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IV. LE LIVRE DU SCEPTRE

vertes, les écrivains lui lire des parties de leur œuvre. Il a sa chapelle où nul ne prêche jamais, il a son théâtre où on ne joue que du sublime, il a son orchestre qui n'exécute que les chefs d'oeuvre. Certes, il ne ressembleras aux types de l'histoire récente : mystérieux et caché comme les rois de l'Orient, en contact moral avec les plus petits de son peuple, il résume le prestige du Vieux de la montagne et du Saint.

C'est le juste ténébreux ; il ne connaît que la vraie gloire et la paix seule Fattribue ; il ne rêve que des conquêtes sur les mauvais instincts de l'homme, il sait surtout que toute sa grandeur lui vient de Dieu, et qu'il est une forme par qui la Providence se manifeste.

Cet homme existera le jour où la religion, la science et la raison se réuniront sous un front humain : mais entre cet homme et le trône, il y aura l'abîme infernal ou se collettent les partis, où les passions assassinent la justice.

N^importe, voici le signalement de l'homme du Sceptre. On pourra le reconnaître, s'il paraît.

La conception française du Roi est digne d'un pays qui applaudit la Belle Hélène : les Valois sont de curieux gentilshommes pervers; Louis XIV paraît un magistrat de grande allure et d'une belle application à son rôle qu'il ne comprit

jamais. A force de considérer ses frontières comme les confins du monde, chaque peuple a oublié, dans son infatuation, de juger son

roi.

Le roi est le grand pontife social, ou il n'est rien qu'un chefde vanités et d'intérêts ; la royauté paraît un sacerdoce et non pas une simple fonction.

La théocratie serait parfaite en un pays, où le roi seulement serait de nature providentielle.

L'individualité a opéré le salut et la grandeur de l'humanité: les génies et les saints ont été nombreux, évidents, mais y eut-il jamais assemblée de génies ou de saints ?

Bonaparte, qui épuise mes épithètes, ce scandale de toute l'histoire, écoutant tinter un Angélus, s'écrie : «Quelle impression cela ne doit-il pas faire sur les hommes simples et crédules 1 Que vos philosophes, vos idéologues répondent à cela !

Il faut une religion au peuple. »

Voilà l'éclatante ignominie de ce caporal empereur. Le peuple, contenu par la nécessité et la force militaire, né peut produire du désordre que par occasion et à de longs intervalles : torrent qui ravage sans doute, mais torrent et non fleuve. L^homme qui doit être, je ne dis pas religieux, mais sacerdote, c'est l'homme du Sceptre, et ses dérivés, tous ceux qui exercent

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