LA VENISE DU NORD. . B
il nous a semblé curieax de rechercher si les analogies historiques qui nous avaient frappé tout d'abord, sont le fait d'un pur hasard, ou la dépendance fatale d'un organisme particulier, commun A Amsterdam et à Venise. En un mot, ces deux arbres situés aux deux extrémités de l'Allemagne ont-ils vu grandir les méi|ies rameaux, s'épanouir les mêmes fleurs, mûrir les mêmes fruits par un accident absolument fortuit , ou bien parce qu'ils étaient d'une même essence morale et placés , au point de vue ethnographique, dans une situation identique ?
Pour résoudre ce problème; l'un des plus difficiles mais aussi l'un des plus attrayants que l'on puisse poser, il nous fallait pénétrer la vie et le caractère des deux peuples , observer leurs cou'» tuines, étudier leurs moeurs et leurs usages. Cette étude minutieuse, s'appuyant sur la connaissance du passé , devait nous apprendre si les analogies qui se rencontrent à chaque pas dans l'existence des deux grandes républiques ne se retrouveraient point par hasard dans celle des habitants; si le caractère de ces deux nations, si semblables daus les manifestations publiques, ne montrerait point dans la vie privée des tendances analogues; si eniîa nous ne verrions pas , dans les mœurs et dans les usages , la trace de cette conformité d'esprit qui se manifeste dans la politique, dans l'administration de l'État en même temps que dans les arts.
Pour atteindre notre but, nous n'avions point cependant la prétention de refaire l'histoire des deux grandes villes. M. Daru a écrit celle de Venise; elle comprend dix gros volumes, et les.savants la tiennent pour fort incomplète. La Beschryving van Amsterdam de Wagenaar n'en compte pas moins de treize et remonte à un siècle, c'est-à-dire à une époque où les archives locales n'avaient point dit leur dernier mot'. Ces deux seuls exemples prouvent combien une semblable besogne sort dii cadre que nous nous
* Toas ceux qui se sont occupés de l'histoire de la Hollande savent quelle lumière les travaux de MM. Van Lennep, Motley, Schelteina, Eechoff, etc., etc., ont jetée sur certains points restés jusque-là fort obscurs; et ceux qui s'occupent d'art savent quels services MM. Bilrger, Ch. Blanc, Immerzeel, Kramm, etc«, etc., ont rendus à l'école hollandaise.
sommes tracé. Aussi nos incursions dans le temps passé n*ont-elles eu lieu que sous une forme purement anecdotique, et c'est sur le temps présent que nous avons concentré nos études et nos efforts.
Avons -nous mieux réussi dans celte seconde étude que dans la première? C'est au lecteur de décider en connaissance de cause* Il nous a paru intéressant de placer sous ses yeux ce double parallèle et de le mettre à même de se rendre compte des dissemblances et des analogies qui existent entre ces deux grandes et nobles cités.
Pour plus de clarté, nous avons laissé notre travail divisé en deux parties : la première comprend les deux villes ; la seconde est consacrée aux deux peuples.
Dans la première, nous étudions Amsterdam et Venise au point de vue pittoresque. Nous suivons les rues et les quais , nous lon*geons les canaux, nous franchissons les ponts et les traghetti^ nous prenons des vigilantes^ et des gondoles, nous flânons sur les places, admirant chaque fois que cela nous est possible , critiquant lorsque nous ne pouvons faire autrement, mais toujours observant, remarquant, comparant, cherchant à étabUr des rapprochements et notant les dissemblances.
Dans la seconde, nous nous efforçons de pénétrer les mœurs et les coutumes. Nous asseyant au foyer de la famille, parcourant les théâtres, les bals et les concerts, nous introduisant dans les cercles, questionnant les gens et notant leurs réponses, nous tâchons de démêler le caractère et la physionomie vraie des deux peuples tels qu'ils ressortent de ces habitudes qu'on a si justement appelées une seconde nature. Et enfin, comme c'est par les fruits qu'il donne qu'on peut le mieux juger de Tarbre et de sa qualité, nous terminons en étudiant avec soin l'art de nos deux nations.
£t maintenant que le lecteur sait où nous voulons le mener, c'est à lui de décider s'il consent à nous suivre. Pour nous, nous n'avons qu'un mot à prononcer : Vooruit^ comme on dit en Hollande, ou Àvantij comme on dit à Venise. C'est-à-dire: En avant!