‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 81 sur 182 · IV. LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. LE LIVRE DU SCEPTRE

lève une indignation que le cours dets siècles n'épuisera pas, Ferdinand, Conrad et Hugues Capet affermissent leur monarcliie ; l'Italie ouvre une parenthèse dans la forme politique emporocralique et communale comme bientôt la Hollande et la Suisse : tout le reste de l'Occident évolua en formule monarchique.

Au lieu de hordes, ce sont des armées qui continueront les vices humains : Ferdinand massacre les Sarrazins, les Anglais dévastent la France, les Espagnols et les Portugais ruinent l'Amérique de fond en comble, Luther vient ajouter à la confusionj attaquer les arts eux-mêmes et fournir des prétextes religieux à des ambitions politiques.

Montesquieu a découvert cette facétie, que la République a pour principe la vertu, et la monarchie, l'honneur ;ou l'auteur des « Lettres persanes » a plaisanté, ou bien c'est un enfant ; si la forme démocratique implique la vertu, il n'y a pas d'hésitation et quiconque n'opte pas pour elle, mérite l'ostracisme. Quant à l'honneur monarchique, s'il diffère de la vertu il n'est pas l'honneur ; car concevoir l'honneur sans la vertu, c'est créer le dogme même de l'immoralité. Ce spirituel magistrat eut mieux dit en donnant à la république l'intérêt comme principe et à la monarchie rinfatuation.

Dès que le grand nombre domine, il est ques- * tion de besoins : au contraire, quand un seul est le maître, il s'agit surtout de vanité. Le peuple convoite des satisfactions d'instinct ; le despote rêve des satisfactions d'amour-propre, l'un a plus d'excuses, l'autre moins d'impériosité ; mais ils se valent au résultat. L'Etat ne trouve sa réalité ni dans l'honneur d'un homme, ni dans la satisfaction de beaucoup, mais dans la seule justice.

Il y a la justice entre citoyens, ou municipale, et la justice entre nations ou justice humaine.

Or, après avoir réfléchi au bénéfice qu'on peut tirer de ramollissement général des latins et de la sensibilité un peu maladive de l'Occident, j'ai cru le moment opportun pour instruire le procès du nationalisme et montrer que les horreurs de l'histoire prennent leur source dans ce que les moralistes appellent la fausse gloire et que je nomme, moi, le désastreux profit.

Je demande pardon de ces mots antithétiques, mais ils désignent ces avantages, souvent prodigieux dans le présent et que l'avenir rend néfastes. L'Espagne et le Portugal, ces pays lamentables, et si parfaitement ruinés, qui tiennent à la civilisation, plutôt par leur territoire que par leur valeur, n'ont-ils pas eu un profit extraordinaire dans leur conquête du Nouveau Monde ?

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