J. DUVAL
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Analeâes de la prejfe périodique dans l'Été de 1876.
Lorsque les Chambres législatives sont absentes et que les journaux ne peuvent plus reproduire les avocasseries interminables de tous ces hommes qui cherchent à se faire remarquer et à plaire soit aux électeurs, soit au pouvoir, ils se trouvent fort embarrassés pour remplir leurs vastes colonnes. Au rez-dechaussée, afin d'amuser un peu les dames et de se faire excuser par elles, on déroule des romans nou* veaux ; mais pour le haut dd journal, quel embarras î Lorsque, par malheur, la guerre vient tourmenter notre pauvre humanité, les rédacteurs de journaux sont heureux ; cela leur fait un peu de copie. Il n'y a pas de nouvelles certaines tous les jours, mais on en donne de fausses et Ton en est quitte pour les démentir le lendemain. Us ont béni la guerre d'Espagne, ils bénissent aujourd'hui la guerre d'Orient; ils voudraient la rendre plus terrible, y engager toute TEurope ; ils traitent de lâches à peu près tous ceux qui trouvent absurde de faire une nouvelle croisade contre les Turcs. Parmi tous les publicistes contemporains, il nous semble que, à cet égard, il fEiille aller chercher un peu de raison à Constantinople dans un u 15
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journal turc, intitulé : le Vakit. Le correspondant du journal le Temps a bien voulu nous en envoyer une petite traduction (5 octobre). Les journaux qui l'ont reproduite ont tous dit que la réfutation en était trèsfocile; il fout croire qu'elle Tétait tellement qu'ils auraient été honteux de la foire, car aucun ne l'a feite. Voici cet article :
ce Les Européens sont indiscrets et injustes au plus haut degré. Les preuves abondent. Un des arguments que Ton peut victorieusement citer, c'est la pluralité et la multiplicité des lois et des règlements qu'ils ont fobriqués pour se préserver les uns contre les autres.
« Et puis ils ont inventé la diplomatie pour s'en servir comme d'une arme, afin de donner satisfoction à leurs goûts d'injustice et de violence.
« Les Européens sont fonatiques. La preuve, c'est que tout ce qui n'est pas chrétien ne foit pas partie, d'après eux, de l'humanité. Le monde doit périr ou être chrétien. Leurs co-religionnaires, bons ou mauvais, ont droit à tous leurs égards. Si un porc {djanavar) embrassait la religion chrétienne et que quelqu'un s'avisât de le toucher [dokounoursa) avec une fleur (tchitchéck)^ l'Europe serait capable de crier au fonatisme et de remplir le monde de ses clameurs d'indignation.
« Cependant l'Europe n'a pas daigné ouvrir la bouche pour dire deux mots de sympathie en foveur des musulmans de l'Asie centrale qui ont été livrés à la discrétion du sanguinaire Kaufmann. Elle n'a rien dit en foveur de ces malheureux Atchinois qui endurent, depuis trois ou quatre ans, tant d'horreurs de la part des Hollandais. Pourquoi ? Parce que les victimes sont des musulmans.
<c L'Europe entière pousse les hauts crjs parce que quelques misérables Bulgares tombent sous le glaive de la justice, mais elle se garde bien de s'émouvoir à la vue des torrents de sang musulman qui coulent depuis plusieurs mois par le fait d une agression injuste et provoquée par la Russie. Tout au contraire, au lieu de rendre responsables de ces maux les provocateurs Serbes et Monténégrins, l'Europe les protège, prend leur parti et cherche à rejeter sur nous toute la responsabilité. Elle fait mieux : elle intervient en leur faveur, demande la paix et des concessions I Peut-on dire après cela que les Européens sont discrets et justes?
a Nous Tavons toujours affirmé, conclut le Vakit; nous n'avons rien à attendre de l'Europe fanatique. Nous ne devons avoir espoir qu'en nos propres forces. Déployons- les, puisque l'indiscrétion et l'injustice de l'Europe ont dépassé la mesure. »
A propos de la Turquie, on a eu à faire la nécrologie de ce pauvre Abd-ul-Aziz, dégommé du trône et qui s'est suicidé de désespoir; le Figaro et le Temps s'en sont chargé. Voici ce qu'ils disent (en juin dernier) de ce personnage :
« Jamais on n'osait s'approcher de lui, même .
les chambellans les plus intimes, s'il n'avait témoigné, par quelque plaisanterie, qu'il était ce jour-là en gaîté.
« Dès qu'on savait qu'il avait ri le matin, c'était un remue-ménage indescriptible dans tous ses secrétariats, dans tous ses ministères. Aussitôt que la nouvelle d'un sourire d'Abd-ul- Aziz s'était répandue, tous les intéressés s'empressaient autour de son palais, et c'était à qui se dépêcherait de lui foire signer
telle ou telle pièce, de laquelle dépendait souvent le salut de TEtat. Malheur à celui qui fût venu quand le Sultan n'était pas de bonne humeur 1
« Non pas qu'il fût cruel, le pauvre souverain; mais il adorait son repos, sa fantaisie ; sacrifiant tout à un moment de bien-être, ayant pour toutes ses fantaisies une rare complaisance : il s'était gâté, comme on gâte un enfant ; à ce point qu il eût été, comme simple citoyen, jeté à la porte de partout comme un être insupportable, si le hasard ne Tavait pas feit chef d'un granJ empire.
« La tenue d'Abd-ul-Aziz était plus que simple ; il passait presque toutes ses journées en chemise.
« Son repas, par exemple, lui coûtait plus cher que son costume ; on ne lui servait pas moins de trente plats j
« Informé qu'une grande célébrité de Tinconduite parisienne était dans sa capitale, Âbd-ul-Aziz lui fit demander un entretien. — C'est deux cent mille francs, répondit la belle dame qui, pour la circonstance, avait, je le crois bien, exagéré son tarif.
« Abd-ul-Aziz parut indigné : — Faites-la venir ce soir I dit-il à son serviteur.
« Le soir même, la sultane improvisée arriva dans ses plus splendides toilettes. Quatre eunuques la conduisirent par de noirs corridors à une chambre également privée de lumière.
« La dame, laissée seule, témoigna au Sultan toute la reconnaissance que lui inspirait la faveur d'une audience vraiment exceptionnelle.
« Au bout de deux ou trois heures, les quatre eunuques revinrent portant des flambeaux qui jetèrent dans la chambre des torrents de lumière.
« La cocotte poussa un cri terrible. — - Ce n était pas le Sultan qui était là. C'était le plus sordide, le plus sale, le plus lépreux portefaix de Constantînoplc qui lui avait accordé une audience intime !
« Les deux cent mille francs furent payés sur llieure.
« La Russie ayant, depuis sa conquête du Caucase, défendu le commerce des esclaves, c'est maintenant la population circassienne émigrée en Turquie, et qui compte près de 300,000 âmes, qui alimente spécialement le harem.
a Les enfants et les jeunes filles ne sont plus achetés sur la place publique ; mais il existe à Top- Hané et à Stamboul, des maisons bien connues où on les expose. Il y a d'ailleurs une classe nombreuse de vieilles femmes qui servent d'intermédiaires et s'occupent activement des achats et des ventes.
a Ces esclaves ont des destinations diverses. Les unes, les laides, sont chargées des travaux d'intérieur. Ce sont les servantes du harem. Celles qui promettent d'être belles sont l'objet de soins intéressés. On leur enseigne le chant, la danse, quelques notions de lecture et d'écriture. Elles apprennent à jouer du violon et d'un instrument nommé canoun, dont les oreilles européennes ne goûtent guère l'harmonie.
« Quelquefois ces jeunes filles sont distinguées par l'un des jeunes gens de la famille. Celle qui a le bonheur de devenir mère est élevée au rang de hanoun (dame), et, dans ce cas, assez habituellement, son amant l'épouse^
a Le harem d'Abd-ul-Aziz se composait de quatre femmes et d'un très grand nombre de concubines.
« ... La sultane validé (sultane mère) était esclave.
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C'est une femme ignorante, d'un caractère altîer et vaniteux. Elle exerçait une certaine influence sur Tesprit de son fils. Son autorité dans le harem est presque absolue. Son action s'exerçait aussi au dehors. Elle réglementait la tenue des femmes turques. Elle rendait assez souvent des ordonnances qui prescrivaient aux musulmanes de choisir pour leurs voiles des étoffes plus épaisses, de renoncer à la bottine européenne pour chausser Ténorme botte jaune en usage autrefois, de ne plus se promener à pied ou en voiture dans les rues de Péra, de ne plus stationner devant les magasins européens, de n'y pas entrer, etc.
« Les femmes turques savent parfaitement éluder les ordonnances de la validé sultane, qui étaient ainsi tout aussi peu observées que les iradés de son fils prescrivant des réformes de tout ordre.
« Les dépenses en achat de femmes pour le palais étaient de beaucoup diminuées par ce fait que tous les grands personnages de Tempire et les gouverneurs de provinces font des envois incessants de belles esclaves qu'ils ont achetées eux-mêmes. Ces esclaves forment au palais différents groupes organisés avec une certaine méthode. Il y a des intendantes, des musiciennes, des chanteuses, des danseuses, des femmes de chambre, de simples servantes.
« Les eunuques, eux, sont fournis par le vice-roi d'Egypte qui les fait « fabriquer » en Nubie. Ofliciellement les surveillants et factotums des femmes, ils ne sont guère, en réalité, que leurs complaisants.
« Les dépenses du harem proprement dit dépassaient treize millions. On y comptait 712 esclaves et 148 eunuques : sur ce total, le Sultan avait 310
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esclaves à sa disposition, la sultane mère 250, les sept enfents d'Abd-ul-Medjid 80, etc., etc.
«... Les esclaves ne touchent qu'une livre turque (23 francs) par mois, en outre de leur nourriture, leurs vêtements et leurs parures.
« Les achats de bijoux, de tableaux, de porcelaines, objets d'art, etc., représentent près de huit millions par an, dans les comptes du harem! Ceux des esclaves et des eunuques n'atteignent en moyenne que 529,000 francs par an.
c< Les eunuques sont mieux rétribués que les esclaves.
« Le premier eunuque, le kislar aga, touche 500 livres turques par mois (138,000 francs par an).
c< Le premier chambellan du harem a 100,000 francs,' et ainsi de suite jusqu*aux simples eunuques noirs qui se contentent de 230 francs par mois.
« Enfin les eunuques mussaibs ou porteurs de conversations ^c[M\ transmettent du selamlik au harem les conversations du Sultan avec les femmes et rapportent les réponses au maître, gagnent 60 livres par mois (1,380 francs'.
« Âbd-ul-Âziz laisse cinq enfants, quatre fils et une fille.
« Youssouf Izzeddin-Effendi, âgé de dix-neuf ans, est d'ailleurs peu sympathique et d'une ignorance rare, même en Turquie. — Son frère, Djemal- Eddin, beaucoup mieux doué au physique et au moral, est amiral, à treize ans.
ce Le prince Selim, troisième fils du Sultan, bien qu'il n'ait pas dix ans, est colonel d'artillerie.
c( Le quatrième, Abd-ul-Medjid, à cinq ans, est déjà major dans la marine.
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« Sa fille, Salihe, sultane, n*a que quatre ans. »
Maintenant, parlons de son successeur, Mourad, le nouveau Sultan, qui, hélas I ne la pas été longtemps, puisque le voilà aussi dégommé à son tour aujour^ dliuî. D*abord son portrait, d'après VOpinion nationale :
« ...Jusqu'à vingt ans, Mourad a vécu à l'européenne et un peu en enfont gâté.
« Nous le voyions dans sa petite voiture à deux chevaux, découverte, eu forme de coquille dorée, élégante et légère, passer aux quartiers de Fera, courir aux grands champs, traverser les sociétés européennes de Thérapia et de Bujuck-déré. On l'accusait même d'intrigues amoureuses avec des familles grecques. — Il s'intéressait aux courses de chevaux, importées par Fuad-pacha à Constantinople ; aux régates organisées à l'anglaise.
« Cette existence — opulente et sans souci sérieux
— avait quelque chose de décousu et de dépravé. Cependant, l'Europe ne voyait point la chose d'un mauvais œil ; car c'était encore de la civilisation par la langue^ par les habitudes, les contacts.
« C*est ainsi que Mourad assistait aux spectacles français, fréquentait parfois l'opéra italien au diéâtre Naoum, — ne manquait aucune représentation du Cirque. — Méhémet-Kupresli, grand-vizir, trouvait bien sa conduite un peu légère, mais, en grand patriote, il ne désespérait pas du fils de son souverain
— et le rapprochait tant qu'il pouvait de tous les princes et souverains de passage.
a De la sorte, Mourad a connu depuis le prince Napoléon jusqu'au duc de Cambridge, puis le comte
de Paris, le duc de Chartres, le comte de Chambord, le roi des Belges, les principaux personnages de l'Europe ; ceci, sans jamais sortir de Stamboul, sans quitter le voisinage du palais.
a ... Droit, élancé, pâle, Toeil clair et indécis, sa figure est autrement européenne que la grosse tête un peu kurde ou kalmoucke du sultan Abd-ul-Âziz. 11 parle français avec une hésitation qui n*est pas sans charme, avec une voix petite et claire. Il est habitué à se vêtir et à se chausser de bottines « à Teuropéenne », ce qui n'est pas petite affaire. Il monte à cheval merveilleusement, bien entendu, — rien là qui surprenne, — mais sa santé est déjà usée, délicate, et à part les moments d'excitation, l'indififérence domine. »
Pour égayer la question d'Orient, le Gaulois, a grâce à l'obligeance d'une Dame turque » rend compte (25 septembre) d une orgie qui aurait eu lieu au sérail :
M ... L'ex-Sultan a, paraît-il, renoncé à tout traitement médical. Un derviche de Bassarat lui a donné une poudre à priser, dont il use plusieurs fois par jour, et qui produit des effets miraculeux.
« Le soir, le Sultan Hamid a fait connaître cette bonne nouvelle au palais, et il y a eu au harem une fête dont une des spectatrices a bien voulu me faire le récit.
« Les 2,300 femmes du Sultan ont pris part à cette solennité. Quatre orchestres, composés chacun de 300 musiciennes, ont fait entendre des airs et des chants orientaux. Il y a eu Indjé-Sa^ et Kaba-Sa^ [musique fine et musique ordinaire). Les dames de chaque orchestre portaient des tuniques uniformes.
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Une des bandes était vêtue de bleu, une autre de jaune, une autre de rose, une autre de vert. Ces dames jouaient de tous les instruments, et les bouches les plus mignonnes souf&aient dans les vastes cuivres de Sax. Ces quatre orchestres ont défilé devant le Sultan, et ont fait des évolutions variées qui étaient du plus bel efFet.
« Cinq cents jeunes femmes, âgées de douze à vingt ans, se sont ensuite suspendues à des trapèzes et ont exécuté avec une merveilleuse adresse les tours qui ont rendu célèbre Léotard. Des maîtresses de gymnastique les font exercer chaque jour, afin de leur assouplir les membres, d'augmenter la grâce de leurs mouvements et de fortifier leurs corps. Le Sultan a contemplé ce spectacle avec un vif plaisir et après avoir fait distribuer des sorbets, des rafraîchissements, des pâtisseries, il a donné le signal des danses.
ce Seize cents odalisques, divisées en deux groupes, ont fait leur entrée par deux portes au bruit d'une musique voluptueuse. La moitié de ces odalisques était vêtue à l'européenne, comme les élégantes de Mabille et du Bois. L'autre moitié portait les divers costumes <des gommeux, depuis l'habit noir de grande cérémonie jusqu'au pantalon à pied d'éléphant. Ces dames et... ces messieurs, après des salu* tations grotesques, se sont livrés à une danse qui ne serait pas admise dans les familles. Même dans les soirées les plus tumultueuses de Mabille, jamais le cancan n'a été pratiqué avec autant de brio»
« Ce qu'il y a eu de plus curieux, c'est le spectacle qui tout à coup s'est offert aux yeux étonnés des assistantes. Un immense vélum, couleur safran, qui servait de plafond, a été rapidement écarté à l'aide
d'un mécanisme caché, et plus de mille femmes, vêtues de gaze, se soutenant gracieusement par des anneaux, ont commencé des exercices plastiques. Elles se jetaient les unes aux autres des rubans de toutes les couleurs, et en formaient des enchevêtrements bien réglés, des voûtes, des rosaces, des fleurs, des étendards, des lettres turques représentant le nom du Sultan. Quelques flammes du Bengale, habilement projetées, venaient encore augmenter l'éclat du tableau.
f II était presque jour lorsque le Sultan a daigné rentrer dans la salle du lit. Cent mille francs de pièces d'or d'un quart de livre ont été jetés du plafond au moment où Sa Majesté quittait la vaste salle du divertissement. Les 2,500 femmes du harem impérial se sont précipitées avidement sur ces pièces de monnaie, qu'elles considèrent comme des talismans devant leur porter bonheur. »
Se tion è vero, è bene trovato.
Parlerons-nous maintenant de la politique intérieure de nos états européens? Ce serait fort peu gai et, au bout du compte, toujours la même situation : a Ote-toi de là, afin que je m'y mette. » Comment le public est-il assez simple pour faire attention aux bavardages et se mêler aux querelles de tous ces ambitieux? S'il laissait parler chacun sans encourager les uns aux dépens des autres, il s'instruirait bien davantage et ménagerait bien mieux ses intérêts. Selon nous, il n'a paru depuis longtemps dans les journaux qu'un article judicieux sur ce sujet; c'est dans les Droits de l'homme^ numéro du 29 août. Il est signé : Â. A. A. Le voici :
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« Un individu mange des champignons, et se trouve empoisonné. Le médecin lui donne' de l'émétique et le remet sur pied. Aussitôt il court à son cuisinier, et lui dit :
« — Les champignons d'hier à la sauce blanche m'ont empoisonné I Demain, tu les accommoderas à la sauce brune.
«c Notre individu mange les champignons à la sauce brune : second empoisonnement, seconde visite du médecin et seconde cure à Témétique.
« — Parbleu ! dit -il à son cuisinier, je ne veux plus de champignons à la sauce brune ou blanche.
Demain, tu les feras frire.
« Troisième empoisonnement, avec accompagnement de médecin et d'émétique.
« Pour cette fois, — s*écrie notre homme, — on ne m'y repincera plus !... Maître Jacques, faites confire les champignons.
« Les champignons confits Tempoisonnent de nouveau.
« — Mais c'est un imbécile î -- dites-vous. — Qu'il jette les champignons au tas d'ordures, et qu'il n'en mange plus.
a Soyez moins sévères, je vous en prie, car cet imbécile, c'est vous, c'est nous, c'est l'humanité entière.
« Voilà quatre à cinq mille ans que vous accommodez l'Etat, — c'est-à-dire, le Pouvoir, l'Autorité, le Gouvernement, — à toutes les sauces; que vous faites, défaites, taillez, rognez des constitutions sur tous les, patrons, et que l'empoisonnement continue.
« Vous avez essayé des royautés légitimes, des royautés de fait, des royautés parlementaires, des
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Républiques unitaires et centralisées, et la seule chose dont vous souffriez, le despotisme, la dictature de TEtat, vous l'avez scrupuleusement respectée et soigneusement conservée.
<c La leçon des événements ne vous a pourtant pas manqué, et, après le 4 septembre, vous avez pu voir, pendant cinq ans, qu'une Chambre élue s'entendait aussi bien, en fi^iit d'état de siège, de compression et d'arbitraire, qu'un monarque quelconque.
a — Ohl c'était la Chambre du « jour de malheur, y* répond-on ; puis, j'avais oublié de lui dire quand elle devait partir et ce qu'elle avait à faire.
« La question n'est pas là. Le fait, c'est qu'une Chambre, sans autre pouvoir exécutif que Ife sien, élue par vous, peut, si elle le veut, vous gouverner à sa guise, ne tenir aucun compte de vos besoins, de vos volontés, et que vous n'avez aucun moyen de les lui imposer. Le feit, c'est qu'au lieu d'une dictature à ime tête, vous avez une dictature à 500 têtes 1
« Le mal n'est pas d'être gouverné par tel ou tel, — roi absolu ou constitutionnel, république avec ou sans président.
<c Le mal consiste essentiellement en ceci : c'est que Vautorité ne se partage pas, que la force ne se partage pas,
« Si c'est l'Etat qui a l'autorité, vous ne l'avez pas.
<c Si c'est l'Etat qui a la force, vous ne l'avez pas.
« Or, si vous n'avez ni l'autorité, ni la force, — qu'avez- vous? — Rien î
« Vous êtes à la discrétion de l'Etat. — Vous êtes sa propriété, sa chose. — Vous lui appartenez, et il ne vous appartient pas, et, par conséquent, vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes.