‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 20 sur 182 · IV.. LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV.. LE LIVRE DU SCEPTRE

tion, et que, mariage ou amour, il y a ébranlement de la sensibilité et commencement de société. L'homme sauvage ne perd-il pas sa liberté, en entrant dans la cité? Au contraire, dans le cours ordinaire, le guacho est le moins libre des êtres : sans cesse menacé par les animaux de la Savane, inquiet en son sommeil, s'il ne subit pas la police sociale, une nature inclémente Tentoure qui ne lui laisse aucun répit : le plus haut point de félicité où il puisse prétendre est un fatalisme insouciant : en aucun cas, cet homme ne peut aller bien haut dans le mouvement animique, ni arriver à la pensée. Rousseau a dit que Thomme qui médite est un animal dépravé et que plus les hommes savent, plus ils se trompent! Ces assertions folles deviendraient raisonnables appliquées à leur auteur; en effet Thomme qui médite, sans avoir les facultés nécessaires, se déprave; et plus les hommes inaptes à la science étudient, plus ils se trompent. Flaubert Tacaricaturalement montré dans Bouvard et Pécuchet :

et tous les démagogues, de Weishaupt à Feuerbach, Stirner, Herzen et Bakounine.

Le bien physique de tout ce qui vit est de croître ; on ne peut dire même pour la plante et l'animal que Tavortement vaille la floraison et la croissance.

Mais rhomme n'étant pas seulement un organisme est appelé aussi à la croissance animique, plus encore à la croissance intellective ! Or la nature met son niveau sur Fhomrae et sur l'animal ; il faut que l'homme le secoue, le dépasse, sinon il reste moindre que les autres mammifères. Or, l'état social paraît la condition sine qua non de l'évolution humaine.

La Providence l'a ainsi voulue, le Destin a placé l'homme dans des circonstances fatales qui ne lui permettent pas de s'y soustraire. Entre ces deux pressions de la Norme et du fait, la volonté se détermine obscurément d'abord, consciemment plus tard : l'homme va marcher à la conquête de sa personnalité.

Car le sauvage est l'homme-espèce et non l'homme-individuel ; sa force ou sa faiblesse le différencie de sa série ; la sensation lui apprend quelques lois physiques : qu'on ne marche pas sur l'eau et qu'on ne saute pas impunément d'un arbre trop élevé. Chaque fois qu'il enfreint certaines règles, il est aussitôt puni par la force des choses. Donc, plus il amassera d'observations, plus il réduira les chances malheureuses. Le premier qui remarqua, que les points scintillants de la nuit servent à s'orienter, fît une grande découverte. Ce qui discrédite la civili-

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