‹ Analectes belgiques: Notices et documents pour servir à l'hiaroiewChapitre 8 sur 68 · SOLDAT · texte numérisé non relu

SOLDAT

De ce propos je m'esmerveille Et le contraire veuil prouver :

Escoutez et prestez l'aureille Et vous laissez duyre * et mener.

Je suis content de disputer, Selon mon povre sentement :

En parlant vien l'entendement.

Puis le Clerc s'adresse aux spectateurs et les engage à écouter la pièce avec patience et attention.

Premier acte. Scène I : dialogue entre Soûlas et Désir, qui montré à son maître qu'on ne peut être heureux que par la paix. Scène II : monologue de la Paix. Scène III : la Paix assure à Soûlas que tant qu'il l'aimera, il vivra en liesse dans son palais.

» Ducere, conduire.

Deuxième acte. Scène I: monologue d^Bnnuyeitse détraction. Scène II : Ennuyeitse détraction reproche à Soûlas sa faiblesse et l'engage à se faire un nom glorieux par la guerre. Scène III : malgré les efforts de Paix et de Désir, Ennuyeuse détraction décide Soûlas à la suivre.

Troisième acte. Scène I : dialogue entre Guerre et Pillage. Scène II : Guerre et Pillage attaquent Soûlas et Désir. Bnnuyettse détraction, qui accompagnait ces derniers, s'esquive aussitôt qu'elle voit arriver les soldats. Désir prend également la fuite. Resté seul, Soûlas est battu et dépouillé de tout ce qu'il possède. L'auteur ajoute : Icy ton jouera la bataille, stcs la [sic] fiffre et tabur d'Aleman.

Quatrième acte. Scène I : Soûlas se lamente et raconte « les mauls et inconvéniens quy se font et commettent durant les guerres » . Scène II : Bon conseil est ému de la tristesse de Soûlas. Scène III : il le réconforte de son mieux et lui promet de plaider sa cause auprès de Paix^ pour que celle-ci consente à le recevoir de nouveau.

Cinquième acte. Scène I : Désir revient auprès de Paix, à qui il expose le triste sort de Soûlas. Scène II : Bon conseil demande à Paix de pardonner à Soûlas et la décide à le garder dans son royaume. Paix donne à Soûlas l'habit de Toute abondance et le chapeau de Bonne asseurance^ et lui rend son page Désir. Tous les personnages chantent les bienfaits de la paix, en répétant : Oii Paix règne. Soûlas abonde.

Dans la « conclusion » , le Clerc fait constater au

Soldat qu'il avait bien raison d'être partisan de la paix ; celui-ci lui demande comment il se fait alors que la guerre règne sur la terre. C'est la faute des trop grandes richesses qui produisent l'orgueil, d'où sortent les querelles. Il n'y a point de paix sans justice :

Justice garde équalîté

Et rend à chascun sa déserte ^

Elle faict de tort équité,

Et récompense où il ha perte.

Par ce poinct la porte est ouverte

Pour entrer Paix la létabonde,

Et trouvons la sentence experte :

Où Paix règne, Soûlas abonde.

Je n'entreprendrai pas de trouver de grandes qualités dans une pièce médiocre, et assez ennuyeuse, où la seule note comique est donnée par le rôle du page craintif et poltron, qui s'esquive au premier danger. Je veux seulement mettre en garde le lecteur qui serait tenté de la trop déprécier, en lui rappelant que la Comédie de Paix et de Guerre est un des derniers produits d'un art d'où n'est sorti aucune œuvre de sérieuse valeur. Il n'y a point de bonnes pièces de théâtre avant la fin du XVI® siècle; la Farce de maître Pathelin surgit comme un éclair dans la nuit des productions dramatiques, et ne fit en rien sortir le théâtre de son enfance. L'œuvre de Vanden Keere a cependant un intérêt propre, parce qu'elle est une des premières pièces françaises écrites en Belgique et dont l'auteur soit

' Ce qu'on a mérité. Cf. en anglais to âeserve.

connu. Frédéric Faber*, l'a appelée la première; mais c'est là une erreur, car on connaît, un siècle auparavant, les quatre mystères du chroniqueur Georges Chastellain : Le concile de Basle^ La mort du roy Charles VII ^ La mort du duc Philippe et La paix de Péronne.

Pour donner une idée de la versification et des développements de Vanden Keere, nous citerons ici un fragment du monologue de Soûlas sur les maux de la guerre (acte IV, scène I), qui ne comprend pas moins de 186 vers. C'est une tirade qui ne manque pas d'énergie :

Y ha [-ir] il cœur tant dur qui n'eust pitié

Des paysans, s'il sçavoit la moitié

Des povretez, domages et grands pertes

Qu'ils ont par toy et par les tiens souffertes ?

Les povres gens batus et rançonnés^

Et touts leurs biens bruslés ou emmenés.

Et bien souvent (o dure affliction !)

Par les souldats de mesme nation.

Ces cas encor ne sont si trèspiteus

A veoir à l'œuil, ny tant calamiteus,

Ny aus humains ne sont si dure estorce *

Que quand tu prens une ville par force.

Hélas! est-il chose plus douloureuse?

Plus misérable ou plus calamiteuse,

Que de t'y veoir, en ta fureur flagrant,

Mettant à mort le petit et le grand?

Sans regarder quy ha ou droict ou tort,

Sans regarder ny le faible ny le fort,

* Histoire du théâtre français en Belgique (Bruxelles, 1878-1880;, 1. 1, p. 17 et t. IV, p. 279.

« Extorsion.

Sans regarder cil qui ha offensé,

Sans regarder le sage ou l'insensé.

Sans regarder la vieillesse débile,

Sans regarder la vesye ou le pupile,

Sans regarder aux liens sacrés et saincts,

Sans r^^arder à malades n'a sains,

Sans regarder à filles ny à femmes,

Ny (quy plus est) à la perte des âmes.

£t bien souvent, en fureur si austère,

L'amy fera à l'amy vitupère,

Le père au filz, le voisin au voisin,

Et le cousin occira le cousin.

cruaulté qu'on ne sçauroit comprendre !

Ha-t-on pas veu occire l'enfant tendre

Dans le berceau, devant sa propre mère?

Forcer la fille entre les bras du père !

Ne veoit-on pas povres femmes enceintes

Estre par toy forcées et contraintes

A délaisser (sans aucunes raisons)

Avec l'honneur, biens, pays et maisons?

Et leurs marys, sans pitié ne remord.

Sont faicts captifs ou mis à dure mort,

Sans avoir faict ou commis aulcun crime ;

Mais seulement, pour soustenir l'estime

De leur Seigneur, de leur Prince ou leur Roy,

Menés ils sont à ce piteus desroy ^

Voylà comment une grande partie

Des mauls dont est une guerre assortie

Tombe sur ceuls qui n'ont, en vérité.

Aucunement le discord suscité....

' Désarroi, dommage, malheur.

DICTIONAIRE |[ FLAM EN -FRANÇOIS, NOV-Huellement mis en lumière, corrigé & ang-||ment4 pour l'aïuDcement de la j| leanefae. |[ PAR M. HENRT DV TOVR. ||

A Gand, |{ Chez leaa de Soleofon, demourant fur ]e |1 Haultport, à l'enfeigae de la || Byble d'Or. f|

In-io, 97 S. non chifiréa et 1 f. bl., signés [A] A2-& 2 [& 4]. Car. goth., rom. et ital.; à 2 col. Au bas du f. [97} r°, l'octroi accordé à H. Yanden Keere, donné à Brazelles le II juin 1563.

[BOiliaOïique de VUniveriité tU Gand.G. ISS^ ei i5£*]'.

C'est un dictionnaire usuel et qui ne manque pas de mérite ; on y trouvera, notamment, plu-

> Cf. Fbbd. Tândbb HiBOBEH, onvr cit., t. I, p. 868, n" 696. Le même biblit^nçhe cite [t. I, p. 176, a" 209), one édition h date (1564?) imprimée chez l'auteur, mais on n'en connaît pas enci

sieurs expressions propres au dialecte gantois. Mais un des côtés les plus intéressants du vocabulaire, c'est qu'il renferme un certain nombre de proverbes et de locutions familières, en guise d'exemples de l'emploi des mots. Je les ai relevés avec soin et j'ai cru qu'il ne serait pas sans utilité de les reproduire ici. Je réclame seulement l'indulgence du lecteur pour certains vocables un peu crus, qui appartenaient à la langue courante du XVI® siècle, mais qui sont assez déplacés dans le nôtre. Nos aïeux ne rougissaient pas des nécessités physiques de la nature humaine, et ils ne se faisaient aucun scrupule d'étaler ce que nous cachons avec le plus grand soin. J'ai reproduit également, en note, les équivalents flamands que Vanden Keere donne parfois des proverbes qu'il cite :

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