IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
L'Empire et TEglise sont les deux hémisphères du pouvoir social, mais parce qu'ils sont immenses ils supposent au-dessous d'eux non pas des délégués mais des pouvoirs autonomes : le satrape, le gouverneur représente la tyrannie et non pas l'Empire. Pour le lecteur ordinaire, l'empire implique la féodalité, c'est-à-dire le bourg dépendant du burgrave, et la cité perpétuel objet de convoitises armées : et cela effraye à juste titre. Avignon, avant que la Papauté y vînt siéger, voyait s'ouvrir devant elle un destin magnifique : elle eût été Florence peut-être : il suffit qu'un imbécile, comte de Provence et Toulouse, l'entraînât dans la cause albigeoise. Certes, l'hérédité n'a plus de fanatiques, mais l'élection s'est révélée pire encore. Dans une ville, même petite, où chacun pourrait confesser son voisin, ce n'est jamais le plusdigne qui est maire. La conscience populaire n'a pas même le sens de la justice, car, pour le peuple, son envie paraît le droit,
L'Empire est donc la forme sociale du destin, et faste, si l'Eglise, forme sociale de la Providence, se dresse en face de lui, égale.
Mais ce n'est pas assez de balancer la couronne par la mitre et il faut faire la part de la volonté.
Quelle plus logique forme de la volonté que l'auto-
nomie provinciale, non pas selon l'idiotie administrative, mais suivant la langue.
La Provence comme la Bretagne devraient décider de leurs propres affaires : or le fédéralisme qui n'existe qu'en pays républicain entre cependant dans le cadre impérial.
Il nous reste à étudier quel élément oligarchique se peut joindre au Saint Empire et à l'autonomie selon les lois du Fédéralisme. On méconnaît l'Empire et la monarchie, seule satisfaction au destin parce que Tempereur et le roi semblent d'après les mauvais types de l'histoire, des tyrans ou des incapables ; mais il s'agit simplement d'encadrer avec solidité le roi par l'empereur et l'empereur par le pape pour les empêcher de nuire.
Il n'y a qu'un moyen de paix générale : imposer aux méchants la nécessité du bien, non par des théories et des exhortations mais par la Force, lorsque la raison ne peut être entendue.
ARCANES