PRATIQUÉE PAR M. CH. PHILLIPS
reciaeilîîe par CIi. Dccliange r.
Madame D***, âgée de quarante-un ans, du village de Beyne, vint consulter le docteur Phillips au mois d’avril 1855, pour une tumeur du volume d’une grosse noix, rouge et fort douloureuse, qu’elle portait â la face dorsale de la main gauche. Une application de vingt sangsues qui fut conseillée diminua le gonflement et permit d’explorer avec soin l’état de la partie malade.
Un petit pertuis siégeait sur la face dorsale du quatrième métacarpien et livrait passage â un pus brun et mal lié : on y engagea la sonde qui parvint dans le canal médullaire de l’os.
L’espace inter-osseux qui sépare le troisième du quatrième métacarpien avait totalement disparu par l’effet de la tuméfaction de ce dernier.
Le 27 mai, la malade se rendit à l’amphithéâtre de l’Ecole vétérinaire, ou MM. les docteurs Lombard et Desaive constatèrent de nouveau la nature de l’affection
* Bulletin médical belge. 1857.
et partagèrent entièrement Lavis de M. Phillips , sur fa nécessite' de Lcxtirpation de Los altéré. Ce chirurgien procéda a l'opération de la manière suivante :
Il pratiqua une incision partant de l’articulation du poignet , passant par le milieu de l'espace inter-osseux qui sépare le troisième et quatrième métacarpien, et se terminant au niveau de la commissure des doigts. Après avoir disséqué et écarté les tendons extenseurs, il chercha a reconnaître l'étendue du mal. 11 vit avec regret que
Larticulation du quatrième métacarpien, avec le doigt annulaire, était affectée. Forcé dès lors de renoncer au projet de conserver le doigt , il prolongea la première incision terminée à la commissure des doigts en contournant la base de Lannuîaire; et plongeant un bistouri long et fort étroit entre la face inférieure du métacarpien et les tissus palmaires, de manière à éviter Larcade artérielle superficielle, il parvint à isoler complètement Los qu'il voulait enlever. Le temps le plus long de cette opération fut la désarticulation du métacarpien de l'annu¬
laire d'avec le grand os et Los crochu; le troisième métacarpien fut rapproché du cinquième au moyen de quelques bandelettes agglutinatives, et la malade fut immédiatement soumise aux irrigations d'eau froide sur la main que
l'on venait d'opérer. Diète absolue.
Deux heures après l'opération, le pouls était plein, tendu et très fréquent (saignée d'une livre).
Le 28, à quatre heures du matin, pouls plus fréquent que la veille, oppression, peau chaude et sèche (saignée de deux livres).
Le 29, le pouls est ralenti , plus mon; la respiration toujours pénible (saignée d’une livre).
Le 30, même état que la veille (extraction d’une livre de sang).
Le 51, amélioration notable; le pouls est régulier, la peau moite, la respiration facile, langue un peu sèche. On fit une nouvelle saignée de dix onces, et la malade se trouva tout à fait bien.
Le o juin, huitième jour de l’opération, on supprime les irrigations d’eau froide, que l’on remplace par des cataplasmes émollients sur le poing.
Le 6, la malade voulut se promener au jardin; les mouvements qui furent imprimés à l’articulation carpienne
en provoquèrent l’inflammation , qui se manifesta par un gonflement très prononcé et des douleurs intolérables; une application de quarante sangsues dissipa ces symptômes alarmants.
La malade ne prit aucune nourriture pendant les sept premiers jours qui suivirent l’opération; on l’engagea à boire une grande quantité d’eau glacée. La suppuration fut extrêmement abondante.
Le 29 juin, la cicatrisation étant complète, Mme B***, sortit guérie.
En analysant les symptômes qui se déclarèrent le lendemain de l’opération , on voit que la malade était atteinte d’une pneumonie aigue. Je ne suis point entré, a dessein, dans les détails de cette affection; seulement, je ferai remarquer que la gravité du mal nécessita de nombreuses et abondantes émissions sanguines, qui, tout
en combattant avec efficacité la pldegmasie du parenchyme pulmonaire, pouvaient devenir funestes en favorisant la résorption purulente. En effet, les expériences des physiologistes modernes, principalement celles de Magendie , ont démontré que l’absorption était considérablement augmentée par la vacuité du système sanguin; on avait donc ici a lutter contre une absorption des plus actives, qui, 11e trouvant pas ou presque pas de matériaux sur lesquels elle pût s’exercer, devait sans aucun doute s’établir avec énergie sur le pus secrété dans la plaie. Un moyen s’offrait (basé sur la physiologie expérimentale) de satisfaire aux besoins de cette fonction, c’était de forcer la malade à prendre une grande quantité de liquide; c’est pourquoi on lui fit boire beaucoup d’eau fraîche, et on lui passa plusieurs lavements tièdes.
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