LA QUANTITÉ OU DES VARIATIONS
Nom divin : n\r, Schaddaï.
Sephire : Netsah.
Série : Principautés.
Signe : La Balance.
Arcane : Quartodenaire.
Orthodoxie : la Lance.
Les théologiens traitent d'un péché de tristesse peu connu des dévots et qui consiste en une inappétence à vivre, l'analogue de la stérilité en oraison des mystiques. Il suffit lui seul à faire échouer, au seuil du temple, l'initié.
Il y a une mesure à observer dans l'ascèse, et un conséil que l'Eglise ne peut donner à cause de son danger, c'est que la première importance réside à ne pas se déprendre de la vie. Un très mince plaisir suffit à nous soulager d'un énorme ennui.
La magie commande la domination de soi-même et
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non la mortification, tandis que la méthode monastique élimine de Têtre certains éléments pour donner aux autres toute leur valeur ; Tadeptat conserve à Phomme ses facultés, les équilibrant les unes par les autres.
Le bien lui-même, en ce monde de rapports, ne comporte pas d'excès, sinon il cesse ; nous sommes limités aussi exactement dans le sens noble qu'en celui de la prévarication.
Quoi de plus sublime que la foi ! et cependant le fanatisme qu'elle engendre a reculé, souventes fois, les bornes de l'horreur. Torquemada et les dominicains d'Espagne seront, pour toutes les postérités, des monstres abominables; en vain quelques fanatiques s'efforcent de laver ces bandits, ils resteront le grand exemple des dangers que court une civilisation quand ses chefs ne sont pas intellectuels.
La violence commise sur soi ne vaut pas mieux que sur autrui, et le mode de toute chose doit être composé de tempéraments, au sens étymologique du mot.
Donc, ne te cloître pas en misanthrope, parce que les hommes sont méchants ; ne te harasse pas, parce que l'étude est longue.
Modère tous tes actes, ne cède qu'à l'enthousiasme et à l'extase, et momentanément; la souplesse double la force en l'économisant et permet de l'adapter mieux à la circonstance. Ceci ne contient pas une simplification
pour ton eflfort, mais surtout une défense contre la loi de la réaction et des chocs en retour.
La dépression succède à la fièvre et la détente au paroxysme ; si tu évalues la perte dynamique d'entre les deux termes, il t'apparaîtra que moins de fièvre c'est aussi moins de dépression, et que diminuer le paroxysme retarde la détente ; ce point médian, qui donne moins de force, aura plus longue portée.
Passe la nuit au travail, ta matinée est perdue, ton après-midi compromise; hors Timpériorité d'un cas spécial, le travail nocturne forcé te dépense plus de temps et de nervosité avec moins de résultat. Tu ne feras jamais, de minuit à cinq heures du matin, ce que tu ferais de cinq heures du. matin à midi.
Physiquement, le gymnaste emploie autant d'habileté que de muscles ; moralement, l'initié dépense le moins de nerfs possible.
Deux pertes vives s'appellent l'appréhension et le regret ; l'une nous épuise avant l'événement, l'autre nous disperse après qu'il est advenu.
Réfléchir et prendre un parti, le changer ou le confirmer, voilà la préface et la postface en toute matière ; cela ne veut ni bien du temps ni beaucoup de force.
Veille bien à ne pas faire la besogne du temps ; vois ce qui lui appartient et laisse ce collaborateur lent et sûr te décharger des pires difficultés .
L'impatience ne doit demeurer en nous, premier mouvement qui arrête la pensée, si elle se rend compte des causes toujours déterminables qui barrent Tévénement.
La stratégie de la vie pour celui qui ne veut ni la Légion d'honneur, ni la députation, ni Testime de son voisin, consiste à trouver une stalle d'où il voit la comédie humaine sans y jouer, si ce n'est, lorsque le divin est en jeu, un rôle imprévu et grandiose.
Un mage est un chartreux dans le monde, qui conserve, à sa façon très périlleuse, il est vrai, la dignité, la justice et l'idéalité.
Penser juste, sentir beau sont des fonctions beaucoup plus hautes et bienfaisantes pour l'humanité que la culture de la terre.
A Taube de Thistoire, deux êtres apparurent honorés comme des médians entre Thomme et la divinité, l'astrologue et la vierge, le pensant et le pur.
La première fonction, très abandonnée, te convie à ses joies sereines; cède à Tattrait supérieur, et la récompense immédiate sera la sérénité.
Vois les moines, leur visage exprime la paix entière et sainte ; que su r ta face luise la permanence claire de la pensée, non pas la crispation de Teffort mental.
n faut que tu te complaises dans la voie hermétique, que tu y jouisses même pour la marcher lumineusement.
Prends donc l'ascèse par le côté le plus accommodable à ta personnalité, Telfort ne doit pas être amer. 11 faut que tu sois séduit par l'immédiate splendeur de ce grand dessein : devenir mage.
Le salut est nécessaire, l'initiation n'a point ce caractère; le salut s'impose à tous, l'initiation ne s'adresse qu'à très peu.
Tous les prêtres de ta ville doivent lire le bréviaire chaque jour, aucun n'est tenu de comprendre le Bereschit ou l'Apocalypse.
11 est admis que chacun lit et écrit; cependant, on peut être un fort honnête homme et ne pouvoir ni comprendre ni surtout écrire le présent livre.
Si la seule curiosité te pousse, je pense que tu rétrograderas bientôt; car je ne t'offre aucun bien matériel.
Au lieu des moyens de posséder, je te donne ceux de renoncer; en place de cartes biseautées pour le jeu de la vie, je t'invite à jeter tes cartes, à dédaigner la partie. La fantasmagorie qui ferait de ce livre un beau mirage, je la sacrifie, quoi qu'il en coûte à mes habitudes d'artiste lyrique; je bonhomise mon discours au ton usuel de l'ami qui conseille, du frère qui guide, du maître qui avertit.
Autant tu dois fermement adopter l'initiation ou la rejeter, autant tu peux la cultiver avec diverses accommodations. Je t'ai dit que la magie était la vérité se
ASPHITHÉATBE DES SCIE3ICES UOWTES
posaat sur le prisme d'ane entité, et qu'il te fal* léralement créer ta magie, trouver uo plan per- , je te formule aussi que tu établiras toi-même
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pose UD moDt qui cache eu ses flancs un trésor : 1 des chercheurs doit creuser son souterrain ; nul it pénétrer par la voie qui servit à autrui. Ema pioche ou ta mine, creuse ud puits au sommet i^e la base, fais selon ta lumière et ta nature; le se trouve à une égale épaisseur partout ; tu es de le toucher au bout de l'effort, n jour la fatigue gène ton travail, repose-toi : rtant est que tu ne quittes pas le lieu, c'est-à- . matière designée de ton dessein. Couche sur la au ligure, et surtout ne fais rien de contraire à itrainement, rien de vulgaire, noblissement de ta personnalité doit se réperlur tes dires, tes gestes, ton allure. Même seul, souci de l'attitude noble; tu n'es pas sot, et je isà tedilTérencier le théâtral de la dignité. Les des mimiques et décoratives, de quelque sorte is soient, influent sur la pensée et aussi sur la ilité. Cela t'aidera à détester le vulgaire, à ne r souffrir le grossier. Si tu veux t'assurer que gresses, entre dans un café-concert, tu ne dois uToir y rester sans souffrance.
Tant que tu pourras supporter la musique de Guil^ laume Tell y le théâtre de Scribe, la présence des filles, l'atmosphère du café, la lecture du journal, les discours des bourgeois : tu n'es encore qu'une bête, c'est-à-dire un Parisien.
En suite de cette épreuve, si tu- ne sens pas la sublimité de Wagner, de Shakespeare, la volupté aromale et subtile de la femme honnête, Fastralité vivifiante des églises, Tintérêt ardent de la métaphysique, une préférence pour la lecture sur la conversation : tu n'es pas encore même un esthète.
Je te livre ces deux critériums pour t'en servir assez souvent, car sans ces deux premiers résultats: rhor-< reur du médiocre, la perception du sublime, tu ne saurais recevoir l'initiation.
De même, si artiste, tu te plais aux crépons, aux pochades, aux choses sans dessin ; écrivain, aux clowneries de mots sans idée; métaphysicien, aux paradoxes sans synthèse, tu n'es qu'un diletante, un affreux moderne, va pourrir avec la décadence que tu incarnes, et laisse une étude où il faut que toujours l'entendement, comme l'œil de l'aigle, sans s'abaisser, fixe le point le plus haut et le plus brillant.
Superficiellement, des historiens attribuent la Réforme et ses conséquences au goût exagéré des papes de la Renaissance pour les lettres et les arts. Non;
xwranmtjLTBE des sctxncES moites
td l'art s'appelle Michel Ange et Raphaël, l'art ide et Tiviûe ; maia la Mandragore et la Célettine lériteDt pas un parterre de cardinaux, et le tort des tts fut d'admettre le joli, le spirituel, c'^t-à-dire îrieur; ils devaient ne se plaire qu'au sublime, et ape qui se ferait représenter Panifal serait certes rès grand pape.
ir l'essence des choses, sois intraitable ; conciliant le mode et le moyeu. Tu verras' par toi-même l'on ne peut ni tout ce qu'on veut, ni comme on eut, et ton indulgence, tu la prodigueras au pro- 9 si souvent inconscient et irresponsable. La royauté Ite à laquelle lu prétends, ne te permet pas la haine I colère, non plus que la compétition et l'intrigue.
entité comme aimant doit attirer l'objet de ton r, et si l'objet résiste, accuse ton entité d'insuffie ou bien persuade-toi que ton souhait n'était pas
le vrai sens de ta vocation.
Dsl tu auras la paix de l'âme et la paix sociale, elles toutes deux nécessaires pourparfaire la personnalité. 1 temporisation dans les actes donne la \ictoîre à i qui ne prétend pas aux faux biens où l'humase rue ; la tempérance dans l'ascèse, eu la régulait, la préserve de ces fléchissements [«énibles de la ■alité qui déperdent le meilleur de notre accumuwveux.
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Au plus pratique point de vue, nos desseins ne s'enfiévrant pas, reçoivent les coups du sort sans que nous* soyons blessés; comme le pérégrin abandonne son manteau au chien furieux, et qui s'y acharne, l'initié sait combien il est sage de ne pas lutter sans impériosité contre l'adversaire^ qu'il se nomme d'un nom propre ou collectif. ^
Le transfert de la chose temporelle à la chose éternelle s'opère mieux en notre âme dans la pacificité.
Jusqu'à la prêtrise magique, c'est-à-dire à la totale initiation, la tenue du novice doit être prévidente et enfermée, car Tinitiation opère par des modes que Tindividu invente selon son génie, et l'heure ne peut faire de lumière que si l'adepte a par devers lui dix années de silence, de labeur et d'ascèse.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
L'ARCANE DU QUARTODENAIRE
La perfection s'opère par le repliement en soi et la projection de soi vers Dieu. Sitôt cette orientation prise, le salut et la gnose commencent : il n'y a plus que des degrés et de la quantité.
Le chrétien cherche Dieu par les œuvres canoniques , le mage par les œuvres traditionnelles. L'œuvre dépasse la prière comme le génie dépasse la piété ; mais le génie étant la preuve d'une essence supérieure, est aussi naturel à certains que la piété à d'autres, et cela ne préjuge rien du salut. Aucune prière n'a autant bonifié d'âmes que telle tête de Christ de Léonard de Vinci. Il faut considérer les chefs-d'œuvre comme les plus grands miracles.
La guérison d'un paralytique à Lourdes, je me l'explique sans difficulté, mais le Christ au jardin des Oliviers de Delacroix me confond d'étonnement, et j'enseigne que l'art est le plus grand miracle de ce monde, puisque sans lui nous ne saurions pas évoquer le ciel.