ACTE III, SCÈNE I
le soupçon lui venait que le séducteur de la jeune fillepouvait bien être un plus grand que moi, je voyais s'amasser sur son front toute la jalouse colère de la femmequi aime...
LKICESTKR.
Ouol mot prononces-tu là? Elle m'aimerait, Richard?
Oui, oui, elle vous aime! elle vous aim6 à tout oublier,, à tout sacrifier, à tout briser!... Et l'on a vu une volontémoins puissante que la sienne rompre des liens moinsfragiles que les vôtres.
LEICESTER
Elle m'aime I... Tu crois vraiment qu'elle m'aime?
VARNEY
Je n'ai vu que son dépit, mais vous venez de voir sa joie. — Et maintenant allez trouver la fille de Henri VIII, qui vous aime et se croit aimée; déclarez-lui votre^ mariage bourgeois au moment où elle pense peut-être à vous offrir sa main royale; révélez à cette reine, quand elle rcve de vous faire roi, qu'il existe une comtesse de Leicester ; allez, milord, apprendre à Elisabeth Tudor qu'elle a une rivale, allez... et je vous dis que vous exposez. votre tète, mais d'abord et surtout une tête adorée.
LEICESTER
Amy! mon Amy en péril!... Varney, il suffit. Tu asraison. Ce que tu as fait est bien fait.
VARNEY, à pan.
Enfin!... je le tiens.
LEICESTER
Avant tout, il faut sauver Amy, Varney!
VARNEY
Et pour la sauver?...
LEICESTER
Allons soit, qu'elle passe pour être... ce que tu as dit à la reine.
VARNEY
N'oubliez pourtant pas qu'ici le consentement de milady vous est nécessaire.
LEICESTER
Que dis-tu ? et pourquoi ?
VARNEY
Votre seigneurie a entendu la reine. Elle veut que ma prétendue femme lui soit présentée aujourd'hui même.
LEICESTER
11 est vrai. Dieu!... ô Dieu!
VARNEY
Pensez-vous que milady puisse vaincre sa répugnance à porter quelque temps mon nom ? Elle est fille de sir Hugli Robsart, mais je suis maintenant sir Richard Varney.
N'importe, elle est lady Leicester! et aussi fière dans sa vertu qu'Elisabeth d'Angleterre dans sa puissance!
VARNEY
Alors n'en parlons plus, il n'y a rien à faire.