L'ACCOMPAGNEMENT OU DE LA PROVIDENCE
Nom divin : Sk, El.
Série mixte : Androgynes.
Signe : Les Poissons.
Arcane : NoDodénaire.
La théocratie a été la forme politique de ces grands empires de Babylone et de Memphis, de Plnde et de la Mongolie auprès desquels nos histoires modernes semblent des chroniques de peuplades ; ce qui est vrai de rhominalité Test aussi de Thomme.
Le suprême commandement le voici : que le divin base et couronne à la fois tous tes desseins. Aussi multiple qu'on peut le concevoir, le divin ne se réduit pas à une même observance pour tous.
Il est présent dans l'atelier d'un Delacroi^^, d'un Siga* Ion, dans la mansarde de Balzac comme au cloître. La mondaine qui arrache à un officier des adoucissements pour un intellectuel condamné aux galères nationales fait un usage sublime de sa coquetterie ; et si Marie-*
Antoinette n'était pas la sublime suppliciée de la monarchie, elle serait encore la patronne de Gluck, le seul génie et la seule majesté du xviii'' siècle.
Le nombre de la Providence est aussi celui de la génération et du rayonnement^ et toute culture du moi reste imparfaite qui n'aboutit pas à une expansion.
Il est permis de s'élever au-dessus des lois et de la solidarité humaine ; sous Pexpresse condition que cet orgueil se prosternera devant Torgueil. intini qui est Dieu.
c Fais ton salut, » dit la religion ; et la magie : « Tu ne te seras sauvé que si tu deviens un sauveur. »
Le chœur des anges, dans Parsifal^ chante :
c Rédemption au Rédempteur, » exprimant ainsi que rhomme qui s'élève au-dessus des autres revêt, avec une dignité nouvelle, de spécieux devoirs.
Le Sepher d'Elkana s'exprime ainsi :
« Juge, si tu sens en toi vivre la justice.
« Commande, si tu sens en toi la puissance.
« Sacrifie, si tu te crois grand-prêtre.
« Règne, si ton front est pressé d'une invisible couronne.
« Mais souviens- t'en, toi qui t'assieds pour la justice, tu seras sept fois jugé.
« Souviens-t'en, toi qui te lèves pour commander, tu devras sept fois obéir à Bel.
« Souviens- t'en, toi qui récites les noms tout-puis-' sants, tu seras sept fois nommé impérieusement.
« Souviens- t'en, toi qui mets le sceptre lourd sur les peuples, tu seras courbé sept fois par Ilou le suprême.
c Juge, patési, mage, Sar, souviens-t'en (1). »
Ainsi, le Sar Elkana reconnaît à tout homme le droit de saisir la balance, le bâton, l'encensoir ou le sceptre, mais il avertit qu'un péage est dû à la divinité pour ces hautes ambitions. Ce péage s^appelle, dans le texte, c un septénaire de fois » ; ce qui, occultement, signifie expansion ou création ; le monde ayant évolué selon ce nombre sept.
Celui donc qui s'arroge de telles dignités, s'oblige à consacrer à l'abstrait le septième de sa puissance. Or, trois étant le nombre de l'homme complet, sept signifie que le mage ne retiendra rien pour lui de son pouvoir.
Nous sommes loin, loin en hauteur de ces misérables essais d'égoïsme sous forme d'éthique que divers ont tenté.
Le héros moderne qui gémit de see cigares trop frais et de la vie trop morne et de sa dyspepsie, ne vaut pas un dédain en passant. Il faut vouloir hors de soi pour
{!) Le Livre des mervat7/««, d'EIkana le Kaldéen, manuscrit du xiu» siècle, aux armes de Hugues des Païens, premier grand-maître du Temple. (Unique exemplaire, au Sar Péladan.)
Valoir; à peine est-îl permis au peuple de poursuivre, comme la bête, aveuglément ses satisfactions; le dilettantisme n'est rien que la forme décorative de Timpuissance; Témasculation esthétique.
Quiconque n'a pas besoin de certitude est un faux penseur ; et, métaphysiquement , Renan se définit eunuque.
On a disjoint à tort les notions simultanées de charité et d^œuvre.
Le peintre de la chapelle des Saints*Ânges a fait des miracles d'une autre force que ceux de Lourdes, et dussent les dévotes de l'univers en hurler, certaines phrases de Bossuet, certains vers de Lamartine, certaines pages de Wagner me stupéfient bien davantage que la guérison instantanée et entière d'un hôpital.
Je rie différencie pas les mérites de la charité de ceux de l'art, et la Sixtine et le Cenacolo valent pour les intellectuels toutes les aumônes et toutes les bontés.
Je sais qu'il faudra faire une grande violence aux dévots pour qu'ils cèdent place au génie, mais aucune hésitation n'est permise à l'ordre de la Rose-Croix; par lui, le Beau rentrera dans le catholicisme, et si les porches de maintenant sont trop bas pour qu'il passe, nous briserons les porches.
Assez et trop longtemps, un clergé ignorant et parpaillot rejeta l'artiste parmi les profanes ; nous voulons
COMMENT Oïl DEVIENT MÀGÉ 267
noâ Stalles dans la cathédrale catholique ou, sinon, nous ferons une cathédrale à Notre-Dame de Toute Beauté, certains qu'elle sera aussitôt bénie de la Vierge et éblouissante d^anges aux ailes joyeuses.
Ne sacrifie jamais la forme ; la beauté, c'est Dieu visible comme la vérité est Dieu conceptible.
Né crois jpas, mon disciple, que ce soit un effort que de préférer l'idée à son moi ou plutôt à n'exister que comme le porte-épée d'un abstrait. Aveic la victoire, l'archétype te vaudra la joie indicible et incessante de rythmer ta vie sur l'harmonie même des esprits purs, et lors . tu n'entendras presque plus la criaillerie humaine.
Ces souffrances qu'Hamlet énumère, disant que la mort eti délivre, ces mécomptes, 6es injustices se peuvent conjurer ensemble, les méchants et les Normes, tout cet effroi sera dispersé par la clarté qui descendra sur toi.
L'art, en ses images, enferme toute sagesse presque tangiblement ; tu trouveras en Parsifal la sublimité de ce siècle, l'œuvré sainte et sept fois auguste, la notion même de mon enseignement sous la figure de Montsalvat.
Lohengrin, vainqueur de Frédéric de Telramund, c'est l'initié vainqueur du méchant.
Sa force n'est pas sienne ; Dieu lui délègue un pouvoir
surnaturel : or, sache que Wagner est encore plus extraordinaire que ses héros et que les avoir conçus, c'est les avoir été.
Agenouille ta vie devant un Graal, une précieuse relique du passé ; sois son chevalier pieux et vaillant.
L'ascèse que contient ce livre te prépare à la lumière, mais la lumière vient d'en haut ; on la reçoit, mais on ne la crée pas. On la reçoit, chaleur et joie, et on la rayonne, couleur et force.
Nul esprit ne peut se dater de lui-même, nul être se substanter de soi ; on fait suite à tel preux, à tel saint, à tel génie ; on se substante de tel exemple, de telles paroles, de tels chefs-d'œuvre.
Ce commerce ou plutôt ce culte de ce qui fut grand et de ce qui demeure beau, parachève le cœur en le subordonnant au souffle de l'esprit. Vainement, les égoïstes voudraient s'élever sans se dévouer, les dilettantes s'affiner sans aimer ; le haut degré de toute voie ne se franchit que par un sacrifice, et le livre comme la fresque ne se laissent pénétrer que par l'enthousiasme.
Honore la forme, mon disciple, en toi-même d^abord ; sois noble de maintien, noble de parole, et ne te plais qu à la noblesse en toute chose.
Ta présence ne doit jamais être complice des vulgarités coutumières, et là où tu ne peux imposer le beau, va-t-en. Impose-toi une pointilleuse dignité, qui
te défendra de ces atteintes que tout le monde dirige contre chacun, et les détachements que j'ai demandés, ces renonciations nécessaires vaudront pour unifier ta force, et la grandir en cette seule belle voie de Tamour des idées.
Je te promets autant de joies d'esprit que tu repousseras de vertiges, autant d'intellection que tu refouleras d'instincts, autant de beauté de cœur que tu réduiras ta passionnalité/ Vois toi-même où s'arrête ton désir saintement ambitieux.
Si tu veux faire fortune et faire ton chemin, être quelque chose au lieu de quelqu'un, porter un ruban à la boutonnière , au Heu de la Rose f Croix en ton âme; oublie cette lecture, elle laisserait un trouble néfaste sur ton esprit; on n'accommode point des intérêts avec l'idéal.
Rentre donc parmi la foule, toi qui désires les biens illusoires de la réalité. Voici l'université qui t'offre' d'être empoisonneur à ton tour, voici la patrie qui te donnera un costume de couleur si tu veux accepter cette obéissance passive que Pascal ne comprenait pas
et que pratique l'imbécile Occident; voici la curée ochlocratique : sur la constitution française est écrit: au plus indigne. Va, émule-toi avec ces pourceaux.
Voici encore la fructueuse prostitution de la presse ; émule-toi avec les filles, sois professeur athée, juge,
journaliste et député, sois tout cela, mais sois maudit comme ce pays dont tu es le citoyen très digne.
Autre que j'aperçois, déjà ébloui des splendeurs du Gral, ingénu d'aujourd'hui, Parsifal de demain, mon disciple encore un temps, bientôt mon pçiir et mon adelphe : toi qui seras mage, salut! salut, chère âme qui as palpité au branle des cloches bénies, âme de dou- .ceur et de force, âme de saint et d'artiste, futur tabernacle de. la divine charité, toi que les passions vont quitter pour jamais, salut ! salut ! noble esprit, qui a perçu au travers de mon pâle langage rayonner la blancheur adorable de l'idéal, esprit de subtilité et de paix<^ esprit de gloire et de mystère épris, futur reverbérateur de l'absolu, toi que couronnera bientôt le cercle d'or de la complète vérité, salut !
Salut, mage ! Aux épreuves, aux œuvres, à la gnose maintenant. Je t'ai ouvert le temple comme Gurnemauz : je ne peux rien de plus.
Uû jour, après souiïrir, après pleurer, après créer, tu porteras la croix noire et blanche qu'étoile la Rose sainte.
Alors, chevalier du Temple, souviens-toi de celui qui t'aima sans te connaître, qui écrivit ce discours sincère et bon pour t'illuminer, et prie pour ton initiateur, ô Rose-Croix, afin que Dieu, ne jugeant que la beauté de son dessein, lui pardontie son dire imparfait par les mérites de ta propre vocation. Ainsi soit-il.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ÂRGÂNE NONODENÂIRE
La religion et la magie ne diffèrent que par la prédominance de rame chez Tune, de l'esprit chez l'autre.
Je le répète, le mage assimile l'œuvre aux mérites, le chef-d'œuvre aux miracles, les génies aux saints, les artistes aux prêtres, les enthousiastes aux fidèles, et les arts aux rites sacrés.
Sur ce point, sur celui-là seul, la magie ne concédera rien : car elle défend une telle part de vérité que les mœurs de l'Eglise, et non l'Eglise, lui sont opposées.
L'an deux mil est date prophétisée pour le règne du Saint-Esprit; les œuvres de l'intelligence deviennent donc les plus actuelles où la grâce nous convie ; et l'oftice du mage a été toujours de saluer avant le prêtre les manifestations divines.
Comme Belthésar, Gaspard et Melchior saluèrent
Dieu le fils ; Ici Péladan-Sar adore le Saint-Esprit qui va venir.