IV. LE LIVRE DU SCEPTRE lo
res capitulations de conscience, des plus variées pantalonnades, que de tout temps, on a conquis les biens de la contingence ? Jamais la fierté, la droiture, la scrupuleuse vertu n'ont conduit aux honneurs; ni le désintéressement et la probité à la fortune. Tout fonctionnaire a plus ou moins vendu son âme à l'erreur ; tout riche a plus ou moins volé.
Le Sceptre, qu'il soit tenu par l'autocrate ou par raristocrate,doit forcer un peuple à marcher vers le Bien, non par les tracasseries d'une police calviniste, mais par l'esprit même de la Constitution.
La plèbe demande aujourd'hui huit heures de distraction par jour : si elle entend les partager entre le café, le beuglant et le lupanar, ce serait dès lors grand dommage qu'elle les obtînt.
Il faut une tutelle aux mineurs, or le peuple même en cheveux blancs reste mineur, c'est-àdire incapable de discerner son propre bien.
L'homme du Sceptre doit envisager le bien général : il n'y a pas plus de raison pour que le gouvernement favorise les manants que les nobles : et. la billevesée des révolutions éclate en ce qu'elles ne représentent jamais que l'égoïsme d'une caste, l'ambition d'une catégorie.
Le bonheur de Tindividu diffère-t-il de celui de
l'Etat? Non, dit Aristote, la vie la plus heureuse sera la plus conforme à la vertu. Mais en quoi consiste la vertu, sinon dans une préférence donnée aux biens de l'âme sur les biens extérieurs ? « Il esl impossible d'être heureux quand on ne fait pas le bien, et le bien est impossible pour l'homme et pour l'Etat, sans la vertu et la raison. » Ces formules n'auraient aucun succès électoral, et Vorganon pris en pierre de touche signalerait l'absurdité dans les doctrines d'aujourd'hui et de demain.
La fameuse République de Platon, où les enfants, les femmes et les biens sont en commun, apparaît invention ridicule malgré le. nom de Socrate et la plume de son disciple ; on ne peut s'expliquer de telles aberrations chez de si beaux génies. Le sentiment d'Aristophane et la ciguë, sans se légitimer, du moins s'expliquent, M. Funck-Brentano a bien exprimé le fils de l'accoucheuse Phinarète, que l'oracle de Delphes, d'après Xénophon, proclama le plus sage des hommes : psychologue et logicien proclamant l'identité du bien et de la science, du mal et de l'ignorance, il fut le plus parfait des Athéniens, mais il ne sortit jamais d'Athènes, ni de fait, ni en pensée : sans notion historique, sans éléments