‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 24 sur 142 · FAMILLE OU TRIBU DES PINOTS DE LA LOIRE · texte numérisé non relu

FAMILLE OU TRIBU DES PINOTS DE LA LOIRE

Je dois prévenir que cette tribu n'a rien de commun avec celle des Pinots de Bourgogne. La plus remarquable des nombreuses différences qui existent entre elles est celle de l’époque de maturité de leurs raisins ; l'intervalle est d'environ six semaines.

GROS PINOT (coteaux de la Loire ).

PLANT DE BREZÉ (Deux-Sèvres).

CHENIN (coteaux de la Vienne, depuis Châtellerault jusqu’à sa jonction avec la Loire).

- UGNE LOMBARDE (département du Gard).

PLANT DE SALES (ancienne Provence).

Ce cépage est, sans contredit, l'un des plus cultivés en France : et il le mérite, tant par la qualité de ses produits que par leur abondance. J'ai lu quelque part

que les rois d'Angleterre, de la maison des Plantagenets , consommaient habituellement à leur table de leurs vins d'Anjou. :

Toutefois, ces deux avantages d'abondance et de qualité ne se produisent pas simultanément ; la qualité succède à l'abondance, et encore dans certains sols à fonds argileux et dans des expositions où la maturité requise puisse s'opérer. C’est même une condition essentelle de ne prendre la vendange qu'à une maturité outre: passée, telle que celle qu’elle atteint quelquefois vers la Toussaint, quand la pellicule, attendrie par les pluies, tombe en sphacèle; mais il faut en outre que la température des derniers mois soit chaude. C’est particulièrement à ce cépage que les bons vins blancs de la Loire, qui s'exportent en Belgique et en Hollande, doivent leur réputation. La grappe est ailée, pyramidale , allongée, bien garnie de grams oblongs de moyenne grosseur, d'un jaune roussâtre du côté du soleil, et couverts de points roux. La grosseur de la grappe varie beaucoup selon l’âge de la souche et la sorte de taille qu'on lui fait subir. Quelquefois le volume en est énorme; mais dans cet état le goût n’en est pas fin. J'ai reçu de la Provence, sous le nom de Plant de Salès, et du Gard, sous Celui d'Ugne Lombarde, des plants que mes vignerons et moi avons trouvés parfaitement identiques à notre Gros Pinot ou Chemin.

Voici ce qu'a dit de l’Ugne Lombarde l’auteur d’un mémoire sur les vignobles du Gard :

« L'Ugne Lombarde réussit très-bien sur les collines : elle demande un fond argileux et une bonne exposition

qui la mette à l'abri du vent du nord. Sans ces conditions, le vin est acide, et ses raisins ne conviennent pas à la composition de nos bons vins de la côte. »

Ce Pinot a une variété très-vigoureuse, connue dans le canton que j'habite sous le nom de

PINOT LONGUET ; comme elle est très-peu fertile, et que son fruit est en outre de faible valeur, les vignerons ont bien soin de l’arracher dans leurs propres vignes, et de provignerses longs et beaux sarments dans les nôtres. Ses grappes sont petites ; les grains menus, très-écartés et toujours verts.

Une autre variété, bien plus recommandable, est le

PINOT VERDET ou simplement le VERDET, dans nos vignobles. Dans Loir-et-Cher il porte le nom de

ORBOIS ou ARBOIS, quoique je ne croie pas que ce cépage nous soit venu du Jura et même qu'il y soit cultivé. On le nomme aussi dans quelques vignobles

MENU PINOT. Son nom de Verdet lui vient de ce que ses raisins conservent une couleur verte jusqu à leur maturité inclusivement, et celui de Menu Pinot, de ce que ses grains serrés sont menus; mais ils n'ont pas la pellicule dure comme les grains du Longuet. Il a les mêmes qualités que le Gros Pot.

Un autre membre remarquable de cette tribu, et qui le dispute bien en mérite à ce dernier, est le

PETIT PINOT , qui s'associe du reste très-bien avec lui, le premier donnant de la force au vin, celui-ci ou Petit Pinot donnant de son côté beaucoup de douceur et de liqueur. Ses feuilles sont entières , c'est-à-dire rarement découpées, cotonneuses en dessous; à l'approche des

vendanges, quelques-unes sont d’une teinte rousse , foncée et obscure. Les grappes sont plus tassées, moins allongées que celles des autres Pinots ; les grains sont très-ronds et plus jaunes à leur maturité, qui est du reste contemporaine de celle des précédents, par conséquent tardive.

Tous ces Pinots sont blancs. Nous en connaissons deux noirs qui ne jouissent pas de la même réputation que les blanes : l'un , sous la dénomination très-impropre de

PINOT NOIR , se trouve rarement dans nos vignes ; plus souvent dans celles de l'arrondissement de Chinon, où l'on cultive presque exclusivement le Breton ou Carbenet du Médoc. J'ai dit que le nom qu’on lui avait donné ne lui convenait pas ; car je ne le crois pas de la tribu des Pinots de la Loire : la seule communauté de caractère qu'il ait avec eux est d’être encore plus tardif à la maturité. Les amateurs de l'abondance doivent regretter qu'il ait ce défaut, car il est très-productif ; et sa couleur est d'un beau bleu très-foncé. Ce défaut est particulièrement remarquable dans nos vignes peuplées de plants hâtifs; et , quand il s’en trouve, c’est une preuve de la négligence du vigneron. Il en existe un autre qui me semble bien préférable ; et c’est bien véritablement le

CHENIN NOIR : aussi l’ai-je reçu sous le nom de

PINOT D'AUNIS. Je désire donc qu’on adopte le nom que je lui donne de Chenin noir ; car il en est manifestement une variété : même feuillage, même forme de grappe et de grains, même fertilité, mais un peu plus de facilité à müûrir ; de même pas la moindre communauté de caractère avec les Pinots de Bourgogne. Je crois qu'il s’associerait très - bien avec le Breton et aussi avec le Mourvède

de la Provence ; notre Côt est trop hâtif pour le réunir avec eux. Sans ce désaccord de maturité, ils feraient bien ensemble ; la couleur du vin du Pinot d'Aunis ayant besoin d'être fortifiée. Il est cultivé en grand et presque exclusivement dans quelques vignobles du département de Loir-et-Cher, notamment à Troo, commune dont les vins sont des plus estimés de ce département.

N'oublions pas un cépage du plus grand intérêt, le

MUSCADET, puisqu'il compose exclusivement quelques vignes des coteaux de la Loire-Inférieure qui ne sont peuplés que de vignes blanches. Cette mention me parait d'autant plus convenable que ce plant produit le meilleur vin de ces coteaux, les plus occidentaux du cours de la Loire.

Il ne faudra pas le confondre avec d'autres cépages du même nom ou d’un nom très-approchant: par exemple, avec le Muscadel de Tarn-et-Garonne, dontles raisins sont beaucoup moins serrés , les grains plus gros, etles feuilles d’une forme et d’une nuance bien différentes; et encore moins avec le Pinot gris, qui porte le nom de Muscadet aux environs de Paris et même en Bourgogne. Enfin, il ne faudra pas non plus le croire identique avec le Muscadet de la Gironde , comme je l'ai cru quelque temps avant de les avoir bien considérés l’un et l'autre , regardant comme bien naturelle cette extension de culture du Muscadet de la Gironde, dont la maturité facile pouvait avoir donné l’idée à quelques Bretons de cette introduction sur leurs coteaux. Ces deux Muscadets diffèrent beaucoup entre eux par leur feuillage d'abord : les feuilles de celui de la Loire sont rondes, point divisées, relournées sur elles-mêmes par les bords, bien plus rapprochées parce que le bois

est noué plus court; les pétioles et pédoncules , les lacets ou vrilles sont verts, et non rougeâtres, comme ils le sont dans le Muscadet girondin; son feuillage lui constitue un aspect particulier qui le fait reconnaître facilement ; ses grappes sont petites, ramassées , serrées, tandis que le Muscadet girondin a des grappes bien plus longues, plus amples et des feuilles à dents aiguës , gondolées en dessus et non en dessous comme celles du Muscadet de la Loire. Sa maturité , plus hâtive que celle des Pinots de la Loire , empêche de les associer dans la même vigne. Ce Muscadet se taille à court bois, mais il est d'une bonne pratique d'élever peu à peu la souche jusqu’à un tiers de mètre pour que ses bourgeons naissants soient moins sujets à la gelée.

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