LÀ VENISE DU NORD
des lettres , et dans celui des sciences et des arts , nous trouverons là encore des analogies bien singulières. Venise et Amsterdam ont TU fleurir les mêmes métiers; à côté de l'industrie et surtout du commerce , elles ont l'une et l'autre fait une large place aux érudits et aux savants , et la typographie européenne s'ehorgueiUit presque autant des éditions d'Amsterdam que de celles de Venise. La pensée humaine, en effet, doit aux libraires de ces deux villes d'avoir pu se perfectionner et s'élever à des hauteurs inconnues jusque-là. L'art, enfin, présente dans les deux pays les mêmes caractères. Leur architecture, autochthone bien qu'empruntée en partie à des peuples méridionaux , affecte les mêmes défauts et des beautés analogues. La sculpture y est lettre morte, et ni l'une ni l'autre n'ont vu naître dans leurs murs un statuaire de renom. La musique y est adorée sans qu'elle ait donné le jour à uo seul compositeur de génie. Par contre , la peinture y a brillé d'un éclat identique* Après l'école vénitienne, Técole hollandaise est la plus coloriste de celles qui ont illustré les temps modernes. Chose curieuse ! quand nous en serons arrivés à l'étude de ces questions artistiques si intéressantes et si attachantes, nous verrons que ce sont encore lés mêmes louanges et les mêmes reproches qu'on adresse aux deux écoles, les mêmes qualités qu'on leur reconnaît et les mêmes défauts.
avait résolu de se lancer dans une aventure, elle entraînait à sa suite les autres provinces, les menaçant sans cela de faire des traités particuliers. Aussi l'avis du grand pensionnaire de Hollande avait- il une influence extrême. C'est lui qui, pour ainsi dire, gouvernait ioute l'Union et conduisait les décisions des États Généraux, et les intérêts des autres provinces se trouvaient parla subordonnés à ceux de la Hollande.
Or, ce qui se passait aux Ëtats Généraux pour la province de Hollande se répétait dans les états provinciaux de Hollande pour la ville d'Amsterdam. Celle-ci usait des mêmes moyens pour forcer la main aux autres cités de la province. H est curieux de lire, dans les' mémoires du dix-septième et du dixhuitième siècle, les récriminations des villes hollandaises contre la domination qu'Amsterdam a établie sur elles, et celles des provinces néerlandaises contre la fc tyrannie que la Hollande s'est arrogée. »
Le rôle de la province de Hollande avait du reste aux yeux de l'Europe une importance telle que c'est sous son nom qu'on prit l'habitude de désigner l'Union. Et aujourd'hui encore', nous donnons généralement le nom de Hollande au royaume des Pays-Bas, alors que la Hollande ne forme, à proprement parler, que deux des onze provinces qui le composent.
Une semblable identité, de pai^ettles' anfilogîes 'dans la vie dis deux peuples , suffisent et au delà à légitimer le suruotti' qui nous occupe; mais, chose bizarre, ce n^est daDs aucun de ^es, rappwr chen>ents, si intéressants pourtant et si attachants, que. ee surnom à pris naissance ; il existait avant qu'Amsterdam e&t uu art partie culier, un commerce sans rival, des institutions et une politiq^ semblables i celles ;de Venise. Au scv^ième.sièçle,' alors qu'elle était encore en parloritîoa de ;sa grandeur, Ouicciardini le lui aecorde. Quelques années plus tard, Barléus^ dans son récit détaillé de Feutrée de Marie de Médicis, le lui conserve, et le* docte Fokkens, dans la description qu'il en fait ^, €onsaci*e quelques pages à un parallèle d'autant plus curieux que, lui-même, il n'avait jamais vu la reine de l'Adriatique. ' •
* Pour le vulgaire, qui «'approfondit pas, ce' ne sont point non plus ces analogies si piquantes qui pèsent. dans la balancé : la forme extérieure frappe seule les imaginations communes. Les deux villes sont bâties sur pilotis; l'une et l'autre sont percées dé canaux sans nombre ; chacune est un composé d'îlots réunis par des centaines de ponts. Il n'en faut pas plus pour constituer une identité indéniable, et ce seul fait a suffi pour qu'Amsterdam devint la « Venise du Nord ».
Placé par les événements dans d'excellentes conditions pour bien connaître Amsterdam et Venise; ayant pu les inspecter à loisir, les parcourir dans tous les sens, les "vOir sous tous leurs aspects, il nous a paru intéressant de rechercher quelles étaient, au point de vue pittoresque, les similitudes qui pouvaient exister entre ces deux grandes cités. Nous les avons doiïc étudiées avec un soin tout spécial et une attention particulière, cherchant la physionomie intime, fouillant les coins obscurs et nous efforçant de faire revivre^ dans les édifices restés debout, les glorieux souvenirs des époques disparues.
Cette première tâche accomplie, et n'ayant point trouvé dans cet examen physique la justification du surnom qui nous préoccupait,
> Beschrijuingh der wijdt'-ifemiaarde Koop-sfadt Amstelredam,