LA MORT ET JLES RENAISSANCES
Nom divin : -^aiN, Adonaï.
Séphire : Ghesed.
Série spirituelle : Dominations.
Signe : L'Ecrevisse. , Arcane : Duodénaire.
De toutes les ombres qui nous pressent, celle du trépas apparaît par sa permanence et sa fatalité le meilleur argument contre la scepticité. Les fondateurs de religions, unanimes en ce sentiment, rejetèrent dans l'au-delà de la mort toutes les solutions difficiles du problème de justice, et sur ce point l'humanité n'a jamais diiféré.
La vie future, éternelle, doit être pour chacun l'équitable récompense où le rigoureux châtiment ; mais sur ce point chaque Démiurge a évoqué un tableau particulier de la joie et des peines entièrement inspiré d'anthropomorphisme local et ethnique.
Le Walhal est un Paraclet pour les brutes et le Para-
dis de Mahom, un extraordinaire lupanar. Le ciel bouddhique évoque une immobile rêverie sans objet, et la version chrétienne pleine de sociabilité, de musique et de rondes joyeuses, quoique tout à fait policée, reste un peu au-dessous du thème incomparable.
Je donnerai un jour, dans une œuvre théologique, le processus du devenir mortel ; ici, je dois me restreindre aux enseignements pratiques.
Il y a trois morts.
La mort artificielle volontaire, que suscite en lui l'initié et le mystique ; elle consiste à tuer Finstinct et à spiritualiser l'âme. On Ta appelée, en occulte, la création de l'homme par lui-même : les anciens, même âgés, disaient avoir sept ans, onze ans, parce que c'était le temps écoulé depuis leur réception aux mystères.
La mort physique, la seule bien connue, prévue et parfois préparée.
Enfin, la mort animique, qui finit le purgatoire comme la mort physique termine la vie terrestre.
Je me souviens toujours que le catholicisme en toute chose a prononcé la parole la plus généralement vraie, et je ne l'accuse pas plus ici que nulle part. Toutefois, cette incomparable et maintenant seule vraie religion, ne peut, comme ses aînées, obtenir de la masse que des vertus négatives.
La stricte observance des règles de l'Eglise sauve
sans nul doute de tout souci et assure le repos éternel ; non pas là gloire.
II y aura des castes dans Téternité, une rigoureuse hiérarchie, et les bourgeois qui seront saufs ne se mêleront pas aux chœurs des génies et des poètes. Jehanne d'Arc sera à d'invisibles hauteurs au-dessus du commun des dévotes, et cet admirable Fra Angelico auquel l'Eglise a préféré un saint Labre, sera plus près de la Vierge Marie qu'aucune bonne femme, si bonne femme soit elle.
Du reste, sans laisser voir ma pensée, je ne considère ni Jehanne d'Arc, ni Fra Angelico comme des hommes, non plus que Léonard ou Wagner. Ceux qui réalisent des pans de ciel en ce monde, viennent du ciel ; la terre ne produit pas ces êtres qui œuvrent comme Dieu.
Je ne pense pas que la théologie ait précisé, comme elle a fait pour l'enfer, la définition du purgatoire, en ce sens que celui qui y pâtit, ne peut plus mériter et expie seulement.
En tous cas, il est aussi politique que sincère d'enseigner que le jugement particulier borne notre devenir.
Fais grande attention, mon disciple, qu'au sortir de la vie tu seras bien moins jugé sur tes fautes que sur l'âpae et l'esprit de ta vie 5 évidemment, si tu as
beaucoup failli avec un beau verbe, tu as beaucoup plus à expier que si ton verbe étant moindre, tu avais peu prévariqué. Mais ce dernier point de vue, tout à fait misérable, ne conquiert que le commun.
Pour rinitié, le principal n'est pas le risque de souffrir, mais la limitation de la montée éternelle.
Raphaël a forniqué, Raphaël a peint des païenneries ; suppose que par crainte de pécher ce sublime maître ait renoncé à Tétude des formes, il aurait pu ainsi avoir moins de purgatoire, mais aussi son éternité de splendide devenait simplement calme.
Les directions spirituelles ont fait la part trop belle aux béguines, etje ne doute pas que la dernière des diseuses de chapelet, en passant devant la chapelle des Saints- Anges, ne se croie mieux vue de Dieu que Delacroix.
Interroge une vraie dévote, et dis-lui que Wagner et Balzac, qui ont fait du théâtre et du roman, auront des palmes bien autres que les siennes, tu Tindigneras.
Tombé au-dessous de la culture contemporaine, sans esthétique, le clergé conspire perpétuellement contre le poète et l'artiste, et ameute la dévotion entière contre Fart et ses prêtres. Voilà qui ne se peut subir : même dans renseignement religieux, nous voulons que les génies soient mêlés aux saints, au nom même di^ la troisième personne de la trinité, et ce Verbe a présidé à la fondation de la Rose-Croix du Temple.
Envisage donc que tu seras jugé sur ton verbe, sur le sens général de ta vie, et que ton éternité réalisera ton idéal. Ce que tu n'as pas conçu, tu ne le posséderas jamais ; tu sentiras Dieu selon que tu Tauras évoqué, et ton ciel, c'est toi-même qui le crées. Vois donc l'importance de l'adhésion au divin.
La première mort, que j'ai dite artificielle et volontaire, te dégangue du plus lourd empêchement.
L'orgueil étant une force et non pas un vice,* comme tu l'as vu, je l'ôte du tableau. Les six autres vices, tu peux les retrouver autour de toi, à l'état permanent et inconscient. Pour la luxure, j'observerai que ce péché n'a pas toute l'importance que l'opinion lui donne : ce so%t les désordres qu'il produit qui l'ont exagéré dans l'esprit théologique, au lieu de voir qu'il dispense souvent d'avarice et d'envie. Quant à la gourmandise, à la colère et à la paresse, même à l'envie ; ce sont les quatre péchés avoués et officiels. Qui n'a dîné avec un évêque gourmand, qui n'a connu les acariâtres de la communion fréquente, les paresseux que sont les riches et les envieux qui s'appellent tout le monde ?
Or, s'il est un péché très absurde, c'est la gourmandise que j'appellerai une luxure détournée ; j'estime infiniment moins coupable tel qui poursuit le baiser d'une femme que ce prélat qui sirote un vieux vin. Il serait urgent de rendre à la gourmandise son
202 AMnnTHÉATRE DES SCIENCES MMTES
dam, et de ne pas rabsoodre parce que c^est un péché du haut clergé et de la finance.
Si y y insiste, c'est qu'il est le plus amoindrissant. La paresse rêve parfois, Fenyie peut émuler, la gourmandise abrutit : comment concevoir un théologien qui se délecte aux petits plats fins et joue les Cousin Pons ? tandis que la luxure remue Tètre, lui forme la sensibilité et en tout cas le fait souffrir, plus profitablement qu'une mauvaise digestion.
Je considère la luxure comme un ferment utile chez Tètre ordinaire, une levure qui empêche la stagnation, un mobile djactivité, tandis que la paresse et la colère, ne portant pas en eux leurs châtiments immédiats, sont plus funestes. Dois-je me défendrèf d'une interprétation imbécile; je dis que la luxure contient un ferment qui soulève beaucoup de natures sans elle, stagnantes et rien de plus; je considère toute œuvre de chair comme inutile, inférieure, amoindrissante; la perfection c'est d'y renoncer, la sagesse de la raréfier.
Je ne veux que discréditer la gourmandise qui n'a aucun eflTet pratique, tandis que l'instinct sexuel se transpose parfois en œuvre d'art : je ne veux que réagir contre le protestantisme qui envahit le Vatican, et proclamer que le corps a le droit d'être beau, qu'il faut dominer la chajr, mais non pas la mépriser.
La civilisation française n'a jamais été bien avancée,
et depuis un siècle le peuple qui a Paris pour capitale retourne à la barbarie. Je n'en veux pour preuve que les trois ignorances, lès pires, des trois arts de la famille ; Fart d'engendrer, l'art d'élever, Fart de mourir.
On naît au hasard, chez les barbares franes, on élève idiotement, et on meurt comme un chien.
J'envisage la mort en savant selon la science orientale et non en catholique,^ et je découvre cette simple circonstance, que celui qui tombe dans Peau couvert d'un seul manteau flottant, nagera bien mieux que cet autre vêtu de nombreux et lourds vêtements adhérents au corps.
Or, mourir c'est tomber dans une mer fluidique ; l'âmp qui est détachée de son corps par avance, souffre infiniment peu, et s'accommode bientôt à sa nouvelle existence ; mais l'âme qui adhère au corps, s'en déchiré avec des douleurs atroces, des blessures, et roule en cet inconnu de la seconde vie en des conditions lamen^ tables.
De plus, l'obsession organique, gourmandise ou luxure, reste, quoique l'être ne possède plus d'organes.
Ce sont évidemment les sensuels qui souffrent le plus à mourir, et qui s'acclimatent difficilement dans la seconde vie.
Elle a pour objet, cette existence seconde, de purifier l'âme jusqu'à sa complète spiritualisation, c'est-à-dire
mu AXFHItHÉATSE IffiS SCIENCES MOETES
jusqu'à ce que le sentiment ne soit plos que charité, et Tesprit que subtilité*
Alors rame meurt comme le corps mourut sur cette terre, avec cette différence, que tout ce qui se subtilise de l'âme devient de Tesprit; on ne perd que la part corrompue de Tanimisme.
L'entrée dans la vie spirituelle constitue ce qu'on appelle la vie bienheureuse : Fétre confirmé dans la grâce ne peut plus descendre, et lors commence sa paix si c'est un simple, sa gloire si c'est un saint ou un génie ; je dis commence, car la vie éternelle est une progression perpétuelle, une ascendance toujours active, une gravitation sans arrêt dans la lumière, vers la Cause.
L'état de péché mortel est une aggravation de cet inéquilibre primitif, appelé péché originel, mais augmenté par le libre arbitre. On appelle tomber droit en enfer, sortir de son corps d'une façon si violente, que l'âme se désagrège, et sitôt l'esprit fuse, abandonnant une fluidité trop corrompue pour le contenir. Ce que devient cette âme en désagrégation, quittée par l'esprit, je ne veux pas le spécifier ici.
L'état de purgatoire se compose de deux opérations : un travail contre ce qui reste d'obsession sensuelle qui peut longtemps laisser le sort de l'être indécis ; ensuite une lente épuration jusqu'à la métamorphose de toute
la personnalité. Car nous n'entrerons dans la vie éternelle qu'après le complet eflfacement de toute l'impression terrestre.
Comprends maintenant, mon disciple, pourquoi je te déprends du temporel et du local, pourquoi je te convie aux sentiments éternels, et au développement de ton abstractivité.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ARGANE TERNODENAIRE
L'Eglise appelle purgatoire l'état et la période où rhomme désincarné monte âme-esprit pour en issir esprit pur.
Le catéchisme de Bellarmin, s'appuyant sur deux textes tirés de saint Augustin {Cité de Dieu) y déclare de foi que le sexe ressuscitera, et cette étrange décision n'a d'autre but que de faire jouir chacun des vertus propres à son sexe.
Avant qu'un pape ne dogmatise en faveur de l'évêque d'Hippone, j'estime cette théorie déplorable et contraire à toutes les traditions.
Adam fut créé androgyne, et je ne puis accepter pour la vie future ni la forme virile, ni la féminine ; mais, au nom de l'art entier, la forme ternaire résultant des deux mêlées au point de haute puberté.
Du reste, si on veut reconnaître un sexe à l'esprit et à l'âme, il faut concevoir les élus à l'instar des génies, les croire androgynes par la féminité animique unie à la positivité de l'entendement.