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LE TEMPS OU DE L'IMPUISSANCE

Nom divin : niNDï mn% Tsevaoth Jeho.va.

Séphire : lesod.

Série spirituelle : Archanges.

Signe : Le Sagittaire.

Arcane : Sextodénaire.

Quand la mer est trop mauvaise, les meilleurs marins ne sortent pas ; quand la vie est trop adverse, le sage se gare. La lutte contre les éléments fournit des avertissements et des images à l'initié.

Considérant Texistence comme un perpétuel conflit de forces qu'il te faut surmonter, tu commenceras par cette simple habileté de ne pas off'rir le combat, quel que soit le terrain et les forces adverses.

Tu es seul, contre la Providence que, souvent, tu méconnais, le destin plus fort que ton verbe, la nécessité de rheure et la volonté d'autrui.

Tharmoniserais-tu constamment avec la Providence, cela ne te dispense pas de prudence et ménagement.

Le miracle qui figure le plus grand secours que rhomme puisse attendre, se produit toujours en exactes proportions, au mérite ou au destin, de celui qui en est l'objet. Or, pour un temps assez long, tu n'es qu'en acquisivité de mérite et en préparation de destin.

Ne f ai-je pas dit précédemment que le sorcier prenait sa force de sa propre exaltation ; c'est pourquoi tu n'affronteras point ton adversaire quand il est en exaltation dynamique, sinon tu risques, quoique le juste, d'être le vaincu.

En toute chose, deux courants se parallélisent, l'idéalité et la force, et par moment, la. force l'emporte sur ridéalité, si l'idéalité n'est pas assez forte ; de même que la force devient bientôt vaine si elle ne s'idéalise pas.

11 ne suffit jamais d'avoir raison et bon droit sur cette terre ; il les faut imposer non par la violence, mais par ce dynanisme de l'inertie consciente, qui usera toutes fureurs.

Je suppose que tu es aux prises avec la justice humaine et qu'on a empêché ta défense; que feras-tu, initié? Ramené dans ta prison, tu prononceras tondiscours aux murs étroits avec autant de soin et de force que si tes juges et le public entendaient : cela est ridicule, diras-tu ? C'est magique ! Fais spirituellement ce que tu ne peux virtuellement.

Dépends-tu d'un homme injuste qui ne s'est pas

rendu à tes objurgations? assigne-le idéalement au tribunal des archanges, et comme si ces esprits étaient présents, plaide la cause. Tu souris encore et cependant je te livre un grand secret et le seul moyen de concilier la fermeté du vouloir avec la nécessité, > On ne ment pas en assurant que la foi transporte les montagnes et que la volonté peut tout, en ajoutant, ce qui fut toujours sous-entendu, sî la foi est proportionnelle à la montagne, si la volonté est accumulée à la quantité adéquate au désir, et sans résistance trop impérieuse du destin.

Cherche dans tes souvenirs Tévénement qui t'a le plus contristé et découvres-en les détails ; en restituant les conditions d'alors, tu finiras par expliquer ton malheur et à y découvrir une part de tort personnel, antécédent ou caché.

J'écarte la série des accidents et des sinistres et demeure sur le terrain de la vie moyenne.

Là, l'injustice prospère, mais non pas l'illogisme. Lorsque Balzac voulut être industriel, ce génie obscurci fut traité par la vie comme un quelconque : la volonté de Balzac se brisa contre le destin de Balzac, qui ne lui permettait pas de réussir en ce bas domaine. En tant que créateur d'art, il était invincible, et son œuvre énorme entassée malgré la vie difficile le prouve ; en tant que spéculateur, il était au-dessous de tout.

Pythagore insiste sur la limitation de notre activité et ses appropriations. « N'essaie point de faire ce que tu ignores. » Or, il y a des facultés qui se nient entre elles. Jamais un homme d'action n'a été un grand artiste, ni un homme de guerre de grande valeur pendant la paix. Nous naissons propres à tel effort et nos malheurs viennent de ce que la nécessité opiniâtre nous pousse à sortir de notre voie.

Je crois donc que Tintellectuel doit tout demander à son intelligence, ce qui ne signifie pas que le journaliste soit un intellectuel qui obéit à ses besoins ; je n'entends pas non plus que Spinosa polissant des verres à lunettes ou un haut esprit employé de ministère se diminuent; le consentement diminue, non pas l'événement.

Cantonné dans sa spécialité, l'homme prête moins le flanc aux coups du sort; il les peut parer, restant sur un terrain familier ; nos périls, ce sont nos témérités.

Après le malheur, il y a une réaction de la vie dont on ne profite pas, par harassement et prostration. Rien ne se présente complet, ni continu en ce monde, et le mauvais destin non plus que le bon. Celui qui a l'âme assez forte pour surveiller ce mouvement de la fatalité et s'en servir, se sauve et rétablit même la chose détruite.

Le désespoir, de tous les conseillers le plus funeste, nous fait littéralement nous achever comme un blessé élargissant ses plaies.

En face d'un cyclone de fatalité, il faut changer de lieu et de manière, non pas de voie, si on suit celle de l'aptitude. La menace du sort serait-elle intime et passionnelle, s'agirait-il de se fuir soi-même, que voyager serait expédient.

Le malheureux est un être en déficit de personnalité; plus il s'appuiera moralement à autrui, un autrui ou affectueux ou nombreux, plus il modifiera vite son état.

La femme, en perpétuel déficit de personnalité, n'a pas donné à l'histoire de solitaires ; ermite n'a pas de féminin.

Or, le malheureux devient femme, c'est-à-dire subordonné à l'autrui cosmique ou social.

Quand le dessein d'une vie s'oriente vraiment vers l'absolu, l'insuccès n'a pas l'importance qu'il occupe auprès de l'aventurier.

L'ambitieux qui avorte, perd vraiment tout, car son dessein ne pouvait exister que par la réalisation ; au contraire, le penseur inécouté ou persécuté, garde toute sa valeur : il suffit qu'il continue à penser, pour n'être pas vaincu.

George Gadoudal a manqué prendre dans l'histoire une place en face de Charlotte Corday ; mais il ne réussit pas à tuer le monstre corse, et son nom a peu d'éclat parce que son verbe ne s'est pas réalisé : en

regard, relis le terrible discours de Bonaparte et des Bourbons.

Le Corse a évité la mort physique ; mais non pas l'opprobre que le sublime Chateaubriand marqua sur son nom détestable, et que la mémoire humaine repétera avec une exécration croissante.

La pensée de Chateaubriand, même non exprimée, eût influé sur l'esprit occidental ; l'acte non agi meurt ; la pensée, elle, vit, croît et se multiplie hors de Técriture, selon des lois qui ne sont pas énonçabies ici.

Le malheur instruit, inspire, améliore, et on ne doit pas le maudire; mais il use et fatigue, on ne doit pas le provoquer.

Une sorte d'ivresse s'empare de l'extatique et le pousse à des surcroîts de pénitence, il est enivré et dès lors, souffrir approche bien de jouir. L'initié,, même pieux et enthousiaste, ne connaît pas l'analogue de ce qu'on a appelle « la folie de la Croix».

Il y a une contagion des maladies morales et mentales, analogues à la lèpre, à la syphilis, au croup ; aussi t'ai-je d'abord mis en garde contre les sales promiscuités modernes du café et du cercle.

De même que les praticiens de Taliénisme ont tous des tics nerveux et des perceptions illusoires, de même ceux qui vivent dans une atmosphère méphytique comme le bureau de journal, perdent tout sens moral.

N'est-ce pas admirable que depuis vingt ans ce lupanar politique qui suffit au prurit de la liberté en France, la Chambre, n'ait entendu ni un discours mémorable, ni une parole profonde de penseur ou d'homme d'État?

Pris isolément, les députés ne sont pas tous canailles et imbéciles; réunis ils s'envoûtent avec une mutualité singulière.

Quand un pays est fou, il faut s'écarter de la vie citoyenne sous peine de contagion ; quand un milieu est méchant comme celui djes jeunes littérateurs, il faut le fuir.

T^outefois, le plus vif danger nous vient des personnalités qui nous impressionnent intimement.

Le critère qui décide d'une bonne ou mauvaise fréqaentation est l'impression qu'on nous laisse.

Si tu te sens plus calme, plus éclairé, meilleur quand tu quittes ton ami, la preuve est faite de sa bonne influence.

Si tu t'en reviens de chez telle femme, nerveux, inquiet, mécontent de toi et de la vie : la preuve est encore faite que son influence détestable te nuira.

Tout être qui nous approche nous fait du bien ou du mal ; non pas dans le sens de jouissance ou de constriction, mais nous donne de la paix ou nous jette du désordre.

Prends garde que les faibles, que nul ne redoute,

peuvent dominer étrangement par ce simple moyen de découvrir un défaut et d'en incarner la satisfaction.

Derrièpe nos désastres, il y a toujours presque un Méphistophel ricaneur, moins décoratif que celui de Fausty redoutable pourtant.

La crainte se juge d'un mot : elle est inutile et attire le désastre dans le sens même où les courants d'air attirent la foudre. J'ai dit que le désespoir nous faisait perdre cette chance fatale qui est la réaction du malheur. Si donc on fait l'économie des frais d'anxiété et de ceux du regret, on a diminué la catastrophe puisqu'on Ta amortie, par la fermeté quand elle était à venir et par un oubli artificiel sitôt qu'elle est passée.

La prière, la méditation, Toeuvre, les amitiés nobles, sont les boucliers de l'adepte, et enfin, l'être dont l'esprit plane la plus grande part du temps, sera toujours moins meurtri par la vie, à l'instar des somnambules chez qui les heurts n'ont pas la conséquence ordinaire.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARGANE SEXTODENAIRE

La théorie des compensations d'Azaïs a de belles profondeurs, certifiées par l'Eglise. « Nous ignorons, disent les Pères, quels sont nos vrais biens; et Dieu parfois nous sauve par des refus. » Rien de plus possible, mais souvenons - nous de Texclamation pythagoricienne. « Nocher en péril, ne t'arrache pas les cheveux pour conjurer Neptune ; manœuvre selon l'art de Neptune. >

Le parfait chrétien ne repousse pas le malheur, il le considère comme un tremplin pour l'élan de perfection.

L'initié procédant par la spiritualité, subit le malheur, en tire la leçon et le profit moral qu'il contient ; mais il le combat.

Les chevaliers cherchaient par le monde des périls et des mérites ; ils exultaient à la rencontre d'un dragon, mais ils le tuaient.

Ainsi l'adepte ne méconnaît pas le profit moral ni le

mérite qu'il aura en face de la mauvaise fortune, mais

il la veut terrasser, en vrai preux.

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