‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 108 sur 142 · ESPAGNE ET LES ILES BALÉARES · texte numérisé non relu

ESPAGNE ET LES ILES BALÉARES

Ce pays, qui, du temps de Pline, fournissait des vins que l’on estimait beaucoup à Rome , a longtemps occupé

le premier rang parmi les contrées viticoles, et ille conserve encore pour une partie de ses produits. La chaine de montagnes qui commande ses côtes éténdues et ses prineipales rivières, offre les expositions les plus heureuses et les sols de la meilleure nature pour la culture de la vigne; la chaleur du climat, qui assure là maturité parfaite de toutes les espèces de raisins, permet de choisir celles auxquelles on a reconnu de la supériorité pour la qualité du vin.

Les vins fins d'ordinaire en rouge y sontrares, et ont une infériorité incontestable sur ceux de première qualité que nous faisons en France; mais l'Espagne fournit d’ex. cellents vins blancs secs, et surtout des vins de liqueur pour lesquels elle n’a pas de rivale (Juzrex, Topog. de tous les vignobles connus), et j'ajouté: d'autant moins qu’une nouvelle réputation, même méritée, est très-difficile à établir. Aussi; quoique la plüpart de léuis imeil leurs cépages soient cultivés dans quelques-uns de nos départements méridionaux; quoique j'aie la conviction, en communauté avec l’auteur que je viens de citer, qu on fait d'aussi bons vins de liqueur chez quelqués propriétaires du Gard, de l'Hérault et des Pyrénées-Orientales que les meilleurs de l'Espagne , je crains bien que cette industrie, ou plutôt cetie culture, disparaisse du sol français ; par le défaut de placement de leurs vins d'une part, et par la fabrication industrielle de ces mêmes vins ; je veux dire par des procédés au moyen desquels on en opère une imitation grossière qui ne peut abuser que des amateurs vulgaires et sans délicatesse de goût.

Quoique D. S.-R. Clemente, auteur du meilleur ouvrage

d'ampélographie que je connaisse, ait donné la descrip-

tion de cent vingt espèces ou variétés de vignes, je pense qu'il n'y en a vraiment qu'une douzaine qui nous intéressent ; par exemple, je ne parlerai d'aucun des sujets d'une tribu dont l'un est très-communément cultivé, le Jaën blanc, pour sa propriété de donner du vin propre à être converti en eau-de-vie, parce que nos eaux-de-vie sont reconnues supérieures à celles de l'Espagne ; et comme cest principalement en vue du perfectionnement de lindustrie œænologique que j'ai entrepris cet ouvrage, j'ai dû omettre aussi toute la famille des Muscats, suffisamment connue en France , et que j'ai portée du reste au chapitre des raisins de table.

CÉPAGES A RAISINS BLANCS

PEDRO-XIMÉNEÉS est le seul nom que porte ce cépage dans tout le midi de l'Espagne, où il est le plus estimé pour la qualité du vin qu'il donne, soit seul, soit mêlé à la vendange de quelques autres. Les sarments sont droits, c’est-à-dire se soutiennent bien, courts, de moyenne grosseur, et, l’hiver, de couleur jaune cannelle, d’une consistance molle ; mais les yeux ou boutons , qui sont gros et aigus, étant assez rapprochés, cette disposition des boutons soutient le bois. Les feuilles, avant leur entier développement, sont d’un vert jaunâtre, et d’un luisant gras en dessus ; elles sont quelquefois velues à leur face inférieure, mais non cotonneuses. Plus souvent cette même surface est unie ou glabre; dans le premier cas, c'est particulièrement sur les nervures que les poils sont plus apparents et plus nombreux. Vers le temps de la ma-

turité du raisin et jusqu’à la chute des feuilles, ces nervures, ainsi que le limbe ou pourtour des feuilles, deviennent jaunes. Ce caractère est assez saillant pour faire reconnaitre Ce cépage au milieu d’une foule d’autres après l'enlèvement de la récolte.

Les grappes sont longues, ailées, de forme conique et très-belles, mais peu nombreuses; les grains sont légèrement oblongs de quatorze à quinze millimètres , sur dix à onze de grosseur; ils mürissent bien, et alors ils sont légèrement dorés du côté du soleil, et se détachent facilement de la grappe, qui, elle-même , est attachée au sarment par un pédoncule fragile et très-long, en sorte que la grappe et son pédoncule forment de trente à trentecinq centimètres. Leur pellicule très-fine les dispose à passer à la pourriture dans les temps et les lieux humides, et les expose facilement aux piqüres des guëpes et des abeilles, qui sont très-avides du suc extrêmement doux que ces grains contiennent; cependant ils sont peu serrés à la grappe, et d'autant moins qu’une grande partie de ces grains restent à la moitié de leur volume, et ceux qui sont ainsi comme avortés, sont les premiers à mürir, et ne tardent pas à se dessécher, à se passeriller, comme disent les méridionaux. Je ne les ai pas vus arriver dans cet état dans ma vigne; mais, en Andalousie , on a soin de les trier pour les vendre comme raisins de Corinthe, auxquels on les dit préférables.

Nul cépage ne prouve mieux que tous les yeux ou boutons ne renferment pas l'embryon d’un raisin : quoique je laisse toujours une verge à chaque souche, il arrive souvent qu'il n y à qu'une grappe, superbe à la vérité : tous les autres bourgeons sont dépourvus de fruit. C’est néan-

moins de cette manière que je conseille de tailler le Ximténès; on aura plus de chance d’avoir une récolte, et si, comme il arrive rarement , tous les yeux ou bourgeons qui en proviennent sont fructifères, on est libre d'ôter quelques raisins.

Cette espèce est la plus estimée en Espagne pour faire les vins doux ou de liqueur, et même les vins secs ; elle concourt puissamment à l’exquise qualité des meilleurs vins de Malaga, puisqu'elle y entre dans la proportion des cinq-sixièmes. Elle compose seule le vin renommé , dit de son nom Pero-Ximen. C'est non-seulement en Andalousie, mais aussi en Biscaye, que ce cépage est réputé produire le meilleur vin. Il est aussi cultivé dans quelques localités de nos départements du Midi , notamment dans ceux du Gard et de l'Hérault, mais en petite quantité, parce qu’il est peut-être trop hâtif pour leur climat, et que dès lors il faudrait, comme en Andalousie, avoir une vigne exclusivement de ce cépage, et que sa vendange ne Sy vend pas dix fois autant que la vendange commune, comme en Espagne, d’après le rapport de D. S.-R. Ciemente, en sorte que sa culture, au lieu de s'étendre, se réduira encore ; c'est d'autant plus probable que les soins qu'il faut prendre pour sa récolte augmentent beaucoup les frais de fabrication du vin.

J'avais cru dans les premières années du rapport de ce cépage qu'il était peu fertile; mais, M. Hartwiss, directeur de l'école impériale de vignes en Tauride, m’ayant écrit que le Pedro-Ximénès était très-fertile dans le pays qu'il habite, j'ai observé sa fructification avec plus de soin, et j'ai reconnu mon erreur. Au moment où j'écris, j'en ai une souche greffée qui est chargée de raisins.

Ce fut, je crois, le docteur Sachs, de Breslau, qui raconta le premier, dans son Ampélographia (publiée en 1661), que le Pedro-Ximénès était originaire des Canaries, d’où il était venu s’établir sur les bords du Rhin et sur ceux de la Moselle , et qu’un Espagnol, du nom de Pedro-Ximen , l'avait transporté à Malaga. Sans doute il emporta tout, car depuis longtemps il n’en reste plus dans les vignobles de ces deux fleuves, et personne-ne.se souvient de lavoir vu; ce qui n’a pas empéché que’ce conte n’ait été répété par Berkenmeyer, par Valcarcel et, même par Clemente. Où donc Miller, auteur recommandable toutefois du Dictionnaire des jardiniers, a-t-il pris que des vignerons espagnols tiraient encore (vers le milieu du dernier siècle) des plants de Pedro-Ximénès des coteaux du Rhin? Je défie bien le plus habile vigneron de men montrer une seule souche en pleine vigne, dans tous les vignobles du Rhin. C’est donc un autre conte qui peut plare aux Allemands, mais qui ne peut que faire sourire un Français.

Peut-être la souche si fertile dont je viens de parler est-elle le

XIMÉNÈS ZUMBON , qui, de l'avis de D. Simon, est bien plus fertile, et qui est préjugé par lui d’une aussi grande aptitude à donner du bon vin. Le sarment qui n'a servi à faire la greffe, ne m'est pas venu d'Espagne directement, mais de la Tauride, et M. d'Hartwiss m'a fait la même question que celle que je viens de me poser. C'est, du reste, bien un Ximénès, c’est la seule variété que je connaisse, la seule aussi dont il parle.

LISTAN (San-Lucar),

TEMPRANAS BLANCAS ou TEMPRANO (à Malaga ).

TEMPRANILLA (à Rota et à Grenade).

De gros et longs sarments annoncent la vigueur, la forte nature de ce cépage ; ils ont beaucoup de moelle, des vrilles rameuses et un bourgeonnement très-hâuif. Les feuilles grandes, profondément divisées en cinq lobes, dont les sinus latéraux sont cordiformes, et le sinus pétiolaire très- souvent en forme de V, sont d'un vert foncé en dessus, très-cotonneuses en dessous et festonnées de dents très-aiguëés. Le pétiole, où l'on peut remarquer quelques poils, est d’un rouge violet, qui s'étend jusqu'au point de son insertion sur la feuille. — La grappe est belle, très-allongée, mais non cylindrique, car la partie supérieure est enflée par plusieurs grappillons ; son pédoncule est gros et court. Les grains sont beaux, de la grosseur de ceux du Chasselas, de la forme d’un globe aplati sur ses pôles, d’un blane verdâtre, charnus, conservant souvent leur stigmate. C’est l'espèce la plus estimée en Andalousie, selon l’auteur espagnol Clemente, tant par l'abondance de son produit que par la qualité du vin qui en provient. Elle peuple exclusivement plusieurs vignobles aux environs de San-Lucar, et fait la base de beaucoup d'autres. Elle a encore une autre destination que la fabrication du vin, c'est d'être recherchée comme raisin de table ; car elle est la première à paraître sur les marchés, et elle y est longtemps la plus abondante.

En Touraine, ses raisins ne mürissent pas dès la fin de mai, comme il arrive en Espagne, selon D. Salvador, mais à la mi-octobre ; ils ont la peau dure, et le suc, quoique doux, est peu délicat, en sorte qu’ils sont inférieurs à beaucoup d’autres pour cet usage. Si l'on ajoute à ce désavantage le tort grave que fait éprouver pour la

récolte la facilité qu'ont ses bourgeons, au printemps, à s’ouvrir, à se débourrer et à s’allonger aux premières douceurs de la température, ce qui expose les jeunes pousses à en subir aussi chaque année les rigueurs, on ne formera aucun espoir d'utilité de sa propagation, dans notre région centrale du moins ; car nos côtes de la Méditerranée pourront être plus heureuses, d’après l'expérience qu’en a déjà faite M. Cazalis-Allut, qui la trouvé aussi bon à manger que notre Chasselas.

On ne peut pas oublier une excellente variété du Listai. 13

COLGADERA , à laquelle est due la réputation des vins blancs de Peralta dans la Navarre.

Je cultive, depuis quelques années, un cépage du nom de

MESEGUERA (de la Plana , province de Murcie).

Ses grappes sont belles, à grains gros, oblongs, peu serrés, d’un blanc ambré à leur parfaite maturité, qui est un peu tardive en Touraine. Quand ce raisin peut l'atteindre, comme en 1846, il est très-bon à manger; meilleur, à mon avis, que le Listan. J’ignore sa valeur comme raisin vinifère; mais son apparence est en sa faveur, et de plus le cep est productif. Ses belles grappes, et la teinte un peu jaune de son feuillage , sont les deux caractères les plus saillants pour moi, et me paraissent suffire.

TORRONTES.

Si cette vigne, que. D. Simon cite comme l’une des plus estimées de l’Andalousie , est bien la même que je possède sous ce nom, elle est très-facile à distinguer. Mais cela ne me paraît pas très- certain ; car , à mes Yeux , le caractère le plus remarquable est la forme des feuilles,

qui sont amples, très-tourmentées et profondément incisées : or, il dit seulement que les sinus sont très-profonds, et les feuilles presque égales. Elles sont aussi extrêmement cotonneuses en dessous ; s’il n'en parle pas, c'est qu'il a rangé ce cépage dans la section des cépages à feuilles cotonneuses. La grappe est allongée et cylindrique, quelquefois serrée; les grains sont de moyenne grosseur et très-ronds , un peu dorés en Andalousie, mais non en Touraine, où ils restent d’un blanc verdûtre , et où ils n’atteignent jamais leur maturité complète.

PERRUNO COMMUN (en Andalousie). |

Comme je ne possède pas ce cépage, qui aurait, du reste, peu d'avenir dans ma vigne, parce que ses raisins n’y müriraient pas, je suis obligé d'emprunter à D. Simon l'article qu’il en a donné dans son ampélographie, ce cépage étant un des plus cultivés et des plus estimés des beaux vignobles de cette province. Son rang vient, dit-il, après le Ximénès, le Listan et les Muscats. « Cep très-gros, bourgeonnement précoce; sarments presque droits, courts, gros, point ondés ; entre- nœuds longs ; feuilles moyennes, presque entières, plus luisantes en dessus que toute autre, velues à l'envers ; pétiole gros ; raisins en quantité très-variable ; pédoncule très-tendre ; grains gros, oblongs, jaunes , transparents, âpres au goût et très-tardifs. » Il a une belle variété, qui n’en diffère que par ses sarments plus longs et moins cassants, par ses grappes plus longues et plus serrées , d’un noir rougeâtre, d’une saveur plus agréable; elle est connue sous ces divers noms : |

PERRUNO NOIR, — MORAVITA, — GRANADINA {Andalousie ).

Il parle aussi, comme cépage de quelque valeur, du JAMI NOIR (vignoble de Grenade et de Murcie ), et aussi ROJAL , ainsi qu'à Madrid.

Feuilles d’un vert jaunâtre, souvent entières, lisses en dessus, nues en dessous. Raisins nombreux, presque cylindriques , ordinairement très-serrés ; pédoncule trèscourt ; grains assez gros, un peu durs et charnus, d’une saveur douce et très - agréable ; peau un peu épaisse.

Le MACCABEO est cultivé dans quelques parties de l'Espagne , d’où il a probablement été introduit aux Pyrénées-Orientales, quoiqu’un homme d'un grand savoir, M. Jaubert de Passa, affirme qu'il y a été importé de l’Asie-Mineure. Ses feuilles sont amples et boursoufflées à la manière de celles du Mürier Multicaule ; leur étoffe est moelleuse à l'œil et à la main, d'une nuance un peu jaune en dessus, mais blanche en dessous par le duvet cotonneux, fin et épais , qui le garnit ; le limbe ou pourtour est peu découpé. Les grappes sont de forme cylindrique, allongées, médiocrement fournies de beaux grains oblongs , jaunes , avec une teinte de bistre du côté du soleil ; ils sont entremélés de petits grains ronds. Ils n'atteignent pas une bonne maturité sous le climat de la Touraine; du moins suffisante pour que la vendange produise du vin de quelque prix. Ces raisins donnent, en Espagne et aux Pyrénées, un vin de liqueur d'un goût particulier fort agréable, prenant, en vieillissant , une teinte de vieux Malaga, qui est surtout apparente sur les bords du verre; l'échantillon que j'en ai reçu, et qui, à la vérité , avait plus de vingt ans, était ce que j'ai goûté de meilleur en vins de liqueur du Midi: il avait un goût aromatique le plus suave et le plus admirablement fondu

avec toutes les autres qualités qui constituent un vin de liqueur digne de la table la plus somptueuse. Ce goût et parfum qui l'annoncent , sont d'une nature qui rend ce vin très-difficile à imiter par les œnurgistes ; j'entends, par ce mot, les fabricateurs de vins de tous pays, au moyen de la cuisson du moût et de l'addition de matière sucrée, d’eau-de-vie et d’autres ingrédients, sans se soucier de cultiver les cépages qui les produisent.

GRANAXA (Aragon).

LLADONER (Catalogne ).

ARAGONAIS (aux vignobles de Madrid).

GRENACHE ou mieux GRANACHE (Pyrénées-Orientales, Hérault, Gard).

RIVOS-ALTOS, — ROUSSILLON, — ALICANTE (Var et Bouches- du- Rhône).

REDONDAL (Haute-Garonne ).

C’est lui qui à fait la réputation de l'excellent vin rouge du camp de Carinena en Aragon, d'où il a été tiré originairement il n’y a guère plus de soixante ans , et il s'est répandu d'autant plus vite de ce côté- ci des Pyrénées et sur le littoral de la Méditerranée, qu’il réunit le double avantage de la fertilité et de la qualité; dans les sols du moins qui lui conviennent et sous les climats plus chauds que celui de la Touraine. Ses raisins, mis en qualité notable dans une cuve, telle que le quart de la vendange , communiquent au vin qui en provient un parfum et une finesse remarquables ; une belle couleur aussi, mais qui ne $e soutient pas: de rouge, elle devient orangée. Voilà des avantages qui sont importants sans doute, et dont la réunion est extrêmement rare. Voyons ses défauts. IL'est difficile sur la nature du sol et de situation surtout :

car il est fort sensible aux gelées du printemps, même dans le Var, et d'autant plus qu'il est des premiers à bourgeonner : il arrive même que, dans les hivers rigoureux , la bourre ou enveloppe des boutons ne les préserve pas de la gelée. Pour notre région centrale , rarement, on peut même dire jamais, les grains n’atteignent une maturité suffisante; en sorte que j'ai été obligé de me servir des cent cinquante souches que j'avais, pour en faire des sujets de greffes. En outre dans nos départements méridionaux, sa fécondité abrège sa durée : s'il produit très-promptement dès la troisième année, on s'aperçoit dès la huitième de son dépérissement, et il est très- précipité dans les terrains maigres. Tous ces défauts ont amené le dégoût d’en continuer ou d'en renouveler les plantations. C’est, du reste, l'un des cépages les plus faciles à reconnaître : son bois est très-gros à sa partie inférieure, et, comme il n’est pas très-long, il n'y ena pas qui paraisse aller plus promptement en diminuant ; aussi se soutient -il bien, d'autant mieux qu'il est noué court. Une grande partie du sarment ne mäürit pas, ne s’aoûte pas, comme l'on dit, et reste verte. Ses feuilles sont très- lisses sur les deux faces ; leur nuance est remarquable : elle contribue , avec le port du cep, à le dif férencier de tous les autres. Les grappes sont assez belles, coniques, d’une forme régulière ; les grains peu serrés , légèrement oblongs, d'un noir un peu bleu. Le goût en est médiocre, à la différence d’un Alicante de Tarn-et- Garonne, dont les raisins sont très-bons à manger, et qui diffère de celui dont il est question de bien d'autres manières. Il donne, dans quelques localités du Midi, un vin de liqueur aussi parfait que celui d'Espagne; mais,

pour s'en procurer , il ne faut pas s'adresser aux fabricateurs de vins de tous les pays.

Il y a une variété à raisins blancs ou plutôt verts, qui est beaucoup plus rare, plus difficile encore à mûrir, même dans le département du Gard. La grappe et les grains sont plus gros. Elle est particulièrement cultivée dans un canton des Pyrénées-Orientales, aux environs de Rodès-en-Conflans ; encore n'est-ce que par un trèspetit nombre de propriétaires, parce qu'il faut attendre le vin trop longtemps pour qu'il soit à son point de perfecüion ; mais alors il est comparable à tout ce qu’il y a de meilleur dans les vins de liqueur les plus renommés.

Ces deux variétés de Granache étant généralement productives et difficiles à mürir , il est indispensable de les tailler à court bois, même dans nos départements du Midi. Quant au nombre des coursons ou brochettes , il sera en raison de la fertilité du sol et de la vigueur du cep; mais Je ne pense pas quil doive jamais passer quatre.

Sans doute ces deux Granaches, le noir et le blanc, sont peu cultivés en Andalousie; car il m'a été impossible de les reconnaître dans les cent vingt descriptions de D. Simon.

Avant de terminer cet article, je dois, autant que cela esten mon pouvoir, arrêter la propagation d’une erreur qui se répandrait promptement parmi les amateurs , prenant sa source dans la collection d’une société très-distinguée parmi les sociétés d'agriculture de France, celle d'Angers. Ce devoir est d'autant plus impérieux , qu'un

dés organes les plus honorables de cette Société, un horticulteur-marchand , d’une grande réputation , livre sous ce nom de Granache, à ceux qui lui en font la demande, un cépage à fruit très hâtif, venu de la Ligurie. Je possède aussi ce cépage, et je peux affirmer qu'il est difficile d'en citer un plus différent dans toutes ses parties des deux Granaches , que ne l’est le Raisin hâtif de Gênes, dé. nomination sous laquelle il est aussi connu dans la collection d'Angers.

Il me parait indispensable de mentionner au moins deux sortes de vigne qui doivent nous offrir quelque intérêt, puisque le vin de Rota leur doit son cachet particulier, et qu'elles sont aussi très-communes dans les vignobles d'Alicante. La plus estimée est la

TINTILLA (connue sous ce nom à Rota, Xerès, etc. ); sous celui de

ALICANTE (à Xerès, Malaga et autres localités ); et

TINTO (aussi à Malaga), quoique ce même nom soit aussi porté par une autre espèce dans les vignobles de Grenade, laquelle est la seconde dont nous venons de parler, connue aussi sous le nom de

TINTILLO (dans quelques autres localités ) ;

MATARO (de ce côté-ci des Pyrénées);

MOURVÉDE (en Provence) ;

BENI:CARLO (au département de la Dordogne ).

Comme J'ai déjà fait un long article sur ce cépage au premier article du premier chapitre de la région méridionale, j'en dirai peu de chose ici. Je ferai seulement cette remarque, qu'il est très-communément cultivé dans la Ga-

talogne et dans la province de Valence. Ainsi qu'en Andalousie, la couleur du jus des raisins a beaucoup plus d'intensité qu’elle n’en à sous le climat de la Touraine, où notre Gros-Noir ou Teinturier est seul employé à colorer les vins, et mériterait à plus juste titre le nom de Tinto.

Je dois ajouter, pour jeter sur cette question toutes les lumières qui sont à ma disposition, que, possédant quelques plants de Tinto du vignoble de la Nerthe, le plus renommé du département de Vaueluse, plant incontestablement originaire de l'Espagne, d’après l'assurance que m'en à donnée, il ya trente ans, feu M. Astier, propriétaire très-éclairé : ce plant que possède aussi un ampélonome de Dijon, M. Demermety, a été trouvé par lui, comme par moi, identique à l'Espar ou Mourvéde, trèscommun dans nos départements du Midi, et évidemment tiré de l'Espagne, puisqu'il porte le nom de Mataro au département des Pyrénées -Orientales.

Quant au Tinto des vignobles de Grenade, si l'auteur espagnol ne lui donnait pas des feuilles palmées et des grains de douze millimètres très-mous, il se rapporterait assez bien au Tinto du Portugal, dont Roxas Clemente a parlé à son numéro 39, sous le nom de Tintilla ;

MORRASTEL et MONASTREL (Espagne );

MONESTEL et MONESTAOU (littoral de la Méditerranée ).

BOIS DUR, — PLANT DE LEDENON (Var);

MARASTEL (Tarn-et-Garonne).

Quoique je possède ce cépage, qui n’a du reste que peu d'avenir dans ma vigne, par la difficulté que ses raisins ont à y mürir, Je préfère emprunter à l'auteur espa-

gnol D. Simon, l’article qu’il en a donné dans son Ampélographie de l Andalousie, d’autant plus que ee cépage est l’un des plus cultivés et le plus estimé, dit-il, après le Ximénès , le Listan et les Muscats. Voici donc ce qu’il en dit: « Bourgeons et entre-nœuds très-courts; feuilles d'un vert foncé, assez cotonneuses ; pétiole rouge clair: raisins de moyenne grosseur ; grains petits, très-noirs , se séparant facilement du pédicelle; la peau un peu épaisse. » Ce cépage, étant très-fertile, s'est fort répandu dans les vignobles de nos départements du Midi, qui l'ont tiré du Roussillon; deux ampélologues de Toulon en ont parlé, MM. Laure et Pellicot; l’article que ce dernier nous a donné sur le Monestel, étant plus détaillé que celui de M. Laure, me donnera le moyen de compléter celui-ci: Les opinions sur la qualité du vin du Monestel sont partagées : il a une assez grande ressemblance avec le Mourvéde ;ses feuilles, également cotonneuses en dessous, sont bien plus découpées ; la maturité de ses raisins plus tardive. M. Laure dit que ses fruits sont plus gros, le raisin oui, mais non les grains. Le trait le plus différentiel, s’il m'est permis de m’exprimer ainsi, et dont cependant personne n'a parlé, c’est que les grains du raisin.sont légèrement oblongs, etnon ronds comme ceux du Mourvéde.

La dureté de son bois lui a fait donner l'un des noms sous lesquels il est connu. Et j'ajoute, pour mon contingent d'observateur , que par suite de cette découpure profonde , les lobes, qui sont à peine indiqués dans la feuille plane du Mourvéde, sont bien dessinés et très-aigus dans la feuille rugueuse et tourmentée du Monestel. Comme c’est un devoir pour celui qui voit publier des erreurs par des hommes qui acceptent la mission de répandre la lu-

464 TRAÏTÉ DES CÉPAGES.

mière, de les faire remarquer, je suis forcé d assurer qu'il n’y a aucune espèce de communauté de caractère entre le Morrastel et le Morillon noir du Jura, comme l'a dit un professeur d'Agriculture. Le Morrastel est très<tardif partout, même en Espagne, d’après D. Simon; le Morillon est au contraire un des cépages les plus hâtifs, dans le Jura comme en Touraine, et à plus forte raison dans l'Ariège, où le professeur donne ses leçons.

TEMPRANILLO. — D. Simon le fait synonyme du MAIOLO de l'Italie; dont un auteur agronomique du xin siècle, Petrus de Crescentiis, a parlé dans son ouvrage intitulé : Opus ruralium commodorum; cependant je ne l’ai trouvé sur aucun catalogue des plants italiens envoyés en France; c’est donc l'auteur espagnol qui me fournira les caractères de ce cépage : ses feuilles sont lobées et ont des dents aiguës; les grains sont durs et charnus , avec un suc très-noir, d'un goût bien prononcé; leur maturité est plus hâtive que celle du Listan; aussi les abeilles n’en ont-elles souvent laissé que la sélhéits, quand viennent les vendanges. Cette espèce est très-estimée, ajoute D. Simon, à Logrono et à Peralta, où elle donne une grande qualité aux fameux vins rouges qui sont produits par les vignobles voisins de chacune de ces villes. Je crois avoir donné suffisamment de descriptions des cépages de l'Espagne, si on veut bien y comprendre Îles Malvoisies et les Muscats, qui ont eu un long article ailleurs, et en rendant également communs à l'Espagne la plupart de nos cépages des Pyrénées ou du littoral de la Méditerranée. On en trouve encore quelques-uns dans le chapitre des raisins de table. Cependant, comme il peut être agréable à quelques amateurs de connaitre un plus

RÉGION MÉRIDIONALE. 465 grand nombre de noms de cépages espagnols, Je vais en dénommer encore une vingtaine que je prendrai dans l'ouvrage de D. Simon et dans le catalogue du Luxembourg, parmi ceux que je crois les plus méritanis.

VIGIRIEGO, l’un noir et l’autre blanc;

JAEN, l’un noir et l’autre blanc :

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