LA MATÉRIALITÉ OU DE L'EFFORT
Nom divin : nS^k {Agio).
Sephire : Ghesed.
Série : Domination.
Signe : L'Ecre visse.
Arcane : L'Unodénaire.
Tu es toi-même la matière de ton grand œuvre. Deviens l'empereur intellectuel obéi par ton âme et ton corps, alors tu seras un mage : mais ne crois ni commode ni simple la voie qui mène à un tel sommet : Utiliser la douleur comme la science d'aujourd'hui utilise la force, voilà ce que je puis t'enseîgner. Dès qu'il souffre le commun peste, le dévot se soumet, l'initié voit un avancement de perfection à chaque douleur.
Et d'abord il y a le souffrir physique, le plus fâcheux, car il ne sert point à la culture ; le souffrir sentimental, très fécond parce qu'il assainit l'âme même lorsqu'il ne la corrige pas des vains désirs ; enfin le souf-
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frir spirituel, le seul que tu ne puisses éteindre sans te diminuer et qui porte non pas sur ta propre personne, mais sur le sort terrestre des idées et les attentats contre Tidéal.
On obtient d'un exercice tout ce qu'on s'en promet, si le vouloir est plein et constant : cela t'explique que les ciliées et autres vilaines momeries portent de beaux fruits. Mais de pareilles barbaries ne conviennent qu'aux femmes mystiques ; la femme est un être si matériel, qu'elle a besoin de mêler son corps à tout, salut ou perdition. Pour toi, tu te garderas seulement de ce qui éperonne la chair, de l'excitant, boisson ou manger trop spécieux ; ne mortifie jamais ta chair, et sois dur pour ton âme.
Des sentiments, les uns naissent de nous-mêmes, ils s'appellent ennui, désespoir, esseulement, impuissance; on les combat par l'art, la piété et le travail spirituel. Les autres nous viennent du prochain et surtout de nos recherches complémentaires.
N'oublie jamais que la femme, cette inconsciente, accomplit une mission singulière de bourrelé attrayante et que l'amour n'est rien que la forme la plus douce de la douleur.
Initié, toi qui peux souffrir de l'esprit, tu n'as nul besoin de l'abandonner à l'inquisition sexuelle, si nécessaire à tous les êtres matériels, ouvriers ou ban-
quiers. La femme est tout Tart, toute la poésie et tout le rêve de la masse ; exceptionnel mets Fart, la poésie et le rêve hors de la femme et réduis Tamour à tes yeux et si tu le peux, à tes lèvres au moins, à des intermittences au pire.
Cette même douleur, qui dans Balzac est le seul émoi de Nucingen et son meilleur sentiment, devient en d'Arthez une déviation infériorisante.
Fais grande attention à cette ressemblance qui pèse et sur le gars et sur rintellectuel dès qu'ils aiment et ne deviens pas le poids imbécile que la femme jette dans un plateau vide, afin de se hausser.
Pour elle, l'amour est toute chose ; pour toi il n'en doit être qu'une, d'abord tâtonnante et curieuse inévitablement, analyste* ensuite, apaisante après. N'accepte pas, de la femme, du vertige et du trouble ; qu'elle soit la détente de tes nerfs, la récréation de tes yeux, l'apaisement de ton âme.
Somme-la de te donner de la tendresse calme et fuis, si elle refuse. Ne subis jamais la jalousie, ni le caprice; tu t'amoindrirais indiciblement. Réduis, réduis la femme à l'amie, réduis l'amour à une formule conjugale momentanée.
Je jure que tu t'étonnes : ta lecture des poètes revient à ta mémoire et proteste.
Enfant, la femme n'a d'autre personnalité que celle
de son amour ; sans orientation, son cœur bat tantôt de bien, tantôt de mal, à toi de la faire sereine ou la faire folle.
Or ce n'est pas, certes, la mépriser que de la conduire aux sereines tendresses, cela réduit son prestige pour le théâtre et le roman. Apprends de moi que Tart n'a point de rapport avec la stricte réalité et que TŒdipe de Sophocle n'exista jamais si pur et si malheureux à la fois.
L'hommeldoit souffrir pour se parfaire; Thomme ordinaire souffre par Tamour sexuel; toi, homme extraordinaire, souffre autrement.
Souffre par la renonciation aux contestables mais prestigieuses joies de la passion; interdis à tes sens l'impériosité, à ton cœur le vertige.
Sois calme aux matières de fougue et maître de toi en ce qu'on appelle l'ivresse. Pour cela, il faut que tu t'imposes des lois qui gênent les instincts et endiguent le pencliant sexuel.
Je devine ta réflexion : Tu juges plus simple et logique de suivre le précepte de TËglise qui est de fuir ou de sacramentaliser.
C'est trop simple. Fuir la femme et Tamour c'est risquer la sécheresse et te fermer un monde d'impressions fécondes ; puis une part de la mauvaiseté féminine reste dans le sacrement.
Non, la fuite ne sera jamais un nom de la victoire; la question n'est pas d'une fornication de plus ou de moins, mais de l'équilibre à acquérir et à conserver sur le plan sexuel.
Comme l'orgueil est la vertu suprême, le dynamisme de toute perfection, c'est en lui que tout doit s'opérer.
Commence par t'avouer tes imperfections; qu'elles servent d'échelles de proportions à te marquer l'altitude du saint idéal et souffre de ton intimité.
L'église enseigne que le consentement à la vie douloureuse élève et purifie et que la contrition parfaite est celle qui se douloit d'avoir offensé Dieu; non pas d'encourir des pénalités. Cette contrition parfaite que rÉglise n'exige pas, la magie l'impose.
Celui qui s'abstient de méfaire par crainte de récolter plus de maux que dé joie est un misérable chrétien du strict salut. Il faut que l'adepte se navre [d'avoir dévié de la beauté et du juste, et que ce soit son orgueil qui pleure.
Je ne conçois rien de si grand ni de si petit que rhomme ; et ses raisons de s'infatuer sont égales aux motifs de se mépriser.
L'homme qui fait la Divine Comédie ^ le Cenacolo^ la Neuvième symphonie ou Parsifal est presque un Dieu, et M. Carnot, pour citer un nom connu, est presque une bête.
Je ne sais si les archanges n'enyîent pas Dante, Léonard, Beethoven et Wagner, et je crois fort que le tigre et même le moindre des pards, le chat mépriserait profondément le président de la République, si Tinstinct de félinité pouvait se ravaler jusqu'à concevoir cette abjection.
Par tout ce que tu as de commun avec le Carnot tu tiens à plus bas que la bête ; par tout ce qui te rattache à Dante, à Léonard et à Wagner, tu tiens presque à Dieu même.
La divinité de mon Seigneur Jésus apparaît entière d'être mort volontairement pour effacer les péchés du monde.
Or ce mot c Imitation de Jésus-Christ > , contient Taudelà de toute magie ; Taboutissement de la suprême culture s'appellera toujours charité.
Les devoirs s'augmentent en raison de notre élévation et cela s'étend au moral comme au social.
Le premier devoir de l'initié est de rechercher la beauté ; ensuite de percevoir la bonté ; du beau et du bon naît l'idée.
Défendre les idées, voilà la chevalerie de tous les temps; défendre la théocratie contre toute forme sociale^ la hiérarchie contre toute loi, l'esthétique contre toutes mœurs.
En paroles ou en écrits, sois un croisé perpétuel
contre la triple mécréantise, nationalité, égalité, bourgeoisie.
11 y a des souifrances patriciennes infiniment plus nobles que d'autres, celles dont le motif est abstrait.
Celui qui sans tendance à l'hérésie souffre de Tactuelie politique du Saint-Siège ; celui qui, dédaigneux d'un peu de pouvoir, s'indigne de l'infamie qui triomphe en France de toute tradition; celui qui enrage de voir César Franck méconnu, et un peintre de deux sous, un Neuville avoir sa statue, celui-là souffre noblement.
Car, comprends-le, mon disciple, je ne t'ai pas poussé à t'individualiser pour que tu te complaises en toimême, mais afin que, délivré du collectif, tu donnes tout ton héroïsme aux idées.
Souffrir pour l'idée, voici l'apogée de la dignité humaine, mais prends garde de ne pas te servir d'une idée, au lieu de la servir, ce serait un très grand crime.
Tu dois au début de toute noble hardiesse supputer la douleur que la nécessité exigera de loi et décider si ton entreprise vaut ce prix.
Un secret que je te divulgue : afin de te fortifier, à ta veille de perfection, un secret que la religion manifeste et ne formule pas.
C'est la métamorphose de la douleur par l'exaltation.
L'enthousiaste change la peine en plaisir par la force
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de aofi ébn d^âme; et les martyrs n'ont sonfTert que si leur foi a ÊûMî. Pour raceootuinaiice, b \ie €«mteinporaine en montre des e!iemples permanents. Yy a-t-il pas des soldats, c'est-à-dire des forçats qoi rengagvait ; le pécheur de Terre-Xenre ne refnse-t-il pas le sort presque paradisiaque en comparaison du sien, de Ton- Trier des Tilles, pour continuer à gagner mille Crânes par an au prix de plusieurs mois si horribles qu'ils ne dépareraient pas une peinture de Tenfer.
Le même blasement qui r^t la Tolupté s^étend sur la douleur : et Terreur est manifeste, de plaindre plus le débardeur d'un port que Thomme qui écrit quarante pages en sa journée.
L'initié ne provoque pas la souffrance comme le mystique, parce qu'il la Teut choisir : et j'estime que le choix, s'il n'existe pas dans le moment, se peut faire pour des périodes.
L'orgueil préserve de la Tanité et l'initié dédaigne tellement Topinion que le mépris public lui est une chose nulle ; il lui devient précieux s'il passe la mesure.
Il ne faut pas plus entretenir sa bonne que sa mauvaise réputation : pas davantage contrecarrer son milieu que lui obéir.
Ce qui est l'opinion pour toi s'appelle le Testament de tous les sages. Demande-toi ce qu'en penserait Gon-
fucius OU Pythagore, mais regarde les autorités de ton pays, de ta ville et de ta caste comme de grotesques caricatures cachant de vilaines âmes.
Un seul point où ta vie ne doit pas scandaliser, c'est celui du catholicisme; sois officiellement un fidèle, et considère toujours que tu ne seras un bon fils de TËglise que dans la mesure où tu passeras pour un exécrable citoyen.
Doux et bon en toi-même, sois un tigre prudent pour sauver ta personnalité.
Ne te laisse ni dompter ni encager. Détends-toi contre la société et rends-lui trouble pour oppression.
Tu entends de reste que sous Louis XIV je ne f aurais pas dit ces choses, et que je te fais renier la cité parce que la cité a renié Dieu.
Ainsi qu'il est des péchés pour lesquels on ne doit point prier, il est des prévaricateurs pour qui la charité cesse ; et ton pays est de ceux-là.
Ces sentiments te ferment toutes voies ordinaires de chance et de succès.
Tu es comme ce personnage d'une légende qui savait tous les métiers, mais qui, tombé sur une terre où régnait le diable, ne voulut le servir en rien et préféra se nourrir de racines.
Au reste, comme catholique (je n'admets pas que tu ne le sois pas) tu es destiné à Tinjustice de tous les
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tribunaux, à tous les toIs de la loi, au complet bon plaisir des sans-culottes bourgeois.
Souffre cela, car tu souffres pour la justice. Souffre cela car tu continues Jésus-Christ. Souffre cela car Dieu te voit, t'applaudit, et demain te couronnera des palmes de la personnalité étemelle.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ÂRGÂNË UNODENÂIRE
L'Église sur le souftrir donne les mêmes ordres que l'initiation, sauf la hiérarchie des souffrances; et ici apparaît comme la magie peut ajouter non pas à la reli« gion qui est la communauté des idées, mais à l'individu qui est l'exception de l'idéologie. Honorant saint Labre beaucoup plus que Fra Angelico et telle sainte plus intime que rayonnante, au lieu de Jeanne d'Arc, l'Eglise a blessé les plus justes susceptibilités de l'intelligence humaine et forcé la pensée laïque à dresser des autels à ceux par Rome méconnut et aussi à faire, à côté du travail exotérique sur les masses, un autre sur le petit nombre, afin que les idées fussent incarnées, révélées et toujours présentes en des formes sempiternellement neuves et belles .
Le mage ne se propose le salut personnel que comme première moitié de la perfection et préparatoire de la vraie période hermétique, qui est celle de l'expansion de lumière.