IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
suite, il considère Thomme comme une puissance en germe que la civilisation développe, suivant deux normes qui sont : le Destin et la Providence, Le Destin est analogue à la fatalité des anciens, à TAnanké ; tandis que la Providence représente la loi harmonique universelle et, littéralement, la volonté du créateur, la Moire. Bossuet ne voit que la seule Providence ; Hobbes que le Destin et Rousseau que la Volonté.
Il s'agit maintenant de limiter Taction respective de la Providence, du Destin et de la Volonté ; elles sont identiques aux trois vitalités humaines. La Providence correspond à l'Esprit, la Volonté au Sentiment et la Sensation au Destin.
Moïse est un homme providentiel; la prise de .' Constantinople par les Turcs, un événement de ■: Destin parce qu'il découle fatalement d'événements antérieurs. Luther représente la Volonté : son animisme reflète et syncrétise les sentiments analogues aux siens. D'après ces principes, la période primitive de l'homme fut dominée par le Destin. L'Ananké, sous les traits d'une nature inclémente, peuplée d'animaux redoutables, apparut d'abord devant l'homme inconscient. Quand il revint de sa première stupeur et qu'il fut un moment libre de besoins immédiats, le sentiment se fît jour en lui : il devint un être animique ou pas-
iO AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
sionné. Mais, il n'atteignit son évolution complète qu'en arrivant à la troisième portée, sur laquelle s'écrit la vie supérieure. Ni la science, ni la théologie, Tune avec ses longues évolutions, l'autre par ses assertions de spontanéité, ne contrediront ce processus : Instinct, Sentiment, Pensée.
Dès maintenant on peut voir que l'homme d'Etat doit classer les êtres qu'il gouverne, suivant leur série respective.
11 faut nourrir tous les hommes, c'est le premier devoir du sceptre ; le second sera, ayant fait cesser le besoin immédiat, d'élever l'instinctif jusqu'au plan animique:mais, aucune fonction ne peut être distraite des mains intellectuelles, puisque ce sont les seules conscientes. L'Humanité, ou, cette fraction d'humanité qui s^appelle un pays, doit être considérée comme un immense pensionnat de mineurs qu'on n'émancipera jamais. Un peuple, pour l'homme du Sceptre, s'appelle un total de besoins, et, ces besoins sont si légitimes, qu'il faut les réaliser devant toutes choses : sinon, on autoriserait, par une mauvaise gestion, les gens d'en bas à s'insurger contre le Sceptre. La nature crée des castes par la distribution inégale des facultés, et chaque fois que l'on disconvient à ses catégorisations, on produit du malheur et du désordre. 11 est