‹ Amsterdam et VeniseChapitre 4 sur 9 · LA VENISE DU NORD · texte numérisé non relu

LA VENISE DU NORD

Eaison d*mL snmom. -r- Conforinité d*liÎ8toire, — La 'politique^ les •cieneet et lei erte.

Noire programme. — En avant.

A Tëpoque où j'habitais Amsterdam , il ne m'est g[uère arrivé de prononcer, devant un étranger, le nom de cette g[raQde et belle ville sans l'entendre immédiatemeiït appeler la « Venise du Nord » .

Il est certain qae, pour ceux qui connaissent à fond l'histoire de la Hollande et celle de la Yénétie^qui ont vécu dans les deux pays, étudié le caractère des habitants, pénétré les mœurs et les cou*tumes, fouillé les traditions, il y a entre Amsterdam et Venise des analogies frappantes.

Placées toutes deux au fond d'un golfe, à la base d'une pres«* qu'île, elles ont dû, l'une et l'autre, au commercé maritime une prospérité inouïe. Gouvernées par une bourgeoisie patricienne amoureuse de son indépendance, impatiente du moindre joug^ elles ont vu fonctionner chez elles le système républicain, à une époque où il était banni de tout le reste du monde. Toutes deux, elles ont pratiqué la tolérance religieuse, dans un temps où la guerre et les persécutions s'attaquant, suivant les lieux , à la plupart des croyances, couvraient la campagne de ruines et leà gibets de cadavres sanglants. Toutes deux, elles ont dû à cette indépendance d*esprit de pouvoir trafiquer avec des peuples que les autres nations savaient seulement combattre, et d'amasser des richesses immenses en devenant les entrepositairiea de l'Orient,

Plaçant tout leur espoir dans leurs forces navales, elles ont conquis une inaltérable renommée, parla bravoure, Taudace et la science de leurs amiraux, la valeur de leurs équipages, rexcellence de leurs flottes et le nombre de leurs navires, qui leur assuraient la suprématie des mers^ Poussées toutes deux par un même mobile, se défiant de l'obéissance passive des troupes et voyant dans la gloire des généraux une menace perpétuelle pour leur liberté , elles abandonnèrent à des mercenaires la défense de lem* territoire. Mais, malgré cet abandon de leur sécurité en des mains étrangères, elles surent, dans les revers, faire face à tous leurs ennemis, ne désespérèrent jamais de l'avenir, et c'est avec une énergie et une résolution sans égales qu'elles ont fait échec aux nations les plus redoutables, et tenu tête aux plus effroyables coalitions.

Si de la politique nous passons dans le domaine de l'industrie,

> L'histoire des Pays-Bas est si peu connue en Europe, qu^un grand nombre de personnes pourraient s'étonner de l'importance que nous donnons à Amsterdam et croire que nous exagérons le rôle que cette cité a joué dans cette histoire. — ^ 11 n'en est rien cependant. En apparence,. Amsterdam n'était en effet qu'une ville principale de la province de Hollande, et cette province ne disposait point, dans la réunion des Ëtats-Généraux , d'un nombre de voix supérieur à celui que possédait chacune des six autres provinces qui composaient l'Union. En sorte que la Hollande n'avait, sur les décisions à prendre, ni plus ni moins d'in* fluence que la Gueldre ou l'Overyssel. Mais, dès qu'on passait du chapitre des résolutions à celui des voies et moyens, les choses changeaient d'aspect. Le vote des Ëtats-Généraux n'engageant que ceux qui avaient adhéré à ce vote, il suffisait que la Hollande se prononçât dans un sens ou dans l'autre pour rendre l'exécution possible ou pour l'empêcher. Cette province, en effet, payait à elle seule plus que les six autres, car les charges étaient réparties de la ma* nière suivante :

Pour chaque dépense de cent livres,

La Gueldre donnait 5 livres, 12 sols, B deniers,

La Zélande 9 3 8

L'Utrecht 5 16 5 1/2

La Frise 11 13 3 1/2

L'Overyssel 3 11 5

LaGroningue 16 7 1/2

et la Hollande à elle seule foarnissait. 58 6 3 1/2

Ou comprend dès lors de quelle importance était le concours de cette province. H lui suffisait de se retirer pour empêcher toute entreprise, et dès qu'elle

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