NOTICE X
première qui s'impose à certains philosophes toujours prêts à mal parler de Molière.
Le sujet de V Amphitryon est l'un de ceux qu*il dut caresser, jeune, longtemps avec amour. 11 y fait emploi de deux de ses auteurs favoris. Il est tout plein de leur art, de leurs pensées, de leur style, et tout aussi heureux qu'ils l'ont étéi avec des prodiges d'esprit il métamorphose et rajeunit leur thèse. Plaute et Rotrou ont bien aidé Molière ; mais ce dernier, en s'appropriant une part de leur génie, n'a fait qu'ajouter de nouveaux rayons à leur gloire.
U Amphitryon eut dans sa nouveauté vingtdeux représentations. Molière remplissait le rôle de Sosie, sa femme celui d^Alcmène. Les autres étaient ainsi distribués : Mercure, du Croisy; Jupiter, la Thorillière ; Amphitryon, La Grange ; Argatiphontidas, Chateauneuf. Quant au rôle de Cléanthis, il est probable qu'il fut tenu par Hubert ; sur ce point les historiens de la troupe de Molière sont à peu près d'accord. La pièce comportait une mise en scène luxueuse et des entrées de ballet. Nous savons que Molière donna des représentations à grand spectacle. Le c Journal de l'ambassade de Pierre Johannides Poterquin (Potemkin), en 1668», qu'on trouve dans les Mémoires du baron de Breteuil (n^ 222, H. F., in-fol., ms. de l'Arsenal, cité par Paul Lacroix, Iconographie moliéresque, n»268, p. 89 ), signale une représentation extraordinaire de
Xlj NOTICE.
V Amphitryon: c Le 18 septembre, la troupe du sieur de Molière représenta V Amphitryon avec des machines et des entrées de ballet qui plurent extrêmement à Pambassadeur et à son fils, à qui on présenta, sur Tamphithéâtre où ils étaient, deux grands bassins, l'un de confitures sèches, Pautre de fruits, dont ils ne mangèrent point; mais ils burent et remercièrent les comédiens. >
La description du costume de Molière dans la pièce nous a été conservée par son inventaire après décès. « Une autre boîte où est l'habit de la représentation de 1*^4 m/?/ri7r)^on, contenant un tonnelet de taffetas, deux cuissards de satin rouge, une paire de souliers avec les lassures garnies d'un galon d'argent, avec un bas de soie céladon, les festons, la ceinture et un jupon, et un bonnet brodé or et argent fin ; prisé soixante livres. » {Recherches y etc., par Soulié, p. 275.)
Le livret original que nous reproduisons est un in- 12 de 4 ff. et 88 pp.
Ribou, cessionnaire des droits de Molière, publia plusieurs éditions et fît plusieurs tirages dans l'année 1668. On signale aussi, de 1668 à 1670, un certain nombre de contrefaçons où le nom de Ribou est conservé. (Voy. la Bibliographie moliéresquey 2« édit., pages 16, 17, 3 1, 42.)
Le prologue de la comédie, supprimé dans les éditions postérieures à la mort de Molière, ne
NOTICE. Xllj
reprit sa place que dans les œuvras publiées vers le milieu du XVIII» siècle.
Quant à la dédicace, elle fut aussi très-longtemps omise. Cette lettre au prince de Condé, le plus chaud des protecteurs de Molière et Tun des hommes qui l'apprécièrent le mieux de son temps, est un morceau achevé. Molière sait toujours donner à penser dans ses épîtres louangeuses, et dédaigne ces basses flagorneries qui faisaient rage autour de lui et dont les plus grands esprits se montraient prodigues. La dédicace de V Amphitryon est un modèle de goût et prouve que les écrits de ce genre pouvaient encore avoir quelque chose de commun avec les délicatesses de Tesprit.