IV. — LK LIVRE DU SCEPTRE
éclairer, mais cela est trop simple pour ces graves niais que sont les hommes d'Etat. Ils conçoivent un homme type, simple reflet de leurs notions et ils le préfèrent, d'après le mannequin.
Lutte des races à Texlérieur; lutte des castes à rintérieur : telle, toute l'histoire.
Dès la fin du xi® siècle en France, l'esprit communal se levait contre le noble et le roi en profita; la noblesse abaissée, la bourgeoisie parut à son tour et 89 fut son avènement.
Aujourd'hui, le peuple veut conquérir l'hégémonie. Si le règne de la bourgeoisie a duré un siècle, grâce au pli terrible imposé à la nation par le soudard du Directoire, que durera le protagonisme populaire?
Pour repousser d'un même coup les passions
égoïstes sans les léser, l'Etat doit imposer une notion idéale ; mais prolester de son amour du bien et de son dévouement à la chose publique, invoquer la Patrie ou la Providence, ne signifie rien . L'homme du sceptre pourrait dire au peuple :
— « Je ne te demande pas ce que tu veux, voici ce que je peux : tes seuls droits sont tes besoins, la nourriture, le vêtement et le toit : si tu veux plus, prouve que tu mérites, en t'évertuant; mais situ viens te mêler du gouvernement, tu seras châtié. »
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L'hoinine du sceptre dirait au bourgeois :
— « Toi aussi, tu n'as d'autres droits que tes besoins et tu es vaniteux : je vais te donner tous les emplois, sauf la justice. »
Et enfin à l'intellectuel :
— « Tes droits sont tes facultés j c'est toi dont l'esprit a le plus d'étendue et le moins de préjugé, sois le juge; mais n'oublie pas de respecter le besoin du peuple et la vanité du bourgeois. »
Quant au pouvoir exécutif, il faudrait qu'il ne fût jamais mêlé au législatif: un amiral ne peut pas juger un marin ou un capitaine un soldat, il ne peut que le condamner.
Le juge ne doit être que juge; ainsi l'exige la sécurité de tous. Mais veut-on voir où les prétendus intellectuels en sont arrivés et ce qui est sorti de Hegel, en plus des Strauss, des Fichte, des Ilartman, des Fueurbach ? écoutons Max Stirner:
« L^avenir du monde est celui de l'indépendance absolue de l'individu, maître de lui-même et de toutes choses » — indépendance absolue ! maître de soi ! toute-puissance — folie!
Ecoutons-le encore :
« Vous vous imaginez que je tiens ma doctrine pour bonne? Je suis moi-même ma doctrine. Le bien et le mal ne sont que des fantômes de l'ima-