ACTE I, SCÈNE IX
L E C 0 M T K JE A N , tombant h genoux.
Madame! au nom du ciel! je vous parle à genoux.
Madame! le péril est très grand, je vous jure.
Sortez de cette noire et tragique aventure!
Je ne suis pas celui que vous croyez; je suis
In homme qui vous vit naître, hélas! qui depuis
A bien souttert, rongé d'une pensée amère,
lu ancien serviteur de votre noble mère,
Qui, taisant, il le doit, ses droits, sa mission.
Vient faire sous votre ombre une expiation;
In pauvre homme qui veut, si Dieu pour vous l'emploie.
Vous ôter la souffrance et vous donner la joie ;
()ue jamais d'aucun nom vous ne pourrez nommer:
Lion pour vous défendre et chien pour vous aimer!
AM\ DK PONTHIKl.
Monsieur!...
LE COMTE JEA>.
Vous m'appeliez votre ami tout à l'heure! .le suis un vieux soldat, barbe grise, et je pleure! Jugez de ce que j'ai dans Tàme. Oh ! croyez-moi, Ayez quelque pitié, madame, et quelque foi.
— Venez sous cette lampe un peu, que je vous voie!
.\fix s'approche de la laiicerac, il la coiucmplc avec une sorte d'adoration.
Que vous êtes grandie et belle ! Oh ! quelle joie J)e vous revoir! Voilà dix ans! — dix ans d'ennui! — Vous ne me pouvez plus reconnaître aujourd'hui. Oui, dans ce château même où personne n'habite, Mon Dieu ! je vous ai vue enfant, toute petite,
— Haute comme cela, — rose et le front vermeil. Dans les prés, dans les fleurs, courir en plein soleil! Pauvre enfant! ~ Oh ! croyez votre ami ! — Sur mon âme. Je dis vrai I Même un jour, vous eûtes peur, madame.
Voyant des zingaris et des égyptiens, Vous courûtes à moi !
ALIX
C'est vrai, je m'en .souviens.
Ah! vous voyez! — Eh bien, que ma voix vous arrête! Vous, femme I jeune fille î... — Ah ! l'on risque sa tète En touchant aux verrous des bastilles d'état ! C'est un dessein terrible ! un crime ! un attentat 1 C'est fou ! Vous attaquer à Mazarin lui-même ! Et que vous fait à vous ce prisonnier?
ALIX
Je l'ainie.
LE COMTE JEAi\.
Vous Taimez !
ALIX
Croyez-vous que j'agissais ainsi Pour des raisons d'état?
LE COMTE JEAN, à part.
Oh ! le sort m'a saisi Pour ne plus me lâcher, comme un tigre sa proie !
ALIX
Oui, je l'aime î et je sens qu'à son aide on m'envoie. Voyez-vous, tout enfant livrée à des tuteurs, Sans parents, sans amis, sans soins, sans protecteurs, Je n'avais que les champs et les cieux pour études, Et je pasgais raa vie au fond des solitudes