‹ Amputations congénitales et ainhumChapitre 19 sur 30 · CENSURE · texte numérisé non relu

CENSURE

PATHOGENIE

Nombreuses sont les théories imaginées pour expliquer par quel mécanisme les membres sont sectionnés; mais aucune ne satisfait pleinement l’esprit, et les hypothèses formentencore le fond de la pathogénie des amputations spontanées comme de l’ainhum. Les visions de la mère ne tiennent pas devant la critique, et la gangrène invoquée par Chaussiérestrefutée par Watkinson qui montre que le pied retrouvé est sain, sans trace de putréfaction.

La constriction exercée par le cordon ombilical compte à son actif quelques faits extraordinaires comme les observaltions suivantes.

OBSERVATION XVII. — (Hillariet mémoires de soc. Biologie 1856 p.147)

Femme de 30 ans qui devint enceinte 6 fois, fit 3 fausses couches, eut 3 enfants à terme, qui avaient un et deux tours de cordon autour du cou, et dont le dernier fœtus, venu dans une faussecouche avait le cou presque amputé par le cordon ; chez ce sujet le cordon décrivait trois tours complets autour du cou. Nul doute que s’il avait séjourné plus longtemps dans la matrice, la section eut été complète.

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OBSERVATION XVII. — (Debout. Soc. Chirurgie Paris 186%)

M. Béaty a mis sous les yeux de la soc. de Pathologie de Dublin un fœtus de 4 mois présentant une dépression du bras gauche, logeant au moment même de l’expulsion un nœud de cordon qui agissait comme le ferait une ligature.

OBSERVATION XIX.— (Rashov. Annales de gynécologie juin 1874)

Fœtus long de 17 centimètres, bien conformé, présente un cordon long et mince, se dirigeant vers l'épaule droite ; 1l la contourne et vint s’enrouler autour du cou, puis il descend au niveau de l'épaule gauche en croisant presque à angle droit la portion précédente, et arrive à peu près à la partie moyenne du bras droit, pour aller ensuite s’enrouler une deuxième fois autour du cou. Seul le bras présente vers son 1/3 moyen un étranglement notable, au niveau duquel le volume du membreest diminuéde plus de moitié. Le tissu musculaire a disparu, de telle sorte que les os semblent immédiatement recouverts par la peau.

Malgré ces faits, on ne comprend guère comment une constriction assez énergique pour amener la séparation d'un membre, ne provoquerait pas avant l'amputation, l’oblitération des vaisseaux ombilicaux et par conséquent la rapide asphyxie du fœtus, et son expulsion avant terme.

Une autre hypothèse’attribue la cause à des brides pseu-

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do membraneuses, qui, pour Montgéméry, seraient dues à une inflammation des membranes de l'œuf s’accompagnant d’un épanchement de lymphe plastique; et pour Simonari, Moreau, et les auteurs allemands, seraient des brides amniotiques. Il y a aussi des cas où les brides peuvent appartenir au fœtus mème.:Certains'faits.étayent assez solidement cette théorie. Zagorski raconte que sur un fœtus de cinq mois il trouva la jambe droite amputée; la cuisse se terminait en un moignon arrondi, d'où parlait une bride membraneuse très résistante. Cette bride s’enroulait autour de la jambe gauche, qu'elle serrait à la manière d’une ligature, produisant à ce niveau une dépression considérable, et vers le milieu de la bride-se trouvait suspendu le pied, parfaitement conformé, mais fort petit. De même Levert cite un cas, où sur un fœtus de 8 mois, il vit l’annulaire de la main droite amputé près de son articulation métacarpienne, maïs le doigt restait encore attaché au moignon par une sorte de substance ligamenteuse. | |

Mais on ne peut supposer des brides s'enroulant isolément autour de chaque orteil et de chaque doigt; le cordon est trop volumineux pour que ses cireulaires puissent pénétrer dans les espaces interdigitaux, et dès lors com- ‘ment expliquer avec ces théories l'observation suivante de Parrot.

OBSERVATION XX. — Enfant de 21 jours

Main droite. Sillon parfaitement circulaire, complet, siégeant sur le milieu de la première phalange de chacun des cinq doigts.

— 53 — è Les sillons sont complets et isolés pour chacun des doigts ; ils ne sont pas tous au même niveau de sorte qu'ils semblent reproduire Pempreinte de cinq anreaux et non d’une ligature unique. Membre gauche : Amputations spontanées du pouce et des denx premiers doigts.

Comment expliquer aussi les trois sillons qu'on trouve sur la malade de M. Proust (observation XXV); deux sont parallèles, le troisième est oblique, c'est une scissure à trois étages sans chainon intermédiaire.

On ne peut admettre l'étranglement par une même bride ; dès lors il faudrait autant de brides annulaires,. complètes, indépendantes qu'il y a de seissures et de doigts atteints.

Ces théories mécaniques ne sauraient non plus expliquer la symétrie qu'on observe parfuis, comme dans le cas de Bouton (observation XII) ; ou la localisation à une moitié du corps comme chez notre malade (observation XI).

Et d’ailleurs, on voit cesser les phénomènes d'étranglement, dès que l’agent qui le produit a été levé : or,on a vu le sillon continuer à se creuser après la naissance et amener la chute des orteils. (observation VII).

S'appuyant uniquement sur l’anatomie pathologique, Menzel explique la formation du sillon et par suite des amputations congénitales par un retrait de la peau, qui selon lui est justifié par l'étroitesse et la profondeur du sillon, et l’arrangement des papilles qui sont très longues, souvent bifurquées ou trifurquées. Il n’admet pas la rétraction du tissu conjonctif, car le pédicule n'est point blanc, nacré, de consistance dure, el criant sous le

scalpel. De plus on ne trouve pas de fibres annulaires, c’est-à-dire perpendiculaires au pédicule, elles sont toutes parallèles à son axe.

Mais la théorie qui paraît aujourd'hui la plus acceptable range les amputations spontanéessous la dépendance du système nerveux central ; ellé s'appuie sur la simultanéité fréquenté de malformations (surtout la syndactylie), qu'on ne peut imputer qu'au système nerveux. En effet, cette syndactylie anormale, où la commissure est libre, est forcément acquise pendant la vie intra-utérine, puisque la segmentation se, fait chez l'embryon, de l’extrémité onguéale vers le métacarpe ; elle ne peut être due à un arrêt de dévelopnement régulier, sans quoi il y aurait absence de commissure. Les doigts déjà individualisés s’ulcèrent sous l'influence de quelque trouble trophique, et pendant la cicatrisation il se produit une véritable greffe cutanée.

De BA RAS

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