PRÉFACE XXI
tent leur pensée, quand ils la publient gratuitement ou en en tirant un bénéfice quelcon- ' que, dédommagement légitime de leur travail, c'est une donation, ou bien c'est une vente qu'ils font de leur production k la société. Une fois donnée ou vendue, ils n'y conservent pas plus de droits que le restaurateur sur le poulet qu'il a livré au consommateur. Cela n'empêche pas qu'ils n'en puissent toujours publier de nouvelles éditions, et ils en sont plus capables que personne autre.
Les auteurs ont tout reçu gratuitement:
le fond et la forme de leurs œuvres. Ils ont tout tiré des anciens et des modernes; ils ont tout bonnement traduit , imité , travesti (1). D'après la jurisprudence qu'ils
(1) « . . . . En un mot, même au point de vue de la forme, l'œuvre d'un grand écrivain ou d'un grand artiste n'a pas été entièrement créée par lui; la société en a sa part. Si M. de Lamartine était né chez les Patagons ou Alfred de Musset chez les peuples de TOcéanie, assurément le premier n'aurait pas composé ses Méditations poétiques , et le second ses admirables Nuits. Tous deux, en écrivant leurs beaux vers , n'ont fait , en partie du moins, et comme La Bruyère Ta dit à la première ligne de ses Caractères, en parlant de son chef-