‹ Amputations dans la contiguité des membresChapitre 38 sur 46 · PRATIQUÉE PAR M. CH. PHILLIPS · texte numérisé non relu

PRATIQUÉE PAR M. CH. PHILLIPS

Observation communiquée par Cto» Dccliange '•

M. L***, de Liège , âge' de vingt-un ans, reçut , il y a un an , un coup de pied sur le premier me'tatarsien du côté droit. La contusion assez forte , qui en résulta, fut complètement négligée , et il continua de se livrer â ses occupations habituelles. Quelque temps après, il éprouva de la gène dans les mouvements de progression, et le premier métatarsien devint le siège d’une tumeur rouge et fort douloureuse. Il consulta alors un chirurgien qui crut devoir inciser cette tumeur et recourir à l’application de quelques topiques dont M. L*** ignore la composition. Le mal s’aggrava : la plaie fournissait un pus séreux et de mauvaise nature; on envoya le malade vivre â la campagne , où il devait , suivant le dire du chirurgien, trouver un remède à son mal.

La guérison se faisant attendre , M. L*** s’alarma , et vint consulter le docteur Ch. Phillips, le 6 mars 1836; à l’examen du pied, celui-ci reconnut un orifice fis-

* Bulletin médical belge , mai 1837, n° '6,

DANS LA CONTIGUÏTÉ DES MEMBRES. iSo

l uleux ^ siégeant à quelques lignes au-devant de l’articulation du premier cunéiforme et du premier métatarsien. Un stylet fut introduit dans la plaie et parvint dans la cavité de Fos.

Le diagnostic ne pouvait être douteux : M. Phillips proposala désarticulation de Fos affecté, ressource extrême, il est vrai, mais qui seule pouvait s’opposer au développement d’un mal plus grave encore, la carie des articulations. M. L*** consentit à l’opération qui fut pratiquée, le 14 mars, en présence de MM. Lombard, professeur à la Facullé de Médecine, T. Vaust, agrégé, et M. Fourdrin.

Le malade étant assis dans un fauteuil , et avant le pied fixé sur les genoux du chirurgien , celui-ci pratiqua une incision qui , partant du grand cunéiforme, se dirigeait à angle aigu jusqu’au-delà de l’articulation du gros orteil avec le premier métatarsien; puis, il prolongea cette incision à la face plantaire parallèlement à celle qu’il venait de pratiquer à la face dorsale, et vint s’arrêter au niveau du premier cunéiforme , point de départ de Fincision. L’extrémité antérieure du lambeau fut saisie avec des pinces à dents de souris , et celui-ci disséqué du sommetà la base {PL XVI, fig . 5. 2. 2. 2. ). Alors l’opérateur plongea perpendiculairement le bistouri entre le premier et le second métatarsien , le Fit sortir par la face plantaire, et, le faisant marcher d’arrière en avant, il coupa successivement les muscles inter-osseux, les fléchisseurs, le ligament plantaire qui unit les orteils , et i! termina cette seconde incision en divisant la commissure

du premier et du second orteil. Le métatarsien ne tenait plus que par sa surface articulaire : le bistouri fut porte' dans la direction d’une ligne qui, partant du bord postérieur du premier métatarsien , viendrait tomber à deux lignes au-devant de la tête du cinquième; l’articulation fut ainsi ouverte, traverse'e de champ, et l’os enlevé. On tordit l’artère plantaire interne, une inter-osseuse, et la plaie lut réunie immédiatement dans ses deux tiers antérieurs.

Pendant les huit premiers jours qui suivirent, l’opéré fut tenu a une diète absolue. Un mois après, le tiers postérieur de la plaie que l’on avait laissé suppurer était complètement cicatrisé, et le malade sortit sans avoir besoin d’un point d’appui pour faciliter la marche.

Cette observation fait naître quelques réflexions dont les conséquences ne sont pas d’accord avec l’opinion de la plupart des auteurs, mais qui me paraissent assez importantes pour être l’objet d’un examen attentif.

1 0 Le premier métatarsien n’étant pas altéré dans toute son étendue, pourquoi ne pas en pratiquer la résection?

2° La tête de cet os est-elle indispensable à la station ?

On ne pouvait, dans aucun cas, admettre la possibilité de la résection. L’orifice fis tu leux siégeant près delà surface articulaire ne laissait pas assez d’espace pour faire jouer la scie; il fallait donc désarticuler la tête postérieure. En réséquant l’os derrière la tête antérieure, on conservait l’orteil; mais l’opérateur ne comptait nullement sur le succès de cette manœuvre , car les lois d'ostéogénie démontrent que le conduit nourricier du premier

métatarsien procède du premier cunéiforme vers l’orteil ; or, réséquer l’os derrière sa tête, c’était priver cette dernière de son artère nourricière, et l’exposer ainsi à se nécroser. De plus, le gros orteil n’étant plus retenu que par le ligament plantaire, devait se renverser en dedans par la rétraction du tissu modulaire résultant de la cicatrisation du lambeau : la marche devenait impossible , et il aurait fallu indubitablement enlever plus tard le gros orteil.

Il est un précepte que l’on ne manque jamais d’établir dans les ouvrages de médecine opératoire , c’est de conserver la tête antérieure du premier métatarsien , lorsqu’on doit pratiquer la désarticulation du gros orteil. « Il est «incontestable, dit M. Velpeau, que cette tête osseuse « qu’on voudrait faire disparaître, est de la plus grande « utilité, empêche le pied de se renverser en dedans, et « rend plus solide la base de sustentation. » ( Nouveaux

Eléments de Médecine opératoire . )

D’une autre part, M. F. Blandin dit en parlant de l’extirpation du premier métatarsien : « L’expérience ne « nous a pas appris ce qui arriverait dans ce cas; mais « l’anatomie permet de supposer que la station se ferait « péniblement , et que souvent le pied se renverserait de « manière à tourner sa lace inférieure en dehors. » (A natomie topographique . )

Ces propositions ont-elles, en réalité, la valeur qu’on leur accorde généralement P Je pense qu’elles ont été admises sans examen , et qu’il est nécessaire de fixer de nouveau l’attention des praticiens sur ce point de phvsio-

logie chirurgicale. Le malade qui fait Fobjet de l’observation precedente marche sans gène , ne boite pas et peut même se livrer au plaisir de la danse sans que le pied se renyerse jamais en dedans.

M. le docteur Phillips après avoir fait ressortir , dans son cours de médecine opératoire , les avantages du procédé auquel il a eu recours dans cette circonstance , s’est cru fondé a poser en principe que , dans tous les cas j lorsque le gros orteil est malade , il vaut mieux réséquer le premier métatarsien que désarticuler ï orteil . On évitera ainsi une difformité toujours très douleureuse pour le sujet.

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