côté des vins artificiels. Il nous initie aux charmes du marasquin, vin de cerises marasques, déjà.très recherché des gourmets, optatissimum gulœ.

Ce qu'Udit des Festl Martinales mérite également une mention. Selon lui, le mois de novembre était consacré à Bàcchus. « Et nous aussi, nous faisons les rinales à la fête de saint Martin.. C'est un usage de France accepté en Italie. »

Quel est donc le miracle opéré par saint Jean auquel la bénédiction du vin contre le poison fait allusion?

Le Père Giry, l'un des meilleurs hagiographes qui aient écrit en français, en dit ceci : a Dans la chapelle de Saint-François, à Rome, on voit la coupe, ou tasse, dans laquelle saint Jean but, sur l'ordre de Domitien, un poison mortel, qui ne lui fit aucun mal. »

Mfif Guérin (Petits BoUandistes, t. XIV, p. 403) complète le Père Giry en ces termes : « On met quelquefois, à la main des statues, ou portraits, de saint Jean, un calice d'où sort un serpent. Il est probable que cet attribut est tiré d'une légende, peu certaine, où l'on voit que l'apôtre aurait été condamné, k Éphèse, à boire du poison, qui, d'ailleurs, ne lui aurait fait aucun mal. »

VioUet-Leduc {Dictionnaire raisonné d'Architecture françaific^ t. I, au mot Apôtre) constate également que l'on donne « quelquefois )) à l'apôtre saint Jean, comme attribut, le calice d'où sort un serpent. Seulement quelquefois^ parce que, en compagnie des

trois autres évangélistes, saint Jean a l'aigle pour attribut : il ne prend le calice que représenté isolément en tant qu'apôtre; mais alors son calice est toujours surmonté d'un serpent ou dragon/

La légende du poison, popularisée par l'art, demeure, malgré son incertitude, attachée à la personne de saint Jean ; et les bonnes femmes l'invoquent à la moindre colique. Rien d'étonnant alors à voir la liturgie consacrer cette dévotion dans ses prières rituelles.

L'évêque Equilinus, dont il m'a été impossible de retrouver le i)assage indiqué par Rendella, a du vraisemblablement reproduire la version de Jacques de Voragine. Archevêque de Gênes, au XIIP siècle, cet écrivain eut une grande célébrité pendant tout ie moyen âge. Voici ce que nous lisons, dans sa LéQende dorée : « Un prêtre des idoles dit un jour à l'apôtre Jean qu'U croirait en son Dieu, s'il consentait à boire une coupe empoisonnée et qu'il ■ n'en éprouvât aucun mal. L'apôtre accepta sa proposition, il saisit la coupe et avala la boisson après avoir invoqué le nom de Jésus- Christ, et il n'en fut aucunement incommodé » (Éléments cl'Iconof/raphie chrétienne, par L. Choquet, p. 197, in-8°, Lille).

Mais, dans un article du t. III de la Reçue de l'Art chrétien, un bénédictin moderne proteste contre la légende de Jacques de Voragine, « apocryphe et inconnue aux anciens ». — « Comment ignorer, dit ce docte religieux, que, les disciples de l'hérétique Cérinthe ayant voulu faire périr saint Jean par le poison, l'apôtre rendit vaine leur tentative, en faisant le signe de la croix sur la coupe d'où sortit un serpent? »

Le comte Grimonard de Saint-Laurent (Manuel de l'Art chrétien, p. 181) dit que le reptile, qui sort du calice de saint Jean, est l'image du poison renfermé dans un breuvage avec lequel on tenta d'empoisonner cet apôtre à Éphèse.

Auteurs et commentateurs sont donc loin d'être d'accord. Ce point d'histoire ecclésiastique me semble un peu vague : laissonsle aux broderies des poètes et des prédicateurs.

m. -TEMPS MODERNES

JEAN BAUHIN

Biographie :

Jean Bauhin naquit à Bâle, où s était retiré son père, le D' Jean Bauhin (1511-1582), médecin protestant d'Amiens, chassé de France par l'intolérance religieuse. De bonne heure, sa passion pour la botanique et son ardeur à l'étude laissèrent prévoir les hautes, destinées scientiffques qui l'attendaient.

A dix-huit ans/ il correspond déjà avec Conrad de Gessner qui l'appelle eriulithshnus et ornatii*s(mus jurent!* . Il fait son tour d'Europe pour se perfectionner omni re scihlU^ et, partout, il se crée d'illustres relations et de solides amitiés. Il passe l'année 1560 à Tubingen, où professait le botaniste Fuschs. De là il se rend à Zurich, auprès de Gessner, et c'est en sa précieuse compagnie qu'il explore les régions alpestres. Il descend en Italie s'asseoir sur les bancs des Universités les plus célèbres; puis, il remonte en France, étudiant la médecine à Montpellier, sous Rondelet, et la botanique, à Lyon, avec Dalechamp. C'est môme Ce savant qui lui suggéra, le premier, l'idée de son œuvre capitale, et lui donna d'utiles conseils pour aborder l'Histoire universelle des plantes. Forcé de quitter Lyon à cause de sa religion toujours proscrite, il devient, en 1566, professeur de rhétorique à Bâle. C'est là que, en 1571, vint le chercher un de ses admirateurs, le duc Ulrich de Wirtemberg, qui l'attache à sa personne en qualité de premier médecin et l'emmène dans sa résidence de Montbéliard. Bauhin y meurt en 1613, laissant de nombreuses publications de médecine, dont une très curieuse sur la rage des loups, et le manuscrit com-

plet, absolument achevé, mais non édité, de son Hlstoria Plantarum Unicer salis.

Son gendre, Cherler, qui l'avait aidé dans ses dernières recherches, en publia le prodrome en 1619. Et ce ne fut qu'en 1Ç51 que, par les soins du bailli d'Yverdun, F.-L. de Graffenried, et du genevois Chabrée, parut enfin l'ouvrage lui-même. Dans les trois in-folio de ce superbe travail, 5,000 plantes sont décrites de main de maître, avec 3,577 planches dont plusieurs, à la vérité, fort médiocres et indignes du texte qu'elles accompagnent. Les 40,000 florins que coûta cette édition furent généreusement avancés par Graffenried, Mécène que les botanistes de tous les pays auraient tort d'oublier sur le livre d'or de leur reconnaissance.

Dans sa studieuse retraite de Montbéliard, J. Bauhin avait accordé aux vignes du Jardin Botanique, qu'il dirigeait avec amour, une attention toute particulière. Et les descriptions minutieuses qu'il nous en a laissées, au livre XV du tome II de son Histoire Universelle, lui donnent incontestablement 1© droit d'être appelé le premier ampélographe des temps modernes. Ces très remarquables monographies, ignorées, ou à peu près, du monde viticole, ont été exhumées, en 1888, par le regretté Charles Rouget, de Salins, qui en publia une traduction dans le Bulletin de la Société d'agrùmlturc (le Poiicfny.

C'est ce texte que nous reproduisons ici, d'après l'exemplaire dont l'auteur nous adressa un tout récent et bien amical hommage, huit jours à peine avant sa mort.

Texte : niSTORiA plantarum univer-

SALIS, nova et absolutissima cum ronsensu et dissensu circa eas. — Ebroduni (Embrun), 1651.

VITIS VINIFERA. t. II, Lib. XV, p. 67. I. Vitis Gorynthiaca sive apyrina. Raisin de Corinthe ou aans pépins

Cette vigne était connue des anciens, et il semble

bien que ce soit celle que Philostrate, en sa vie d'Apollonius, rapporte avoir vu naître et cultiver chez les Lydiens et les^ Méoniens qui, dit-il, en obtiennent un vin très agréable à la bouche.

La vigne qui donne le raisin de Corinthe ne

diffère pas sensiblement de la vigne ordinaire, mais elle supporte difficilement les climats froids, en raison de la

JEAN BAUHIN 207

gracilité des rameaux de ses grappes et de la petitesse de ses grains. Ceux-ci sont sans pépins ou graines dures, de même que les grenades. La grappe se décompose en un grand nombre de grapillons chargés d'une multitude de petits grains égalant en grosseur les grains de poivre ou de sureau. Les jardiniers d'Italie et de Piémont cultivent cette vigne en treilles, en palissades, ou en voûtes élevées. Le jardin du prince, à Montbéliard, possède cette vigne qui y a été transportée des jardins du seigneur de Granvelle à Besançon.

IL — Vitis folio apii. Raisin à feuilles de persil,

La forme des feuilles de cette vigne est tellement particulière qu'elle se distingue facilement des autres variétés de la vigne commune, lesquelles sont beaucoup moins divisées. Dans cette espèce, les feuilles sont très profondément partagées et même disséquées en plusieurs petits segments ou folioles, subdivisées elles-mêmes, comme dans les feuilles de persil. Ces segments sont tellement ténus que plusieurs vignerons à qui on en a représenté n'ont pu les reconnaître pour des feuilles de vigne, tant il est extraordinaire de voir ses feuilles aussi divisées.

La grappe est blanche. Elle donne des grains assez gros, non serrés et plutôt rares, très doux et agréablement sapides. Ses grappes sont semblables à celles du raisin qu'en Bourgogne on nomme Raisin Jilant ou Fendant^ et en Wirtemberg Gut-edel-Reben, Elles mûrissent de bonne heure et sont également recherchées pour la bouche.

J'ai trouvé cette belle espèce de vigne à Besançon, et non ailleurs, dans le jardin de l'insigne médecin Turnonii^ qui m'a dit l'avoir rapportée de Hongrie. J'ai été assez heureux pour en obtenir un plant ou rejeton que j'ai planté dans le jardin du comte, à Montbéliard.

m. Uvœ albœ duces. Raisin blanc doux, appelé, à Montbéliard et en Bourgogne, Raisin fendant ou deT/Zos- -pitaL

Les grappes de cette vigne sont longues, le plus souvent

à grains espacés ou écartés, blancs, très doux, de maturité facile et même précoce. Ses feuilles profondément divisées sont vertes sur les deux faces et pellucides. On l'appelle Gut edel Trauhen dans le duché de Wirtemberg, où quelques-uns le mettent à part pour en faire un bon vin, lequel est toutefois de peu de durée. En Bourgogne, on en plante des vignes entières.

Page 1