IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
La civilisation, comme la religion, doit demeurer en dehors des compétitions de peuples.
Hélas ! on a vu le prêtre aller à la caserne, le séminariste revêtir la livrée nationale et les évêques subir cet attentat sans nom. On ne peut prendre modèle sur le prêtre ; il s'est assermenté. L'intellectuel, lui, demeure encore debout : vainement on voudra le convaincre de sédition, il dira le mot irréfragable de l'intelligence devant la force : nonpossumus.
Nous ne pouvons pas oublier Vhumanité au profit d'un pays, ni la justice pour la commodité d'un intérêt ; nous ne pouvons cesser de penser : nous pouvons nous taire, et notre silence paie largement la paix que nous demandons.
L'idée delà politique considérée au point de vue humain, et non pas national, éclate dans le Saint Empire tel que le concevait Alighieri, et Fabre d'Oliveta échafaudé sans assez de preuves une hypothèse célèbre sous le nom de cycle de Ram.
Ce Ram hindou, identique au Dyonisios grec, cinq mille ans avant notre ère aurait établi un empire universel. Valmiki et Nonnos ne suffisent à établir ni la date ni le fait. Saint Yves d'Alveydre et tous les occultistes ont admis ce fait extraordinaire, sans mieux Tappuyer. En tout cas, il
ressort de la moindre érudition que les civilisateurs étaient des humanistes et non des patriotes et que les successeurs devinrent nationaux par dégénérescence.
Au cours de ce livre, peut-être comprendra-t-on que rintérét véritable d'une race est toujours identique à rintérét humain : or, la prépondérance n'est pas souvent le meilleur sort. L'Amérique a tué l'Espagne, elle tuera l'Angleterre, toutes les métropoles meurent par leur grande colonie.
Croire qu'on fait impunément des conquêtes injustes, appartient à des cerveaux d'alcooliques. L'homme paye après sa mort, le peuple toujours de son vivant : cherchez pourquoi sont tombés les empires? par l'injustice.
Mais quelle est la forme politique de la justice? La justice politique résulte du Principe providentiel, ministérialisé par la Volonté de l'homme, dans le mouvement du Destin ; c'est-à-dire que partant d'un point de lumière, la volonté humaine n'aboutirait pas, si elle restait inconsciente des nécessités du fait.
La Providence c'est la Loi Divine, Tarchée, la Norme telle queDieu l'a conçue et voulue : le Destin, c'est la nécessité savante, la condition réalisatrice, le confluent des effets, tel que la Providence l'a généré ; et la Volonté de rhomme,c'est le