‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 101 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE

nute, à la même heure, au même balcon, pour prouver qu'il vit et veille, et c'est toute la représentation qu'il doit ; il ne recherche pas la popularité, présent en une loge grillée à toutes les assemblées délibérantes, silencieux, caché, impénétrable, pesant dans sa solitude les rapports infinis que lui présentent ses conseils ; il n'est ni le savant, ni le génie, il est la raison s'efforçant de deviner la Providence et de la manifester ; il est l'être où converge la volonté nationale, il est le confluent des aspirations et le total des lumières. Et ce grand silence et cet isolement sont nécessaires pour que s'incarne en lui la vie générale : toute question lui arrivant documentée, analysée, préparée, il est le balancier qui frappe le décret : c'est plus qu'un roi : c'est le hiérophante social, le Mage au service à la fois de Dieu et d'un peuple.

Car cet homme a lu Machiavel et regrette le temps qu'il y a perdu ; il n'a pas les passions du prince ni du peuple. Ce n'est surtout pas un patriote dans le sens où l'entendent les militaires et les ivrognes; il ne croit pas qu'une injustice profite jamais à un pays ni qu'un crime soit plus permis à une armée qu'à un homme : pour tout dire, c'est le Pape social et partiel, le vicaire de l'éterilelle vérité ; ses décisions ne lèsent jamais

l'étranger; et il cherche le bien du voisin^ en même temps que celui de la race dont il dirige la destinée.

Peut-on l'appeler autocrate, alors que son avis dépend de toutes les compétences ? Certes, sa personne doit être inviolable et son autorité absolue.

Au-dessous de lui, prêt à tout, l'exécutif, armée et maréchaussée, attendent l'ordre à exécuter, mais l'ordre précis, exact, écrit et surveillé par un mandataire civil : car tout emploi exécutif implique le socius de la compagnie de Jésus, qui surveille et dénonce.

Au cas de conflit entre sa résolution et le sentiment général, l'homme du Sceptre doit, sauf pour la politique extérieure, ses raisons aux Chambres délibératives, il les doit sous forme écrite, lucide, précise, appuyée, de façon à ce que l'avenir, comme le présent, le puisse juger.

Voilà l'homme du Sceptre, tel que la civilisation véritable le conçoit, voilà le Soter, s'il y a encore un salut.

Il n'a pas de cour, qui le distrairait de sa fonction auguste ; solitaire, et toujours méditant, l'homme du Sceptre ne chasse, ni ne joue, ni ne plaisante. Il pense, sans arrêt, sans intermède, sans parole ; ses plaisirs, les voici : les savants viennent tour à tour lui énoncer leurs décoù-

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