‹ Amy Robsart. Les jumeauxChapitre 112 sur 156 · I-K COMTE JEA · texte numérisé non relu

I-K COMTE JEA

Non. Vieflli. Pour vieillir un pauvre homme, Brézé, Vois-tu, dix ans d'exil valent vingt ans de vie.

Aux quatre gentilshommes.

Messieurs, que voulez-vous et quelle est votre envie?

La vengeance? Je viens vous l'apporter. — Pardieiiî

Faites moins de vacarme et jouez mieux le jeu i

Moi, je tiens le joueur risible et détestable

Qui frappe à tout propos des deux poings sur la table.

Qui se fâche, et maudit brelan ou quinola.

Criant l'argent qu'il perd et les cartes qu'il a.

Pendant tout cet éclat, le fer caché s'aiguise.

Jamais un Henri trois n'est empêché d'un Guise.

Donc attaquez, selon qu'il faut l'ombre ou le bruit,

Au grand jour Richelieu, mais Mazarin la nuit.

Donc, aujourd'hui la sape et demain l'estocade.

La moitié du combat se fait dans l'embuscade.

Donc calme-toi, Brézé, pas d'esclandre, et, crois-moi,

Garde, sans dire jviot, ta charge auprès du roi.

Et puis ne craignez rien, la lutte sera grande.

Que si quelqu'un de vous maintenant me demande

A quoi bon ces haillons que j'emprunte aux ribleurs,

C'est mon secret. J'entends le garder. Et d'ailleurs

C'est l'habit de ce siècle ignoble, fourbe, oblique !

Siècle où rien n'a grandi que la honte publique î

Où notre œil, quelque part que nous pénétrions.

Ne voit que charlatans, baladins, histrions !

Farce où se perd l'honneur de tous ! — le mien, le vôtre î

Retz est sur un tréteau, Mazarin sur un autre.

L'Autriche est le souffleur qui tient le manuscrit.

Or, moi, Jean de Créqui, gentilhomme et proscrit,

Mes>sieurs, puisque la France, à qui la pudeur manque,

Il va à la table où sont les gobelets.

Est aux comédiens, je me fais saltimbanque î

ACTK I. SCINK \ il. 195

Tant (iii'il lo faudra «loue, aiii.si (ju'un réproiivi'.

Je veux faire scandale et bruit sur le pavé

Et, comme si j'étais à moi seul la finance,

La cour, le parlement, la fronde et l'éminence,

Le clergé, la Sorbonne et Tuivivei'sité,

Vous épouvanter tous de mon rire effronté !

— Eh bien ! cette insultante et haute parodie,

Kst-ce mon but. messieurs? non. J'ai l'àme hardie.

J<' soutiens ropprimé. je nargue l'oppresseur;

Mais je n'ai pas le goiU de trancher du censeur:

Kl, quoique a.ssez épris de mon rôle fantasque,

Dès demain, si je puis, je jetterai ce masque.

Mais au moins, direz vous, faire «l'un ciel serein

Ohoir un grand coup de foudre au front de Mazarin,

Nous venger tous, reprendre enfin ton héritage,

(l'est là ce que tu veux? Messieurs, pas davantage.

Non, bien qu'un sang fort vif batte sous mon pourpoint,

Je suis trop vieux pour être en colère à ce point

Kt, quoique Mazarin i)ar ce que je vais faire

Doive tomber, — du moins, je le crois, je l'espère, —

La vengeance n'est pas mon but. Vaincu, vainqueur,

Kn quatre mots voici ce que j'ai dans le cœur.

Banni depuis dix ans, mon ûme était en Franc<\

Toute mon àme, hélas! toute mon espérance,

— Ln enfant, — mon bonheur, mon remords, mon devoir,

Aube qui rayonna jadis sur mon front noir,

Kt qui resta fidèle à ma tête accablée

Quand toute autre clarté pour moi se fut voilée !

Ln enfant, jeune fille aujourd'hui... — Mais pourquoi ^

Vous conter des détails qui ne touchent que moi?

D'ailleurs, ce secret triste est muré dans la tombe.

Elle ignore elle-même, humble et pure colombe,

Et ne saura jamais pourquoi je l'aime ainsi.

Messieurs, voilà dix ans, oui, dix ans ce mois-ci.

Que je n'ai vu cet ange î — Eh bien, je ne puis vivre

Sans entendra sa voix, musique qui m'enivre,

Sans voir ses yeux, flambeaux de mes regards troublés, Sans elle enfin ! — Plaignez les pauvres exilés ! Puis autour d'elle aussi tout s'en va, tout décline. Je crois vous avoir dit qu'elle était orpheline ? Elle a besoin de moi. Depuis quatre ans passés,

— Ils ont intercepté mes lettres, — je ne sais. Mais j'ai perdu sa trace. Où vit-elle à cette heure ?

Je l'ignore. 0 mon Dieu ! pour la revoir, — j'en pleure!

Pour pouvoir être en France et vivre à ses côtés.

J'ai prié, supplié, j'ai fait cent lâchetés;

J'ai dit à Mazarin qu'il était un grand homme;

J'ai fait-écrire au roi, de Madrid et de Rome.

Rien ! on n'a pas voulu me laisser revenir.

Alors je me suis dit : il est temps d'en finir !

Voilà pourquoi, proscrit, j'arrive en cette ville;

Pourquoi, sous cet habit, livrée étrange et vile,

J'entre en un formidable et sombre événement.

Où Dieu m'aide, et qui va peut-être en un moment

Changer, d'une secousse eff'rayante et profonde,

La forme de la France et la face du monde.

Moment de silence.

Maintenant j'ai tout dit. Ne m'interrogez pas. Ne me connaissez plus, ne suivez point mes pas. Seulement, indignés, muets, en force, en nombre, Soyez prêts pour le jour où tout à coup dans l'ombre Je crierai, surgissant à vos yeux efl'arés :

— A moi! tout est fini. L'œuvre est faite, accourez !

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