IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
grand danger. On a voulu créer une entité morale pour le soldat, et politiquement cela n'était pas mal conçu ; mais il ne fallait pas, simultanément, ouvrir tant d'écoles, laisser parler et déparier tant de journaux, et surtout propager les Pensées de Pascal, où le plus obtus des recrutés découvrira la duperie patriotique.
<ic C'est dans les passions qu'il faut établir régalité plutôt que dans les fortunes et celte égalité ne peut être que le fruit de l'éducation. »
Sans cesse le Stagirite revient à la notion morale ; les plus équitables lois, le meilleur gouvernement restent impuissants, si les mœurs sont mauvaises.
Hippodamus de Milet, fils d'Euryphron, fut le premier à écrire sur la politique : il forma des quartiers dans la cité et coupa le Pirée en sections. Il ne voulait que dix mille citoyens dans sa ville et les partageait en trois castes, artisans, laboureurs et guerriers. Les terres se divisaient en : sacrées, publiques et particulières et ils ne connaissaient que trois actions judiciaires, l'injure, le dommage, le meurtre.
Il manque à ce programme l'élément sacerdotal et intellectuel : le premier des fonctionnaires c'est le prêtre, qui doit apposer le cachet du divin à tous les actes de la cité : je ne pense pas qu'il
faille remettre le pouvoir entre ses mains, mais parmi les dignitaires de la civilisation il marche le premier, ayant la magistrature morale et l'entreprise des consciences.
Ce qu'on objectera de fréquentes indignités individuelles ne prouvera pas plus que l'incapacité de plusieurs, par rapport à la nécessité d'une fonction.
Quoi de plus épouvantable, qu^un juge prévaricateur ; mais aussi quoi de plus nécessaire que la justice !
Il n'est pas de fonction qui ne tourne à crime en des mains impures, ni de principe qui n'aboutisse à l'absurde ou à l'odieux, s'il est trop poussé. On rencontre des hommes qui conçoivent isolément une vérité partielle; l'humanité a besoin d'esprits justes et équilibrés; eux seuls valent comme égrégores, eux seuls améliorent l'état. Mais combien cette sagesse est rarement unie à la force ! Les passions seules soulèvent l'homme ; les indignes, les téméraires, les fanatiques, les intransigeants ont les honneurs de l'histoire, ils sont plastiques, pittoresques et conquièrent l'imagination : et cependant ils ne sont pas les grands.
Une idée abstraitement conçue est belle comme une vierge idéale, réalisée elle devient la mère, au corps fatigué. .