‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 32 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE

l'emportent sur les majors cuirassiers, procède du prestige des lointains voyages, de périls occupants pour rimagination. Au contraire, l'homme accepte dans l'amour la loi nerveuse de sa compagne, lubrique si elle est lubrique, réservé si elle est lymphatique : l'intimité des passions est toujours l'œuvre de la femme, car l'homme, devant satisfaire au désir qu'on lui exprime, a trop d'amour-propre en jeu, pour imposer son mode d'aimer. Enfin, physiquement, ou plutôt dynamiquement, la femme sait parfaitement sa puissance d'accumulateur nerveux : et il faut n'avoir jamais observé une mondaine dans les bals, pour ignorer son effort de rayonnement qui vise tout le monde, sans exception. La femme a un goût si prononcé pour le suffrage universel, que par habitude, sans s'en rendre compte, elle envoie du désir au cocher du vulgaire fiacre, au voyou qui ouvre la portière, au contrôleur du théâtre, et flattée, flattée jusqu'à l'avouer, si [le désir s'allume en leurs yeux. La coquetterie de la femme est aggressive, elle provoque sans désir, parce que cela lui devient aussi ordinaire et habituel que de respirer. Que reste-t-il pour le mari et l'amant ? la matière ; et dans l'esprit du mari et de l'amant ? la matière également.

Au lieu de concentrer sa grâce sur l'homme

aimé, elle veut être à la fois aimé par un, et désiré par tous, despotique et [démagogique en même temps : de là est venue la polygamie. Seulement là, où la femme se contentait de la polyandrie spéculative, l'homme a répliqué par l'infidélité matérielle : chacun s'enfonça dans son erreur entêtée, et l'adultère unique, durable, devint, chose étonnante, une idéalité.

Quelles que soient les formules vaudevillesques,si les hommes n'étaient pas des cerveaux matricules incapables de vie lucide, après avoir déploré leur malheur, ne devraient-ils pas préférer que leur femme eut une passion cachée, que de la voir, sous leurs yeux, à leur bras, œillader, se trémousser, écouter et parler en n'importe quelle compagnie, comme des filles poussées par leur terme en souffrance. Quand j'ai écrit le livre de la fée, envisageant l'incorrigibilité de la mondaine, j'ai tenté de diriger, de canaliser, une perversité irréductible ; et comme aucune morale n'eut été entendue, j'ai parlé selon l'esthétique. Aujourd'hui je démêle les lois sociales, placé au point de vue de l'homme d'Etat, j'indique l'essence des choses, et non la thérapeutique d'un cas. La vertu est sans grâce, et la grâce sans vertu : tel le bilan féminin à travers les âges. La seule nécessité unit la première femme au premier homme j la seule volupté fît

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