CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Les efforts que l’on a faits dans plusieurs États de l'Amérique septentrionale pour obtenir de la vigne du vin de quelque qualité, ont été sans succès, ainsi que l’a affirmé M. Lakanal dans un article inséré dans plusieurs
bulletins de Sociétés d'agriculture, notamment dans celui de la Société d'Œnologie, en 1856. Il a lui-même essayé d'introduire cette culture au Kentucky, le 38° de latitude, et il a suivi cet essai pendant vingt ans qu'il y à passés ; on peut croire que ce fut avec autant d'intelligence que de persévérance, en rappelant que c'était un membre de l'Institut. Or, ce n’est pas seulement d’après sa propre expérience qu il a formé son opinion, mais encore d'après l'observation de beaucoup d'essais de la même nature , notamment de celui dont le succès avait fait le plus de bruit par les journaux ; je veux parler de la création du petit vignoble de Vevay (dans l'État d’Indiana) par des cultivateurs suisses, vignoble qui n'existe plus , du reste, que dans la mémoire des gens du pays. Il ne parait pas qu'au Mexique les résultats de cette culture aient été plus satisfaisants , puisqu’àa Mexico on préfère pour l’usage habituel une liqueur nommée Pulgue , que l’on tire d’une plante, le Maguey, de la famille des Agavés ; il n’est pas inutile d'ajouter qu’elleest de l'odeur la plus repoussante.
Je me réduirai donc à parler du très-petit nombre de cépages d'Amérique qui m'ont paru avoir quelque mérite, et dont il me semble que nous pourrions tirer parti. Ges derniers mots ne s'appliquent pas au raisin dit :
SCUPERNONG. — « Grappe énorme; graims blancs, oblongs, très-gros, sucrés, parfumés, mürissant de très-bonne heure. Cette espèce peut rivaliser avec tout ce que nous possédons de mieux en Europe. » (Extrait d’une lettre de M. Tourrès, marchand-pépiniériste à Machetaux , près Tonneins, horticulteur instruit et plein de zèle pour son état, recommandable particulièrement
pour son intelligence de la culture du Prunier d'Agen ou Robe de sergent.) Il ajoutait qu'il en avait semé des pepins : cela lui aura été d'autant plus facile que ce raisin en a de très-gros. L'on pense bien qu'il y a quelque chose à rabattre de cet éloge fait par un marchand si voisin des bords de la Garonne. Ainsi, pour un appréciateur habitant la Touraine, cette énormité se réduit à des proportions très-ordinaires ; le parfum de la grappe exposée au Congrès viticole de Bordeaux s'était probablement dissipé en route, car nous n'avons vu qu'un raisin de moyenne grosseur, peu garni de grains, assez beaux à la vérité, mais sans parfum et non pourvus de cette qualité de quelques raisins d’être croquants. C’est sous cette même apparence que les deux ou trois souches de cette espèce que je possède m'ont présenté leurs raisins : et ces souches ayant été plusieurs années extrêmement avares de leurs fruits, je les ai supprimées. Les feuilles du Seupernong sont profondément divisées ; les lobes sont trèsaigus , ainsi que les dents ou dentelures du limbe.
Ces mots, raisins de quelque mérite, ne s'appliquent pas davantage au raisin dit généralement
RAISIN ISABELLE, quoique le président de plusieurs congrès viticoles l'ait appelé un excellent raisin, en recommandant sa culture; et même quoique le marquis Ridolfi, agriculteur très-distingué, directeur d’un institut agricole en Toscane, en ait fait valoir les prétendus avantages. Je me réunirai done à plusieurs propriétaires viticoles de France, qui pensent tout à fait comme moi, que ce raisin, avec son goût plat et médicinal de Cassis, n’est propre à rien, pas plus au pressoir qu'à la table. Toutefois, on ne peut pas lui refuser d’être assez productif.
Mais en voici un plus recommandable, c'est le KATAWBA, qui est facile à reconnaitre à ses raisins de couleur rouge peu foncée, et, en le goûtant, à une saveur particulière assez agréable et un peu vineuse. En cela il est bien préférable au raisin Isabelle, venu de la même contrée. Le Katawba m'a paru peu productif, et ses raisins n’atteignent pas si facilement leur maturité que ceux des cépages dont il est question dans ce chapitre, quoiqu'il soit le premier à fleurir et le plus prompt à défleurir. Ses grappes, un peu allongées , sont assez belles et Se conservent longtemps; les grains sont couverts d’une fleur ou pruine abondante qui affaiblit leur couleur rouge : ils sont gros, ronds et bien écartés. J'en avais encore, au 21 février de cette année 1848, plusieurs grappes bien saines. Son bois est d'un rouge brun bien uni; ses feuilles sont amples, rondes, recourbées en dessous en forme de volute, et si bien recouvertes d'un coton très- fin qu’elles en sont blanches : j'entends parler seulement de la face inférieure ou de l'envers de la feuille. YORK’S-MADEIRA. — RAISIN DE VORLINTON.
Celui-ci est encore un des cépages dont les traits caractéristiques sont les plus faciles à saisir. Durant le cours de sa végétation, nul ne présente une écorce aussi verte et chargée de poils d'une nature aussi singulière, qui peut faire hésiter sur la propriété du mot poils : ils sont terminés, dans leur très-courte dimension d'un millimètre, par un point charnu ou globuleux comme une petite tête d’épingle. Les feuilles sont généralement entières, planes, cordiformes , légèrement cotonneuses en dessous ; les bourgeons sont cannelés, très-minces et très-allongés, c'est-à-dire sans coudure, et les nœuds
peu saillants; leur couleur est, pendant l'hiver, d’un rouge: brun foncé. Les grappes sont de médiocre grosseur ; les grains petits et peu serrés, d’un beau noir, d’une saveur singulière , vineuse , relevée et assez agréable.
Le nom qu'on lui a donné porte à croire qu'il est considéré par les Américains comme propre à produire de bon vin, ou peut-être parce qu'il est provenu de pepins de raisins de Madère. Toutefois , il n’a pas cette vigueur que les savants en physiologie végétale attribuent aux nouvelles créations provenues de semis. Je l'ai recu aussi de Bordeaux sous le second nom.
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