ANT ERERRS ONE TS
JUPITER. — C’est là mon malheur!
Alcmène ne sait rien. Cent fois au cours de cette nuit j’ai cherché à lui faire entendre qui j'étais. Cent fois elle a changé, par une phrase humbie ou charmante, la vérité diviae en vérité humaine.
MERCURE. — Elle n’a pas eu de soupçons ?
JUPITER. — À aucun moment, et je ne supporte pas l’idée qu’elle puisse en avoir. Quels sont ces bruits ?
MERCURE. — Ma femme sourde a rempli son office. C’est Thèbes qui se prépare à fêter votre union avec Alcmène... Une procession s’organise, et semble monter au palais.
JUPITER. — Qu'elle n’y parvienne point! Détourne-là vers la mer, qui l’engloutira.
MERCURE. — Impossible, ce sont vos prêtres.
EN
Jupiter. — Ils n'auront jamais assez de raisons de croire en moi.
MERCURE. — Vous ne pouvez rien contre les lois que vous-même avez prescrites. Tout l’univers sait que Jupiter fera aujourd’hui un fils à Alcmène.
Il n’est pas mauvais qu’Alcmène en soit elle aussi informée.
JUPITER. — Alcmène ne supportera pas cela.
MERCURE. — Qu’Alcmène en souffre donc! La cause en vaut la peine.
JupiTER. — Elle ne souffrira pas. Je
n'ai aucun doute à ce sujet, elle se tuera.
Et mon fils Hercule mourra du même coup. Et je serai obligé à nouveau, comme pour toi, de m'ouvrir la cuisse ou le gras du mollet pour y abriter quelques mois un fœtus. Merci bien!
La procession monte ?
MERCURE. — Lentement, mais sûrement.
RE AMPHITRYON 38 ros
JUPITER. — Pour la première fois, Mercure, j’ai l'impression qu’un honnête dieu peut être un malhonnête homme... Quels sont ces chants ?
MERCURE. — Ce sont les vierges transportées par la nouveile, qui viennent en théorie féliciter Alcmène.
JuPITER. — Tu ne crois vraiment pas nécessaire d’engloutir ces prêtres, de frapper ces vierges d’insolation matinale ?
MERCURE. — Mais enfin que désirez-Vous ?
JuPiTER. — Ce que désire un homme, hélas ! Mille désirs contraires. Qu’Alcmène reste fidèle à son mari et qu’elle se donne à moi avec ravissement. Qu'elle soit chaste sous mes caresses et que des désirs interdits la brûlent à ma seule vue. Qu'elle ignore toute cette intrigue, et qu’elle l’approuve entièrement.
MercuRE. — Je m’y perds. Moi, j'ai rempli ma tâche. L'univers sait, comme il était prescrit, que vous coucherez ce soir dans le lit d’Alcmène..
Puis-je faire autre chose pour vous?
JUPITER. — Oui. Que j'y couche vraiment | MERCURE. — Et avec ce fameux con-
sentement dont vous parliez hier, sans doute ?
JuPiTER. — Oui, Mercure. Il ne s’agit plus d’'Hercule. L'affaire Hercule est close heureusement. Il s’agit de moi.
Il faut que tu voies Alcmène, que tu la prépares à ma visite, que tu lui dépeignes mon amour. Apparais-lui….
Par ton seul fluide de dieu secondaire, agite déjà à mon profit humanité dans son corps. Je te permets de l’approcher, de la toucher. Trouble d'abord ses nerfs, puis son sang, puis son orgueil. D’ailleurs je t avertis, Je ne quitte pas cette ville avant qu'elle ne se soit étendue
mm A
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de bon gré en mon honneur. Et je suis las de cette humiliante livrée | Je viendrai en dieu.
MERCURE. — A la bonne heure, Jupiter! Si vous renoncez à votre incognito, je puis vous assurer que, d'ici quelques minutes, je l’aurai convaincue de vous attendre au coucher du soleil. La voilà justement. Laissez-moi,
ALCMÈNE. — Oh! Oh! Chéri
L’ÉcHo. — Chéri!
Juprier. — Elle appelle ?
MERCURE. — Elle parle d’Amphitryon à son écho. Et vous dites qu’elle n’est pas coquette! Elle parle sans cesse à cet echo. Elle a un miroir même pour
ses paroles. Venez, Jupiter, elle approche.
JUPITER. — Salut, demeure chaste et pure, si chaste, si pure! Qu'as-tu à sourire? Tu as déjà entendu cette phrase ?
GR
MERCURE. — D'avance, oui. Je l’ai entendue d’avance. Les siècles futurs me la crient. Partons, la voilà!