TOUTE LA COUR
ELISABETH
Milord Leicester, connaissez-vous cette femme ?
LEICESTER, d'une voix basse.
Madame...
ELISABETH, avec force.
Milord Leicester, vous connaissez cette femme 1
LEICESTER
La reine daignera-t-elle me permettre d'expliquer... ?
ELISABETH
Alil ail! vous la connaissez!... Oui, je le crois bien, que vous la connaissez I — Ah ! s'il y a quelque chose de sacré sur la terre, j'en jure par cela, déloyal comte, votre perfidie sera dignement récompensée !
LEICESTER
Je n'ai jamais voulu vous tromper, madame.
ELISABETH
Taisez-vous ! Votre tête, milord, me paraît être en aussi grand péril que le fut jamais celle de votre père.
A M Y , à part.
Dieu I
LEICESTER, se redressant, et d'une voix ferme.
Reine, ma tête ne peut tomber que par le jugement de mes pairs. C'est à la barre du parlement impérial d'Angleterre que j'aurai à me justifier, et non devant une souveraine qui paie de la sorte mes fidèles services. Le sceptre de votre majesté n'est pas une baguette de fée pour dresser en un jour mon échafaud.
ELISABETH
Vous tous, milords, qui m'entourez, vous avez entendu I On nous défie, ce nous semble, on nous brave, dans le château même que cet homme superbe tient de notre royale bienveillance ! Milord Shrewsbury, vous êtes comtemaréchal d'Angleterre, vous attaquerez ce rebelle en haute trahison...
LEICESTER
Oh! trahison?...
ELISABETH
Silence !
AMY, défaillante, à part.
Ah ! je ne croyais plus tant l'aimer !
ELISABETH
... Et vous aurez beau relever audacieusement le front, Dudley, comte de Leicester, je me souviendrai que mon auguste père Henri VIÏI faisait tomber les têtes qlîi ne se courbaient pas. Allons ! mon cousin lord Hunsdon, que les gentilshommes pensionnaires de notre suite fassent leur office; mettez cet homme en lieu de sûreté. Qu'il donne son épée, et qu'on se hâte ! J'ai parlé, (nunsdon tire
son épée; trois gentilshommes s'avancent vers Leicester calaient immobile. Amy «e précipite aux pieds de la reine.)