‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 73 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE

ce serait original pourtant : il y a des hommes domestiques comme des animaux domestiques.

Voilà ce qu'on ne sait plus : car depuis le progrès des sciences, on repousse toute analogie scientifique. Même si Ton parvenait à arracher les griffes et les dents à un tigre, il ne fournirait pas la journée d'un cheval d'omnibus : on le tuerait ou il tuerait : il n'est pas méchant, il est tigre. Les sars de fiabylone les apprivoisaient, mais, sans les forcer contre leur instinct.

On dira que la personnalité humaine ne résiste pas comme l'animale et que l'on vient à bout de rindividualismCj dans les compagnies de discipline : jy consens, mais l'Etat, que je sache, ne se symbolise' pas, cravache en main, dans une cage avec de jeunes savants, et ne présente pas des hommes dressés. Au cirque international, l'Etat est obligé à une tenue raisonnable.

Toutes les activités^ont leur emploi social : et la pacificité d'un être résulte toujours de l'identité entre sa fonction et lui. Depuis que le monde a une histoire, jamais un cerveau n'a pensé sous un casque : nul ne relèvera ce défi, aucun militaire professionnel n'eut jamais une idée métaphysique ; ce n'est pas un reproche, mais un principe. Si le métier des armes implique l'incapacité abstractive, il ne faut pas Timposer aux

24 AMPHITHEATRE DES SCIEXCES MORTES

bstracleurs : car, lorsque le pays n'aura plus ni mvres, ni arts, ni vie intellectuelle, que défenra-t-on, puisque rien n'existera plus?

Lorsque on appartient à une civilisation en déadence, le devoir devient social, non plus patrioque.

Or, j.e ne crois pas qu'on puisse rien sauver uand la violation des Normes est devenue la orme adoptée.

Du reste, dans tous les temps, les esprits de lulière ont été d'un sentiment plus étendu que la ontière de leur pays et ont refusé de pactiser vec les passions locales.

Une chose doit-elle être tenue pour juste, parce u'elle est française ? L'intérêt humain et l'idée de istice peuvent-ils être sacrifiés à un intérêt rivé ?

On répliquera :

L'Etat n'existe que par son unité : si le citoyen ge à son gré de la justice des choses, il y a larchie ; et on ne peut obtenir d'aucun groupe Limain de préférer quelque chose à lui-même, h bien ! la conclusion pratique, c'est que l'élite 3 chaque nation, celle qui œuvre, art, lettres ou iences, doit cesser d'en faire partie active ; car

n'y a pas de place pour l'exception dans la lasse, ni pour le penseur parmi les fous.

Page 1