‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 22 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPT · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPT

térîeux. On juge un peuple sur sa religion et un homme sur sa philosophie : mais quel jugement porter sur le peuple irréligieux, sur le peuple français ?

La religion fait partie intégrante de la civilisation même quand elle a cessé d'en être la mère et la créatrice : longtemps après que la religion eut évolué, la philosophie parut, et pour la presque totalité des êtres, elle n'est qu'un prisme d'hallucination, un ferment de désordre.

Si la mise en commun de la science ou expérience est un dogme social, l'utilité animique de la religion paraît au moins égale, puisque seule elle agit sur l'âme et y produit d'incomparables effets.

On arrache les crucifix sous l'œil stupéfait des enfants, dans les écoles de Paris, et quinze ans après, l'anarchiste a surgi, non plus déclamateur incohérent, mais chimiste redoutable, si redoutable que l'effroi dure encore, et qu'il a fallu une boîte à sardine explosive, pour que les gouvernants se demandassent, si les vieilles traditions valaient encore d'être conservées.

De tout tempSy en tout lieuy les formes de la morale ont été empruntées à la religion.

Sanspréjudice pour la tolérance, telle que la concevait le roi Açoka, le Constantin Buddhiste, une

nation aura une religion d'Etat pour donner une existence formelle à sa morale. Seul, le plan théocratique permet la coercition vers le bien. La législation ne traite que du châtiment et des délits. On ferait un code des crimes impunissables aussi volumineux que celui des prévus. « Il faut que la vertu du citoyen soit en rapport avec la forme du gouvernement, » dit Aristote. Ne faut-il pas d'abord que la forme du gouvernement soit compatible avec la vertu et la raison ? Un aventurier éclatant, tel Bonaparte, soumet les âmes par des prodiges d'audace, les fanatise, les envoûte, c'est le sit pro ratione volunias : en ce cas, ce n'est plus une législation qu'on adopte, mais un homme qu'on épouse et qu'on suit, par fascination.

Sous la forme de gouvernement athéistique, que sera le devoir civique? la réponse est, opposition. Comme on ne saurait taxer le Stagirite de naïveté, il faut croire qu'il étudia des collectivités meilleures que les nôtres. Que le gouvernement soit aux mains d'un seul, de plusieurs ou de tous, la constitution est pure et saine, si Ton gouverne en vue de l'intérêt général, et il ajoute, les constitutions viciées sont : la tyrannie, l'oligarchie et la démagogie. L'une n'a pour objet que le monarque lui-même ; la seconde a lieu au profit des riches ;

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