AIM PAIE ON
et sans défaut s’isolent à ma voix de cette masse suante et haletante confondue dans la nuit. Levez-vous |!
Prenez vos armes ! Ajoutez à votre poids cet appoint de métal pur qui seul donne le vrai alliage du courage humain. Ce que c’est ? C’est la guerre ?
LE TROMPETTE. — Ce qu'ils crient!
LE GUERRIER. — C'est l'égalité, c’est la liberté, la fraternité : c’est la guerre!
Vous tous, pauvres, que la fortune a injustement traités, venez vous venger sur les ennemis ! Vous tous, riches, venez connaître la suprême jouissance, faire dépendre le sort de vos trésors, de vos joies, de vos favorites, du sort de votre patrie! Vous, joueurs, venez jouer votre vie! Vous, jouisseurs impies, la guerre vous permet tout, d’aiguiser vos armes sur les statues même des dieux, de choisir entre les lois, entre les femmes!
Vous, paresseux, aux tranchées : la guerre est le triomphe de la paresse. Vous,
hommes diligents, vous avez l’intendance. Vous, qui aimez les beaux enfants, vous savez qu’après les guerres un mystère veut qu'il naisse plus de garçons que defilles, excepté chez les Amazones...
Ah! y'aperçois là-bas, dans cette chaumière, la première lampe que le cri de la guerre ait allumée... Voilà la seconde, la troisième, toutes s’allument. Premier incendie de la guerre, le plus beau, qui incendie la ligne des familles! Levezvous, rassemblez-vous. Car qui oserait preférer à la gloire d’aller pour la patrie souffrir de la faim, souffrir de la soif, s’enliser dans les boues, mourir, la perspective de rester loin du combat, dans la nourriture et la tranquillité...
LE ‘TROMPETTE. — Moi.
LE GUERRIER. — D'ailleurs ne craignez rien. Le civil s’exagère les dangers de la guerre. On m'affirme que se réalisera enfin cette fois ce dont est persuadé chaque soldat au départ pour la
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guerre : que, par un concours divin de circonstances, il n’y aura pas un moït et que tous les blessés le seront au bras gauche, excepté les gauchers.
Formez vos compagnies !.… C’est là le grand mérite des patries, en réunissant les êtres éparpillés, d’avoir remplacé le duel par la guerre. Ah ! que la paix se sent honteuse, elle qui accepte pour la mort les vieillards, les malades, les infirmes, de voir que la guerre n’entend livrer au trépas que des hommes vigoureux, et parvenus au point de santé le plus haut où puissent parvenir des hommes. C’est cela : Mangez, buvez un peu, avant votre départ.
Ah ! qu'il est bon à la langue le restant de pâté de lièvre arrosé de vin blanc, entre l’épouse en larmes et les enfants qui sortent du lit un par un, par ordre d’âge, comme ils sont sortis du néant ! Guerre : Salut !
LE TROMPETTE. — Voilà Sosie!
LE GUERRIER. -- Ton maître est prêt ?
SOSIE. — [l est prêt. C’est ma maîtresse qui n’est pas tout à fait prête. Il est plus facile de revêtir l’uniforme de la guerre que celui de l’absence.
LE GUERRIER. — Elle est de celles qui pleurent ?
SOSIE. — De celles qui sourient. Mais les épouses guérissent plus facilement des larmes que d’un tel sourire. Les voila.
LE GUERRIER. — En route!