‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 124 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE

riage par le divorce, et la propriété foncière par la suppression de Taînesse et du majorât, il lui rappelle à quel prix d'assignats les biens dits nationaux lui sont échus.

L'anarchiste comprend parfaitement que le suffrage universel est comédie ; mais il retombe vile dans Taliénisme : « les individus ne doivent être soumis à d'autre règle que celle de leur volonté. »

Autant dire que l'individu est roi parmi trentesix millions de rois, pour la France : car les lois n'ont d'effet que si ceux qui les ont acceptées veulent bien s'y conformer. L'idée de Dieu inspirant aux magistrats le verdict, pouvait les guider, mais pour l'anarchiste, Dieu est un bonhomme quelconque : et la société n'a pas droit de répression contre le voleur « ce bourgeois sans capital. »

Prenez n'importe quel opuscule de propagande, vous n'y trouverez pas une seule vue rétrospective, le passé leur paraît un simple conflit entre le capital et l'ouvrier, et ils demandent des comptes, pour les gâte-mortiers des Pyramides : c'est bien une caste qui parle, c'est l'antique paria devenu démagogue et qui révèle son indi-

gnité par la déraison de son rêve.

L'avenir l'annonce en un idéal de bonheur, de .

jouissance, de liberté — le complet épanouissement de rindividu. Même sur le papier, leur incapacité éclate ; ils voient les abus, ils les flétrissent, ils concluent à tout détruire ; mais un plan de reconstitution sociale, voilà ce qu'ils sont incapables de fournir. Fétichistes du futur, ignorants du passé, ils rêvent un branle-bas qui finit en apothéose.

En face, le Fafner bourgeois, accroupi sur son or qui glisse constamment de ses griffes et coule dans ce gouffre sans fond nommé Etat, attend son salut de Tarmée : sans songer que l'armée d'aujourd'hui peut devenir insurrectionnelle, au moindre revers gouvernemental.

La nation armée, voilà le danger socialiste, sous sa vraie forme. Aristote insiste sur la nécessité de ne pas armer le peuple, de faire des guerriers une caste spéciale ; malgré que les conseils de guerre fonctionnent toujours et que le petit soldat criblé de balles contre un mur ne fasse pas grand bruit en tombant, il y a maintenant dans l'armée trop de nerveux, de savants et d'artistes, qui, d'eux-mêmes, lors de la guerre, se seraient engagés, et qui, n'ayant vu que le mécanisme militaire, sans la fièvre du péril, y entrent en rechignant et en sortent enragés.

A cette heure, l'anarchie n'aurait pas une

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