IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
comprendre la Providence ou bien trop égoïstes pour la servir.
Constamment la noblesse d^âme manque aux penseurs et la pensée aux nobles cœurs. La Vérité n'actionne l'être humain que sous une forme passionnelle et je n'ai jamais aperçu la raison générant de belles choses.
Les hommes que j'ai étudiés mourront tels qu'ils m'ont apparu. Depuis un siècle on s'entraîne pour le désordre, il faudrait un nouveau siècle pour créer une génération possible.
Le seul effort fructueux serait de créer une élite basée sur les principes de la haute culture, littéralement de former des penseurs.
La science de la Renaissance avait une méthode ; celle d'aujourd'hui, accablée de détails, hésite et attend la constatation indéfinie de nouveaux détails.
On m'envoie une coupure si extraordinaire que je la mentionne ici : un professeur de philosophie d'un lycée de Paris vient de soutenir en Sorbonne une thèse absolument communiste, reproduisant la folie socratique, et décrétant l'État patron universel, père universel ; ces inepties ne sont pas des nouveautés, mais il est nouveau qu'elles valent à leur proférateur, le bonnet doctoral. J'ai dit que la nation armée, c'était le socialisme atoé,
l'université, qui est le pendant de la caserne, et qui reçut simultanément aussi son impulsion de Bonaparte, devient la chaire d'anarchie. Armée insurrectionnelle, enseignement communiste, voilà des symptômes non équivoques de décomposition et les individualités ne restent pas en arrière des vociférations officielles. M. Soury accouche de cette formule digne de Gustave le mauvais sujet:
« Il ne s'agit ni de croire, ni de savoir, mais de vivre. » Ce qui équivaut à dire, il ne s'agit ni de pain, ni de viande, ni de nourriture d'aucune sorte, il s'agit de manger. Vraiment, l'homme peutil vivre sans croyance et sans science? tel qui n'entre pas à l'église, fréquente les tireuses de cartes et l'homme sans croyance a toujours été superstitieux.
En outre, s'il ne s'agit pas de savoir, il s'agit tout uniquement de barbarie. On a voulu substituer à la religion, la science : la science est encore de trop, il s'agit de vivre ; mais les lois de la vie, que l'expérience et la tradition seules possèdent, voilà qu'on les rejette ! La volonté de l'homme repousse également le Destin et la Providence, elle s'isole du passé et se ferme l'avenir. On ne s'alarme pas de tels attentats contre la raison, parce qu'ils n'influent pas sur la cote de la Bourse et sur la sécurité des rues : la contemporanéité